De jeunes lycéens vieux militants

Les lycéens ont manifesté sept fois d’affilée à Paris, du 27 mars au 17 avril, le jeudi puis le mardi, et le jeudi puis le mardi, encore le jeudi, mardi, jeudi. Les 22 et 24 avril, c’est le tour de la province. Les Franciliens s’y remettent au mois de mai. On s’en lasse. L’opinion se lasse, les médias se lassent.

Les lycéens ont manifesté sept fois d’affilée à Paris, du 27 mars au 17 avril, le jeudi puis le mardi, et le jeudi puis le mardi, encore le jeudi, mardi, jeudi. Les 22 et 24 avril, c’est le tour de la province. Les Franciliens s’y remettent au mois de mai. On s’en lasse. L’opinion se lasse, les médias se lassent. Ne dites pas ça à Baptiste et Gabriel. Ils font partie de la minorité qui mène le combat. S’ils ont réussi à convaincre quelqu’un du bien fondé de la lutte et de les rejoindre, c’est toujours ça de pris. Tout un travail d’organisation pour avoir trois fois moins de monde dans les rues que ce qu’on espérait, encore ça de gagné. Le premier a 16 ans, le second 18. Le premier et le second ont participé aux manifestations parisiennes d’avril tout enorganisant la contestation dans leurs villes et leur département. Lors de la manifestation départementale qui réunissait entre 600 et 1000 lycéens, qu’ils avaient contribué à mettre sur pied, Baptiste encourageait les troupes. Juché dans le camion-sono, il criait les slogans repris en chœur. Gabriel, avec ses dreadlocks et son air sage, marchait dans la manif.

 

Tous les deux sont entrés à la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) pendant ce mouvement. Tous les deux ont manifesté pour la première fois à 15 ans. Ils l’auraient bien fait avant, mais ils étaient un peu jeunes. « En 2002, lors des manifestations anti Le Pen suite au premier tour de l’élection présidentielle, ma grande sœur m’a appelé pour que je vienne mais, j’étais au collège. Impossible de sortir »se rappelle Gabriel. L’épisode l’avait un peu frustré, heureusement, à la fin de l’année 2004 alors qu’il est en seconde, il peut participer à sa première manif à Paris, celle contre la réforme Fillon de l’éducation. A ce moment là, lui et quelques lycéens voudraient que la mobilisation gagne leur ville mais ne parviennent pas à convaincre les autres élèves de les suivre. Pour le Contrat première embauche (CPE) en revanche, auprintemps 2006, ils ont pu organiser deux manifestations, la première réunissait une trentaine de personnes, la seconde une soixantaine.

Pendant que Gabriel fourbit ses premières armes de meneur, Baptiste suit le mouvement anti-CPE de près, essaye de comprendre les tenants et aboutissants. Il a commencé à s’intéresser à la politique vers 10-12 ans, « j’ai toujours suivi les informations et ce qui se passe dans le monde ». A 15 ans, il participe à ses premières manifestations locales pour aider une famille malgache, menacée d’expulsion. Il défile dans les rues et met l’ambiance avec son groupe de musique.

 

Mais, si Gabriel se trouve dans un milieu propice à la contestation, entre une mère syndiquée Force Ouvrière et une tante conseillère municipale d’opposition, quand elle ne milite pas à la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), chez Baptiste, les droits acquis qu’il faut défendre, ne sont pas au centre des conversations familiales. D’où lui vient cette préoccupation ? Difficile de répondre… «J’explique à mes parents le sens de ma mobilisation. Pour les lycées, j’ai réussi à leur faire comprendre ce qui se passait. Ils me laissent faire, enfin, pas tout non plus, ils mettent aussi des limites ». En 2007, Baptiste s’est également inscrit chez les jeunes Verts parce qu’il refuse de voir « la nature si peu respectée », et craint pour l’avenir de la planète. Quant à Gabriel, il continuera à se mobiliser contre « cette droite au pouvoir à cause de laquelle, tout ce qu’on a eu, on est en train de le perdre ». Les suppressions de postes dans l’Education nationale ne sont donc qu’un combat parmi ceux qu’ils ont déjà menés et ceux qui les attendent.

 

N’empêche, Baptiste est directement concerné. On justifie la suppression de 11 200 postes par la baisse du nombre d’élèves, et moins d’élèves signifie moins de classes. Certaines seront supprimées à la rentrée, résultat, « je n’aurai pratiquement aucune chance de réintégrer mon ancien lycée, les classes seront trop pleines. » Pourquoi l’avoir quitté en fin de seconde ? L’année dernière, il ne savait pas trop ce qu’il voulait faire alors, son proviseur l’a encouragé à choisir une 1ere STI électronique, un domaine où il y a des débouchés « Il me montrait tous les avantages d’une formation à laquelle je n’avais jamais pensé. Vu la manière dont il m’en parlait, ça avait l’air plutôt bien ». Baptiste change donc d’établissement mais se rend compte que cette filière là, n’est pas pour lui, tandis qu’il se fait une idée plus précise de son avenir. « J’aime la musique, les arts du cirque, la nature. Au début je voulais intégrer une école de cirque mais, c’est très dur alors j’ai réfléchi à ce que je pouvais faire, pour réinvestir ce qui me passionne dans mon travail. » Il pense ainsi à devenir animateur. Il travaillerait avec des enfants à qui il transmettrait ses connaissances musicales, artistiques, le goût de la nature, tout en restant au cœur des questions sociales. Pour passer son brevet d’animateur, on lui a conseillé de commencer par la filière Economique et sociale (ES), mais, la première ES se trouve dans son ancien lycée. S’il n’avait pas de place, ses parents seraient prêts à faire des sacrifices pour l’envoyer dans un lycée privé…Un comble pour un jeune homme qui se bat tant pour le lycée public !

 

Alors, Gabriel et Baptiste, continuent, ils organisent les mobilisations pour la rentrée même si le découragement les gagne parfois. « On a l’impression de se mobiliser énormément pour se retrouver devant des gens qui ne veulent pas nous entendre. Le recteur, c’est limite s’il ne met pas des boules quiès, il s’en fout. Il cherche pas à nous écouter» constate Baptiste. Tandis que Gabriel, ne croit pas que Darcos reculera « On se mobilise depuis fin février et on est toujours au même point,je crois qu’il ne bougera pas même si on continue. Mais si on ne fait rien, si on laisse passer les réformes comme ça, ce sera encore pire. Parce qu’on ne se bat pas que pour cette année. Là, 11 200 suppressions de postes sont prévues pour la rentrée mais pour arriver à 80 000 d’ici 2012. » Pas sortis de l’auberge…

 

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