Sciences-po transforme en profondeur les lycéens de ZEP

Pour l’instant «je n’arrive pas à réaliser, Sciences-po se réduit à un papier sur lequel est écrit que je suis admise. Je crois que j’en prendrai la mesure plus tard ».Le lendemain des résultats, tombés mercredi 16 juillet, Charlotte Chan donne l’impression qu’après avoir tant désiré intégrer l’Institut d'études politiques de Paris, celui-ci , devenu accessible, s’éloigne. Il prendra définitivement pied dans la réalité de Charlotte, une fois qu’elle franchira la porte de la rue Saint-Guillaume, à la rentrée.


Pour l’instant «je n’arrive pas à réaliser, Sciences-po se réduit à un papier sur lequel est écrit que je suis admise. Je crois que j’en prendrai la mesure plus tard ».

Le lendemain des résultats, tombés mercredi 16 juillet, Charlotte Chan donne l’impression qu’après avoir tant désiré intégrer l’Institut d'études politiques de Paris, celui-ci , devenu accessible, s’éloigne. Il prendra définitivement pied dans la réalité de Charlotte, une fois qu’elle franchira la porte de la rue Saint-Guillaume, à la rentrée.

La jeune fille de 17 ans est la seule du groupe de cinq admissibles du lycée George-Sand au Mée-sur-Seine, à avoir réussi la dernière étape du concours. Elle a bénéficié de la Convention d’éducation prioritaire (CEP) que le lycée a signé avec la célèbre institution il y a maintenant trois ans.

Une seule admise, et pourtant, les lycéens de George-Sand, qui suivent chaque année la préparation au concours dans le cadre de la convention, en tirent un grand bénéfice. Ce qui compte est de préparer les épreuves demandées. Grâce à elles, les élèves s’ouvrent sur l’actualité, enrichissent leur culture générale, et progressent énormément à l’oral, constate Charlotte.
« En début d’année, nous passons dans toutes les classes, de la seconde à la terminale, proposer de suivre la formation » explique Rebecca Ribeiro, professeur de lettres. Les secondes et les premières qui se portent volontaires, ne passent pas le concours. Ils s’entraînent. Ainsi, Rebecca Ribeiro et deux autres enseignants, passent une heure et demie à deux heures par semaine avec le petit groupe d’élèves. Ils commencent par leur faire découvrir les journaux. On ouvre, on lit, on commente, on débat. Chacun doit construire entre la Toussaint et Noël une revue de presse au sujet suffisamment riche, pour être nourri pendant six semaines. Une fois les articles compilés, l’élève en sélectionne une dizaine, écrit une synthèse et rédige une réflexion personnelle. Il défend ensuite son dossier à l’oral devant un jury interne au lycée, composé du proviseur, de professeurs et d’une ou deux personnalités extérieures. Sur huit élèves de terminale candidats cette année, cinq ont réussi cet oral d’admissibilité. Un second oral intervient alors au printemps rue Saint-Guillaume. A son issue, une admise.
Durant l’année, le travail est énorme. Ces lycéens qui ne connaissent pas ou peu la presse, se mettent à la lire tous les jours. L’actualité et les débats politiques s’invitent dans leurs conversations. « On nous ouvre l’esprit. Tout à coup nos cours prennent un autre poids. On se rend compte par exemple que l’économie qu’on nous enseigne en terminale a des effets très concrets au niveau mondial. » souligne Charlotte, qui sort de terminale ES comme les quatre autres élèves admissibles cette année. Ils ont tous obtenu une mention au bac et Charlotte une mention très bien. La convention n’est pas étrangère à ces bons résultats, estime la jeune-fille.
Grâce à elle, également, les progrès à l’oral ne se font pas attendre. « Te souviens-tu comment tu parlais en arrivant en première ? » s’amuse Rebecca Ribeiro. Elle rappelle à Charlotte un premier passage catastrophique où cette dernière n’alignait pas deux mots sans une hésitation voire une faute de français. Maintenant, la bachelière parle posément et expose clairement ses idées l’une après l’autre.
Les progrès sont aussi dus à la venue de personnalités politiques locales. Hélène Lipietz, conseillère régionale d’ile de France du groupe « Rassemblement de la gauche et des Verts » « a passé une après-midi avec les élèves afin de leur donner des conseils pour l’oral » souligne Muriel Benadon, proviseur du lycée. Alexandre Coutant, assistant parlementaire UMP, ou encore l’ancien directeur de cabinet du Président du Conseil général Seine-et-marnais, Jean-Pierre Guérin, ont eux aussi rencontré les élèves. Ils ont répondu à leurs questions sur la politique et leur ont donné quelques trucs et astuces pour intervenir en public.

Ces personnalités, qui semblaient innaccessibles, sont dans les murs du lycée. Sciences-po, une sorte d'horizon intouchable, se prépare à George-Sand. Par extension, les élèves inscrits en CEP ont l'impression que les autres grandes écoles et universités prestigieuses, s'adressent aussi à eux. C'est ainsi qu'un des cinq admissibles « a présenté son dossier à Dauphine pour la rentrée prochaine. Il ne l’aurait pas fait s’il n’y avait pas eu cette préparation » explique Charlotte. Elle-même pensait au début de l’année présenter son dossier scolaire uniquement dans des lycées seine-et-marnais, pour intégrer une classe préparatoire. Elle a finalement postulé à la classe préparatoire aux études supérieures (CPES http://lyc-henri4.scola.ac-paris.fr/cpes/presentation.html ) du lycée Henri-IV. Elle a été admise.« En créant cette prépa, Sciences-po nous montre que nous aussi on peut avoir de l’ambition » résume Charlotte. Et maintenant qu'elle a décidé d'y entrer, elle sait qu’elle pourra présenter l’ENA, un jour.

Les 117 autres lycéens admis par le biais de la CEP cette année, le pourront aussi. Sur les 56 établissements en Zone d’éducation prioritaire, où la convention est en vigueur, 17 se trouvent dans l’académie de Créteil. Sciences-po continue sa politique et devrait conclure des CEP avec d’autres établissements. Entre 2001 et 2007, 359 terminales sont entrés rue Saint-Guillaume grâce aux conventions. Le taux de réussite est de 13,5%, il est de 12% par le concours classique.

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