La métamorphose de nos enfants en mini adultes aguicheurs

Chaque année, au moment de la rentrée scolaire, une de mes «vieilles» amies (puisqu'elle approche les 80 ans) me tend des magazines féminins, ouverts à la page où des petits mannequins, filles et parfois garçons, se pavanent en vêtements d'écoliers.

Chaque année, au moment de la rentrée scolaire, une de mes «vieilles» amies (puisqu'elle approche les 80 ans) me tend des magazines féminins, ouverts à la page où des petits mannequins, filles et parfois garçons, se pavanent en vêtements d'écoliers. «Regarde, et après, on s'étonne que des pédophiles passent à l'acte. Ils commencent par se masturber devant ce genre de revue» gémit-elle. Telle enfant d'à peine dix ans a la main posée sur la hanche dans une attitude qu'Agathe juge provocante, tel petit garçon, avec ses lèvres mouillées, pourrait bien attirer un violeur et cette autre petite fille là...Agathe en frémit !
J'ai toujours trouvé sa réaction un peu excessive,
Sont-ils nombreux, les pédophiles, à feuilleter ces magazines somme toute bien innoffensifs, par rapport à d'autres images d'enfants, exploitées, celles-là, sous le manteau et dans les replis de la toile Internet ?
Pourtant, ses craintes et cris, me sont revenus aux oreilles en voyant l'émission «Reportages» sur TF1, diffusée le samedi après le journal de treize heures. L'émission du 2 février 2008 à propos des «mini Miss», l'équivalent de «Miss France» mais pour des candidates de 7 à 12 ans, était rediffusée hier...Quand on lit son résumé sur le site Internet de TF1, le sujet a l'air plutôt mignon : «Elles ont 8 ou 9 ans et sont jolies comme des coeurs. Elles aiment danser, chanter, se maquiller et porter de jolies robes. Leur rêve : gagner la couronne et l'écharpe de Mini Miss.»
http://lachaine.tf1.fr/lachaine/infos/reportages/videos/0,,3716948,00-tf1-video-reportages-mini-miss-reve-petites-filles-.html

Au début du reportage, on nous montre une petite fille qui se présente à la finale du concours. Elle répète sa chorégraphie de pom-pom girl. Certes, sa mère met la pression sur la fillette, elle lui fait la leçon en permanence. Il faut dire que la participation de sa fille lui coûte cher : 1800 euros en tout, entre le professeur particulier de pom-pom-girl, la robe de soirée sur mesure, le séjour à Paris lors du concours, etc. Elle précise cependant au journaliste que «la petite fait ce qu'elle veut». C'est vrai, qu'elle, la maman est un peu tendue, elle l'admet mais, si sa fille ne voulait pas se présenter au concours, elle la laisserait choisir. «Elle s'est donnée tant de mal pour en arriver là qu'elle mérite de réussir» conclut la mère.
Le jour de la finale, le 30 septembre 2007, des dizaines de fillettes et leurs parents se retrouvent au Quin Elysée. Tout y est : coulisses, vestiaires, plateau télé, podium. Les petites répètent, elles regardent leurs concurrentes en chien de faïence, espérant que l'autre rate sa prestation pendant la finale, entendant leurs mères commenter, la mauvaise voix de celle qui vient de chanter ou la piteuse tenue d'une des candidates. Ensuite on se prépare : maquillage, coiffage à coups de bouclettes et chignons ornés de perles, robes «barbie» sur mesure plus rose bonbon les unes que les autres.
A partir de 21h30 chacune défile dans sa jolie robe encombrante. Elle se change pour, dans un deuxième temps, présenter son petit show chorégraphique ou musical. A minuit, le jury départage les candidates. Surprise ! La gagnante est celle qui avait l'air le «plus femme», celle qui en short et gilet de cuir a joué à Brigitte Bardot en reprenant le clip «Harley Davidson» (visible sur la vidéo à la 6:30 minutes). Une fillette de sept ans, qui se tortille et se pavane sur une fausse moto avec un air aguicheur, me choque, peut-être autant que les petits mannequins choquent Agathe.
En mettant les deux en rapport, les mini mannequins et les mini miss, j'ai eu l'impression qu'on m'ôtait des oeillères. Tout à coup, je me suis posé la question d'une société qui se forge des images d'enfants répondant aux projections des adultes. De là à dire que ces représentations donnent du grain à moudre au pédophiles...je n'en sais rien. Une seule certitude, passer des écoliers sur papier glacé à une petite fille de sept ans, version «mini BB» jetée en pature à un jury, m'a posé un problème.

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