Mai 68 : Tracts de JLM au fil des jours (32): anticommunistes et antigaullistes

Après le discours du général De Gaulle le 30 mai à la télévision, le Front National anticommuniste émet un tract qui le critique vivement : "En 7 minutes de spectacle télévisé on prétend effacer 10 années de mensonges, de trahisons, d’abandons et d’échecs…" Dans leur équation: de Gaulle, la subversion, et les communistes sont dans le même sac, en face : "les nationaux, tous les nationaux".

Anticommunistes et antigaullistes à la fois

Anticommunistes et antigaullistes © FNA, Front national anticommuniste,  5 rue de Vaugirard Paris 6 Anticommunistes et antigaullistes © FNA, Front national anticommuniste, 5 rue de Vaugirard Paris 6

 

Dans son livre : Caméras en lutte en Mai 68: "Par ailleurs le cinéma est une arme...", au Nouveau Monde éditions, , Sébastien Layerle retranscrit l'interview de membres du Front National anticommuniste qu'il a réalisé à Paris le 29 mai 1968:

Les membres du FNA sont réunis dans la cour intérieure d’un immeuble parisien. Sur un mur, un drapeau tricolore, une banderole « front nationale anticommuniste » et une affiche « unité des nationaux ». L’entretien privilégie un dialogue entre soi, sans intervention du hors champ.

La discussion fait apparaître deux tendances, l’une idéaliste l’autre pragmatique. À travers les thèmes abordés, les militants nationalistes du FNA manifestent leur opposition au système capitaliste, à l’idéologie communiste, au pouvoir gaulliste considéré comme un « épiphénomène » ainsi qu’à toute autre forme de « césarisme ».

Tous insistent sur les menaces qui pèsent sur la société française : éclatement de la cellule familiale, collectivisme à outrance et manque d’intégration sociale. Ils rappellent leur attachement aux valeurs traditionnelles (famille, morale, travail) et à l’histoire nationale (continuité chrétienne défiant les événements de 1789 et de 1958).

Le choix entre un « nationalisme français » et un « nationalisme européen » provoque des désaccords vite effacés : contre le marché commun, une Europe politique où le rayonnement de la France pourrait s’épanouir pleinement. Leur projet « national social » se veut « réaliste » : « nous avons une partie de programme social que ne peuvent avoir les gaullistes, d’ordre et de continuité que les communistes ne peuvent avoir ».

Au regard des modes de contestation, ils précisent : « nous ne sommes pas pour la violence en excès mais nous ne sommes pas non-violents ».

Pour conclure ils lancent des mots à l’adresse des militants gaullistes -"les gaullistes d’aujourd’hui reviendrons dans le camp national à la mort de De Gaulle"- et des militants communistes -"Si le fascisme est la réaction aux autres parties alors le parti communiste et fasciste !"

Billet composé par MOLM

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