Clap de fin pour Génériques ? A voir...

Membres du CA de Génériques, saluons le travail d'utilité publique accompli pendant toutes ces années par l'association pionnière dans le travail d'histoire et de mémoire sur les migrations en France, sachant combiner démarche citoyenne au plus près des acteurs et démarche rigoureuse au plus près du travail scientifique. Nous répercutons ici le texte d'Amar Nafa, son directeur.

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"Clap de fin pour Génériques" par Amar Nafa, directeur de l'association Génériques.

 

Inscrire l'histoire de l'immigration dans l'histoire nationale. Ce projet paraissait pour certains incongru à la fin des années 1980 lors de la création de Génériques. Comment en effet les archives, qui témoignent d'une histoire, d'un enracinement, peuvent être associées à l'immigration, vue alors par certains comme un phénomène conjoncturel et temporaire de travailleurs étant amenés à retourner chez eux ?

 

Plus de trente ans après, l'aventure de Génériques s'arrête. Les multiples diminutions et disparitions de subventions ne permettent plus de poursuivre ce projet qui a été moteur et pionnier. S'il reste encore beaucoup à faire sur le sujet, il faut apprécier le chemin parcouru depuis 1987. Des dizaines de milliers de sources d'archives ont été identifiées dans les centres de conservation du patrimoine, des centaines de fonds privés ont pu être sauvegardés et rendus public. Ces ressources ont permis d'essaimer, de nourrir des centaines de projets et de progresser dans une meilleure connaissance de l'histoire de l'immigration.

 

Pour preuve, il  y a quelques semaines, un documentaire en prime time sur France 2 présentait l'apport des étrangers à l'histoire de la nation. Partout en France, des réseaux régionaux font preuve d'un dynamisme pour faire vivre cet enjeu dans les domaines artistique, culturel et scientifique au plus près des territoires. Enfin, grâce à la mobilisation de Génériques et d'autres acteurs de la société civile, le Musée national de l'histoire de l'immigration a pu voir le jour, marquant une reconnaissance nationale aux personnes venues d'ailleurs ayant contribué à faire de notre société ce qu'elle est aujourd'hui.

 

La figure du migrant d'aujourd'hui n'est plus celle de l'immigré des années 1980. A l'heure où les populismes progressent partout dans le monde et où l'Europe vit une crise de l'accueil, il est plus que jamais nécessaire de poursuivre ce travail de collecte, de sauvegarde et de valorisation des archives de l'immigration. C'est uniquement par la connaissance, par des faits étayés par des sources et une démarche scientifique, que les extrémismes de tout bord seront contrés. Devant l'importance de ce défi, il appartient à de nouvelles structures de se saisir de cet enjeu et de prendre le relais. C'est le clap de fin pour Génériques, mais assurément d'autres histoires seront écrites à l'avenir !

 

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