Mai 68 : Jean Lafosse-Marin, un homme, des traces, des tracts

Ce blog souhaite évoquer la figure de Jean Lafosse-Marin (1946-2015), lequel a entrepris avant même l'année 1968, la collecte de tracts au fil de ses pérégrinations dans la ville, et rendre compte de cette récolte de tracts et de l'itinéraire de JLM éclairé à travers les témoignages de son entourage, pour comprendre un homme, un contexte, des traces et des tracts ...

Ce blog souhaite évoquer la figure de Jean Lafosse-Marin (1946-2015), lequel a entrepris avant même l'année 1968, la collecte des tracts au fil de ses pérégrinations dans la ville, à commencer par son quartier où il étudie,  Jussieu. La moisson est fructueuse, un peu plus de 300 tracts...

Qui est donc ce récolteur ? Ce « spectateur engagé » ?  L’expression « spectateur engagé » rappelle bien sûr celle utilisée dans le livre de recueil d’entretiens avec  Raymond Aron  interviewé par Jean-Louis Missika et Dominique Wolton (cf. Le spectateur engagé, Julliard, 1981). Dans ce livre,  l’esquisse d’autobiographie par R. Aron vise à  dissocier analyse et prise de position. Pourquoi donc cette expression attachée à une figure intellectuelle marquante du 20 eme siècle nous est-elle venue à l’esprit pour qualifier Jean Lafosse-Marin, homme discret et d'action ? À ceci, plusieurs raisons. Spectateur de son temps, il le fut bien : on pourrait même dire observateur aigu des réalités métropolitaines qu’il découvre en 1964 lorsqu’il arrive de la Martinique pour la première fois afin d’y poursuivre ses études. Ce n’est pas un hasard si cet étudiant de Jussieu, anonyme parmi tant d’autres, s’attache pourtant à récolter toutes les traces des événements qui ont cours devant lui et autour de lui. Arrivé de la Martinique 4 ans plus tôt, il s’ouvre à un monde. En effet, alors passionné des questions américaines depuis sa Martinique natale, il est peu au fait de  la scène métropolitaine jusqu’à ignorer l’Évènement que fut la guerre d’Algérie ! Sitôt présent sur le sol métropolitain, JLM s’ouvre donc à ce monde avec appétence et curiosité qui participent d’un engagement,  minimal soit-il. La décision qu’il prend de recueillir tous les tracts sur son passage, révèle son attention au fait et à l’événement qu’il veut comprendre, analyser, décortiquer, sur le champ ou plus tard. Il reconnaitra lors d’un entretien donné en 2013, qu’il a eu tôt l’intuition qu’il se jouait quelque chose dont il ne saisissait pas toute la portée mais qu’il était pourtant nécessaire de consigner sur le champ. De fait, tout le contexte l’y encourage en quelque sorte : la couverture médiatique (radio et télévision) importante mais aussi la démocratisation de « l’art moyen » qu’est la photographie prise par les anonymes témoignent bien d’un tournant pris  autour de la médiation nécessaire de l’image : saisir l’image, prendre sur le vif en photographie comme l’a fait sa cousine Madeleine, collecter et archiver l’image et le texte que proposent les tracts, participent de la même ambiance.  Ce faisant, son regard éloigné de Martiniquais sur l’actualité du moment, est aussi engagement : déplaçant en quelque sorte le centre de gravité, les événements de 68 accélèrent sans conteste une ouverture au monde dans son ensemble et lui permettent ainsi de connecter des mondes qui chez lui, s’ignoraient jusque-là. Son adhésion pour le développement à l’instar de nombre de ses contemporains, contribue à cette connexion de mondes et participe d’un engagement réel, académique d’abord puis dans ses engagements dans une mouvance chrétienne et à l’étranger. 

 Les tracts ramassés  témoignent d’un itinéraire particulier d’un homme qui a promené son regard dans la ville. De ce point de vue, cette récolte est singulière. Elle est le témoignage particulier d’un étonnement et d’une curiosité, du hasard et d’une décision : être là plutôt qu’ailleurs. Pourquoi ? Pourquoi s’agissant des photographies portant sur mai 68 en France sont-ce toujours à peu près les mêmes qui sont diffusées ? N’y a t-il pas un intérêt à rendre compte des photographies prises par les anonymes à partir de lieux d’observation voire d’implication multiples ?  Peut-on en dire de même s’agissant des tracts ? C’est un peu notre pari. Aussi, il s'agit pour nous à travers ce blog pas seulement de rendre compte concrètement de la récolte de tracts effectuée par JLM, de les exposer, mais il s’agit aussi autant que possible de les éclairer, de les commenter  et de les mettre en perspective en un va-et-vient entre les événements narrés ou mis en scène dans les tracts et l’éclairage apporté sur l'itinéraire de Jean Lafosse-Marin à travers les  témoignages de son entourage de l'époque  qui ont vécu cette période et d’autres, plus contemporains, pour comprendre un homme, un contexte, des traces et  des tracts ...

Enfin il s'agit à notre tour de faire appel à vous, témoin ou acteur de cette période, en réaction à chaque tract posté, au fil des jours... L’on sait combien ce temps de commémoration y va de ses appels à témoignages. Têtus, nous vous invitons quand même en quelque sorte à la tentative d’épuisement d’un événement à l’instar de la tentative d’épuisement d’un lieu auquel se proposait de faire non sans humour Georges Pérec !

Mais qui sommes-nous ?

Nous avons côtoyé Jean Lafosse-Marin à divers titres : en tant que proches,  en tant qu’amis ou dans le cadre professionnel :

Sabah, sociologue et politologue  dans le cadre d’une enquête sur les coopérants français en Algérie auquel il a participé…

Marie Odile, son épouse

Madeleine, la cousine de Jean, arrivée elle aussi de Martinique pour des études de lettres à Paris. Elle a écrit un journal et pris des photos au fil des jours et des évènements du mois de mai.

Michel  J, étudiant biochimiste à la faculté des sciences de Jussieu, responsable à l’époque des travaux pratiques de la maitrise de biochimie, tours 42-43. A partir du 10 mai, les locaux de TP ont servi de refuge et d’infirmerie. « Nous avions un poste de radio qui permettait de suivre les communications de la police et nous permettait d’envoyer les ambulances sur les lieux des bagarres signalés aux forces de police. C’était l’une de mes occupations ! »

Annie, sociologue très engagée dans les évènements de Mai 68

Et aussi : Michel  L, Physicien ; Agnès ; Christian ; Marie Pascale…

 

Pour nous contacter : molm2011@gmail.com

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