Démocratie en panne : le véritable bilan électoral d'En Marche !

Les élections présidentielles et législatives pourraient faire croire que le président et sa majorité fraîchement élus ont remporté un véritable triomphe. Pourtant, si on regarde au delà de l'ornière des pourcentages de votes exprimés on voit que nos votes et notre démocratie sont en voie de déraillement derrière la locomotive En Marche !

Préambule

Lors des élections présidentielles de 2017, Emmanuel Macron encore candidat était arrivé en tête au premier tour et avait recueilli 66,10% des suffrages exprimés au second tour. Un mois plus tard, le président nouvellement élu obtenait une majorité absolue aux élections législatives. Ne voir que ces deux faits pourrait faire croire à un grand succès d'En Marche !, mais ce triomphe est une illusion d'optique aisément déjouée si l'on regarde l'ensemble des votes.

 

En Marche ! propulse l’extrême droite

Partant du constat que l'extrême droite est par essence anti-démocratique, on peut considérer les votes qu'elle récolte comme un indicateur de l'état de santé de notre démocratie. Le score historique de l'extrême droite aux élections présidentielles montre donc que notre démocratie est bel et bien malade. De quoi souffre-t-elle ? Les causes sont multiples mais l'une d'entre elle est notable (dans tous les sens du terme) : En Marche !

En Marche ! n'a pas seulement remporté les élections, ce mouvement a aussi propulsé à toute vitesse l'extrême droite vers son plus grand succès électoral jamais engrangé. Lors de l'élection présidentielle de 2002, l'extrême droite s'était déjà hissée au second tour et y avait déjà progressé. En revanche, la progression du Front National de 2002 d'environ 700 000 voix ne correspond qu'à un report des votes captés au premier tour par un autre candidat d'extrême droite, Bruno MEGRET. En 2017, le Front National a progressé de près de 3 000 000 de voix entre le premier et le second tour, et ce malgré l'absence d'autres candidats d'extrême droite au premier tour pouvant reporter leurs voix au second. Ainsi, plusieurs millions de personnes n'étant pas d'extrême droite puisque ne l'ayant pas choisi au premier tour ont préféré prendre le risque d'ingurgiter le poison frontiste plutôt que d'avaler les remèdes d'En Marche !

 

En Marche ! court derrière l'abstention

Le vote ayant vocation à permettre d'exprimer un choix, le décompte des votes blancs et nuls, ainsi que de l'abstention, constitue lui aussi un indicateur de santé démocratique. Même s'il est difficile de faire parler des voix non exprimées, il est nécessaire de se souvenir que tout abstentionniste et tout votant nul ou blanc a un jour fait l'effort de s'inscrire sur les listes électorales. Pourquoi une telle démarche sinon pour pouvoir s'exprimer alors que pour se mettre en retrait il aurait suffit de faire l'effort bien moindre qui consiste à ne rien faire, pas même à s'inscrire ? Les votes nuls et blancs, ainsi que l'abstention, expriment donc bien quelque chose, mais probablement rien de bon.

Le total des votes nuls et blancs et de l'abstention avait déjà fortement progressé entre les deux tours de l'élection présidentielle, au point de largement dépasser les voix de l'extrême droite, sans pour autant égaler les votes attribués ou concédés à Emmanuel Macron. Les élections législatives furent le théâtre d'une inversion, plaçant l'abstention devant les votes exprimés, et donc loin devant En Marche ! Dans cette course d'En Marche ! derrière l'abstention, cette dernière a même creusé la distance entre les deux tours des élections législatives après que le premier avait qualifié des candidats dans une écrasante majorité des circonscriptions. Là encore, la présence du mouvement d'Emmanuel Macron a été nuisible pour la démocratie.

 

Le véritable bilan électoral d'En Marche !

Derrière le triomphe en trompe-l’œil d'En Marche ! on peut voir tout autre chose si on prend la peine de regarder l'ensemble des inscrits sur les listes électorales et si on considère tous les votants et toutes les formations. Forte progression des votes nuls et blancs, explosion de l'abstention menant à l'assemblée la plus mal élue de la Vième république et poussée de fièvre extrême droitiste, tels sont les symptômes de la démocratie malade, bilan réel de la république En Marche ! Cette nouvelle république dont le président a été choisi par moins de la moitié des électeurs inscrits et dont la majorité absolue à l'assemblée nationale a recueilli moins de 8 000 000 de voix, soit presque trois fois moins que son président.

Puisqu'En Marche ! fait se rapprocher la perspective de la fin de la démocratie à grands pas, on est tenté de rejoindre Emmanuel Todd dans sa réflexion sur ce qui nous attend Après la démocratie. En effet, tous les facteurs de destruction de la démocratie identifiés par ce chercheur sont cultivés par En Marche ! Si l'on arrête un instant de regarder avec complaisance ou ravissement le spectacle de la parade d'En Marche ! pour regarder la direction que prend ce cortège qui nous emmène avec lui, on voit que c'est un précipice qui se profile à l'horizon.

 

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