Interdiction pour les parents de pallier l'insuffisance de l'Education nationale

Faut-il que l'Education nationale s'ouvre aux solutions extérieures quand, elle-même, ne se donne pas les moyens de répondre correctement à une demande? La question revient de façon récurrente en ce moment. Dernier exemple en date : l'insertion de jumeaux autistes dans une classe.

Faut-il que l'Education nationale s'ouvre aux solutions extérieures quand, elle-même, ne se donne pas les moyens de répondre correctement à une demande? La question revient de façon récurrente en ce moment. Dernier exemple en date : l'insertion de jumeaux autistes dans une classe.
Afin de donner à leurs fils le maximum de chances pour bien suivre leur scolarité en maternelle, François et Séverine Q. ont décidé avec deux autres familles de créer une branche seine-et-marnaise de l'association « Pas à pas ».

http://www.aba-france.com/abafrance/index.php

Cette association, fondée par des chercheurs de l'université de Lille, promeut la méthode ABA qui a pour but de corriger les troubles du comportement d'enfants handicapés, principalement autistes. La méthode n'est pas reconnue en France. Convaincus qu'ABA est la meilleure solution pour leurs enfants, les Q. ont participé à la création de l'association. Ils payent par son intermédiaire une psychologue formée, qui travaille avec les petits garçons. Le jour de la rentrée « elle est venue avec eux en classe, il n'y a pas eu de problème » mais, « dès le deuxième jour. Impossible. L'inspecteur de circonscription nous a dit qu'il fallait respecter le principe de sécurité : on ne pouvait introduire une personne étrangère à l'établissement dans la classe. Il nous a suggéré de prendre rendez-vous avec l'Inspection académique pour signer une convention avec l'association, ainsi notre accompagnatrice serait acceptée à l'école » explique Séverine Q.
« Pas à pas » Seine-et-Marne sud a été reçue à l'Inspection vendredi 12 septembre, notamment par Didier Tourneroche, inspecteur chargé pour le département de l'adaptation et de la scolarisation des élèves handicapés. « Ils nous ont dit que notre projet était excellent, nous avions des gens formés, ce qui était merveilleux. Pour nous, la signature d'une convention était une formalité. Nous sommes tombés de haut quand ils ont refusé que nous la signions, au nom du principe d'équité » dénoncent les parents. Didier Tourneroche répond qu' « il existe une inégalité de fait entre les parents qui peuvent payer une aide non remboursée par les assurances sociales et ceux qui n'en ont pas les moyens ».
Mais, quand il manque des Auxiliaires de vie scolaire (AVS), recrutés par l'Education nationale pour accompagner dans leur scolarité les enfants handicapés quelques heures par semaine, et que ces AVS ne sont pas bien formés, que peuvent faire les parents?
Avec la loi « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005, le nombre de demandes d'AVS a augmenté. Selon le texte, « l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés ».
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000809647&dateTexte=#JORFSCTA000000906990
Tout parent d'enfant handicapé peut donc demander qu'un AVS aide son enfant pendant la classe.
Dans les faits le système ne suit pas.
Didier Tourneroche, est bien obligé d'admettre qu'il manque des AVS pour le département : « Nous sommes en train d'en recruter. C'est une activité où il y a une grande rotation de personnels, il faut nous laisser le temps », déclarait-il mi-septembre. Une grande rotation de personnels à cause des salaires de misère, du manque de formation et de l'absence de perspectives. Ainsi, de nombreux parents qui ont fait une demande d'AVS se retrouvent sans auxiliaire ou avec un auxiliaire moins de temps qu'il ne faudrait. Séverine et François Q. ont « reçu la notification pour un AVS par enfant 24 heures par semaine, juste avant la rentrée. Le 2 septembre, nous en avions un pour douze heures ». De plus, un AVS peut être amené à s'occuper d'enfants qui ont tout type de handicap, « ils ne sont donc pas bien formés pour s'occuper de l'autisme » estime Séverine Q.
Le couple a donc cherché une solution par lui-même mais l'Education nationale ne veut pour l'instant pas en entendre parler. En attendant, les parents ont partiellement déscolarisé leurs fils. Jacques Marchall, l'inspecteur d'Académie, rappelle qu'il doit recevoir prochainement l'association, la date n'est pas encore fixée.

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