Mai 68 : Tracts de JLM au fil des jours (29): Dieu n'est pas conservateur

Dans la nuit du 10 au 11 mai, le journaliste à RTL Jean-Pierre Farkas, reçoit un appel du nouvel l’archevêque de Paris, François Marty, au milieu de nombreux autres. Celui-ci souhaite parler à l’antenne. Le jeudi 23, fête de l’Ascension, il commente les événements dans son homélie à Notre-Dame de Paris. Dans la nuit des barricades du 25, il vient au milieu de la nuit réconforter les blessés…

À l’antenne de RTL dans la nuit du 10 au 11 mai 68

  • Jean-Pierre Farkas,: il est 4 h 05 du matin et nous vivons une nuit exceptionnelle. Je peux vous le dire parce que nous avons vécu tous les événements du Quartier latin, et là, nous sommes assaillis de coups de téléphone. En voici un qui nous vient de Monseigneur Marty, le nouvel archevêque de Paris.
  • JP Farkas: Monseigneur, vous m’entendez ?
  • Mgr François Marty : oui je vous entends… J’avais l’intention de faire un appel…
  • JP Farkas: vous êtes en direct avec nous
  • Mgr Marty : alors, je peux le faire ?
  • JP Farkas : je vous en prie
  • Mgr Marty : bien, je vous le dis tout de suite : « Archevêque de Paris, je lance un appel au calme. Il faut que la violence s’arrête immédiatement. Je demande à tous ceux qui portent une responsabilité, d’un côté et de l’autre, de se rencontrer à nouveau. Il faut arriver rapidement à une solution juste. Nous sommes tous concernés. »
  • JP Farkas : vous avez vécu toute cette nuit pratiquement à l’écoute, Monseigneur ?
  • Mgr Marty : oui
  • JP Farkas : est-ce que vous pouviez soupçonner, comme nous le craignions hélas, en début de soirée, que cela allait tourner de cette façon ?
  • Mgr Marty : certainement pas, parce que j’aurais parlé plutôt…
  • JP Farkas  : et vous pensez qu’il y a encore une issue possible ? L’issue, c’est l’arrêt des batailles… Vous pensez qu’il y a un dialogue possible ensuite.
  • Mgr Marty  : je le souhaite, en tout cas. Et je pense que tout est possible pour un dialogue...

L'insurrection étudiante 2-13 mai 1968, Ensemble critique et documentaire établi par M Kravetz, 10/18, page 349-50

 

"Dieu n'est pas conservateur, il est pour la justice"

 Extraits de l’homélie du Cardinal Marty, archevêque de Paris, le jour de l'Ascension, jeudi 23 mai 68, à Notre-Dame de Paris.

"NOUS CONTESTONS UNE SOCIÉTÉ QUI OUBLIE DIEU ET MÉPRISE L'HOMME".

Les heures que nous vivons sont graves, mais elles sont chargées d'espérance...

L'événement nous prend chacun là où nous sommes : il y a des chrétiens parmi les étudiants, les enseignants et les policiers, parmi les travailleurs, les dirigeants de l'économie et les hommes politiques. Unis par la même foi ils s'engagent cependant dans des directions différentes, parfois opposées. C'est normal, mais tous doivent accueillir le même Évangile...

Dieu seul est absolu ; l'homme n'est pas Dieu, les idéologies sont mortelles, le pouvoir est d'abord service.

Dieu n'est pas conservateur, il est pour la justice. Celui qui a faim et soif de justice ne peut accepter de voir durer les situations actuelles qui font violence aux faibles, écrasent la santé, la dignité, la liberté de millions d'hommes et de femmes, dans notre pays et plus encore dans le tiers-monde...

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Extraits de l’homélie de l’ archevêque de Paris, commentant les événements à Notre-Dame le jour de l'Ascension, jeudi 23 mai © François Marty, archevêque de Paris Extraits de l’homélie de l’ archevêque de Paris, commentant les événements à Notre-Dame le jour de l'Ascension, jeudi 23 mai © François Marty, archevêque de Paris

 

Libération : SPECIAL MAI 1968.

Ces jours-là, vendredi 24 et samedi 25 mai...

A 23h30, regroupement général au Quartier latin. On érige des barricades, l'organisation des secours prend le pas sur le débat idéologique, l'atmosphère est tendue, fébrile, résolue. A 0h30, le commissariat du Ve, au Panthéon, est lapidé, un car de police incendié.

Les CRS déclenchent une attaque frontale boulevard Saint-Michel. Tirs tendus de grenades lacrymogènes, les six barricades sautent, aussitôt déblayées par le bulldozer qui suit les escadrons. Mendès France se rend sur place.

Le cardinal Marty vient au milieu de la nuit réconforter les blessés… 

(Jean-Baptiste HARANG)

Billet composé par MOLM

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