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Billet de blog 21 avr. 2020

Lesbos: refoulement à la frontière

Depuis l’ouverture des frontières turques début mars et l’anniversaire de « l'accord UE-Tirquie », la Grèce a militarisé ses frontières. La Turquie continue de mettre la pression sur l’Europe en organisant des mouvements de refugié-e-s vers les frontières et les gardes-côtes grecs renforcent les refoulements à la frontière par des pratiques de plus en plus violentes pour les personnes en mer.

SABRINA LESAGE
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le premier billet lancé sur ce blog concernant l’extrême droite prenant les rues de Lesbos, le rythme a été intense sur ce gros bout de caillou grec et le confinement n’a fait qu’aggraver la situation des personnes tentant de trouver refuge en Europe avec une intensification du harcèlement policier, des violences à l’intérieur du camp, des personnes bloquées sur les plages et surtout des violences policières et morts aux frontières.

Il y a un mois et demi, Erdogan ouvrait ses frontières et organisait des bus pour amener les personnes réfugiées aux frontières. Quelques jours plus tard, sur l’île de Lesbos, l’équipe du Mare liberum a été attaquée par un groupe de locaux d’extrême droite furieux (cf le billet: l’ultra droite prend les rues de lesbos) dans un contexte violent de haine et d’attaques contre les ONG et contre les réfugié-e-s.

En réaction à l’ouverture des frontières turques, la Grèce a fermé les siennes et les a militarisées. Cet état d’exception a officialisé la pratique déjà existante des push backs et pull back par les gardes côtes grecs et Frontex. Beaucoup de vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux sur la violence policière en mer :

This is how The Greek coast guard is stopping boats from reaching the shores of Europe. This is nothing new in the Aegean Sea, but before it was the Turkish coast guard that did it, condemned by the Greeks. Now I guess this is standard procedure, stop the boats at any cost, by any means available. This boat was traveling from Bodrum towards Kos, this is outrageous!

Posted by Aegean Boat Report on Monday, March 2, 2020
Aegean Boat Report on Facebook Watch © Aegean Boat Report

 La militarisation des frontières puis les restrictions liées au Coronavirus, nous (l’équipe du Mare-Liberum) empêchent d'aller en mission en mer pour observer ce qu'il s’y passe. Hors de question de quitter le terrain pour autant:  si nous ne pouvons pas approcher la frontière maritime, nous allons porter notre regard sur ce qui se passe à terre, tout en gardant une oreille sur ce qui se passe en mer.

Ainsi, sans surprise, ce qui se passe en mer est assassin.

Et les témoignages qui nous parviennent ne nous disent pas combien ils ne pourront peut-être plus jamais nous parvenir. Voici ici quelques extraits de personnes repoussées à la frontière turque par les gardes-côtes grecs:

Témoignage 1
Témoignage 2
Témoignage 3
Témoignage 4


Plus récemment, nous avons appris que les gardes côtes grecs ramassent les gens en mer, non pour les amener au port, mais pour les remettre à l'eau dans des radeaux de sauvetage au niveau de la frontière turque et ainsi les laisser dériver dans les eaux turques. Et, pire encore, des personnes ont témoigné avoir été forcées de repartir en mer dans un radeau de sauvetage alors qu’elles étaient déjà arrivées sur l'île.

© teammareliberum

Quant aux personnes qui parviennent sur les plages, l’accueil qui leur est réservé est bien loin des minimums vitaux obligatoires. Mis en quarantaine pour Covid-19 sur des bouts de plages ou des confins de quais portuaires, certains groupes sont restés plusieurs jours sans tente pour les abriter. Depuis ils dorment à même une bâche au sol sous des tentes de fortunes ou à 16 dans des tentes UNHCR. Pas de toilettes ni de douches, nous avons du apporter un siège de camping en tissus pour le percer au milieu et en faire un siège de toilette pour une personne ne pouvant pas plier ses genoux.
Dans l'un des camps, les résidents ont dû improviser une douche car ils ne pouvaient pas supporter la situation après presque deux semaines de séjour. Lorsqu'ils se sont plaints de leur situation auprès du HCR, on leur a dit que « certaines personnes étaient dans une situation pire qu'eux, et qu'ils ne devaient donc pas se plaindre ».

© teammareliberum


Les sites sont gardés par les gardes côtes ou des équipes de sécurité privée et il est bien difficile de pouvoir accéder aux personnes pour communiquer et prendre des nouvelles. Ruses et stratégies sont de mises pour apporter un soutien et un regard civil une fois de plus.

La quarantaine est terminée pour eux depuis presque une semaine et demie mais ils sont toujours là-bas au nord de l’île, sur les plages, et dans un flou total sur ce qui les attend.
La Grèce a ré-ouvert l’enregistrement pour demander l’asile sur son territoire mais les bureaux restent de toutes façons fermés pour cause de Covid19. Quant à l’hébergement, rien ne leur ait annoncé. Ils devaient être transférés sur le continent mais sont toujours là, et toujours gardés.
Les autorités semblent absolument dépourvues de tout plan de marche. Certain-e-s ont entendu parler du camp de Moria et sont terrifié-e-s à l'idée que cela puisse être leur meilleure option, en comparaison avec les camps fermés du continent. Alors que le calvaire traversé et les kilomètres parcourus pendant tant de mois, voire d’années, pourrait prendre fin, c’est une nouvelle lutte qui se présente à eux.

L’hiver est fini et la meilleure saison pour traverser arrive. Il est certain que beaucoup de personnes attendent de traverser du côté turc et que beaucoup essaient tous les jours. Nous ne savons pas ce qui se passe réellement en mer et ne pouvons imaginer que le pire en ces temps morbides.

Dernièrement, la Turquie a encore déplacé autour de 2000 personnes par bus en direction des plages à la frontière avec la Grèce. Peu après nous avons appris que ces mêmes personnes ont fini en détention à Izmir puis envoyées pour certain-e-s à Istanbul.

Erdogan joue. L’externalisation des frontières européennes est une catastrophe humaine et politique. L’Europe n’hésite pas à demander à des dictatures de garder nos frontières. Le résultat est dramatique mais pas sans surprise.

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