Rendre l'élève responsable de son échec scolaire?

Lors de la conférence de presse des syndicats de l'Education nationale en Seine-et-Marne jeudi 11 septembre, dans le cadre de la journée nationale d'action pour dénoncer les réformes dans l'enseignement, Eric Sueur, de la Fédération syndicale unitaire (FSU) a fait une remarque qu'il me paraissait intéressant de retranscrire.
Selon lui, l'augmentation des enseignements facultatifs risque de rendre l'élève en difficulté coupable de son échec. Pour mémoire, à la rentrée 2008, les enseignements facultatifs instaurés sont les deux heures d'aide personnalisée pour les élèves en difficulté dans les écoles (par la réduction du temps hebdomadaire d'enseignement obligatoire de 26 à 24 heures par semaine) et la généralisation de l'accompagnement éducatif à tous les collèges et les écoles de ZEP. L'année dernière, ce package facultatif d'activités sportives, culturelles et d'aide aux devoirs a été expérimenté dans les collèges de ZEP. Il faut rajouter les stages de remise à niveau dans les écoles et les lycées pendant les vacances scolaires, inaugurés l'année dernière.
Avec la mise en place et l'extension de ces enseignements facultatifs, Eric Sueur pose la question de la culpabilisation de l'élève et celle de ses parents. Pour le premier, s'il finit en échec scolaire on lui rétorquera « A mais, à tel moment de votre scolarité, vous auriez pu profiter de l'aide aux devoirs qu'on vous proposait. Vous ne l'avez pas fait, maintenant tant pis pour vous ». Ainsi, ce sera la faute de l'élève et l' « équipe enseignante risque de se dire qu'elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour cet élève et garder ainsi la conscience tranquille » remarque le syndicaliste. Dans le même temps, « le ministère rend l'enseignement obligatoire moins performant en augmentant le nombre d'heures supplémentaires, le nombre de vacataires, etc. pour faire des économies, tout en essayant de faire croire aux parents qu'il améliore l'enseignement des enfants puisqu'il rajoute même des activités facultatives ».
Deuxième culpabilisation : celle des parents. « Si, pour des questions d'organisation, les horaires de l'aide personnalisée ou de l'accompagnement facultatif ne sont pas pratiques pour eux et si leur enfant est en échec, ils seront responsables de ne pas lui donner tous les moyens pour y arriver. On n'avait jamais vu ce glissement avant. On est en train de s'acheter une bonne conscience par rapport aux problèmes des jeunes » Dans le cadre d'un « projet du ministre qui n'est pas un projet éducatif mais un projet budgétaire, fait en justifiant les économies par un discours éducatif ».

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