Avec nos excuses à Victor Hugo pour le retard

Avec L'Avenir, Victor Hugo avait publié en 1867 un appel à construire une Europe politique. 150 ans après, il est plus que temps de construire l'Europe que nous méritons plutôt que de se contenter de notre U.E. ultra-libérale et technocratique. Pour contribuer à réorienter l'Europe, nous lançons le média Europe Insoumise dont voici le premier numéro qui sera distribué aux amphis d'été de la FI.

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Dans son texte qu'il voulait une incitation non seulement visionnaire mais surtout salutaire, il y a 150 ans, Victor Hugo envisageait qu'«[au] vingtième siècle, il y aura[it] une nation extraordinaire. Cette nation sera[it] grande, ce qui ne l’empêchera[it] pas d’être libre. Elle sera[it] illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l’humanité... ». La nation en question, c'est l'Europe toute entière. Une Europe réellement unie sur le plan politique, et donc durablement à l'abri de la guerre. Un siècle et demi plus tard le projet d'une Europe que nous méritons est pour le moins en retard.

On pourrait se lamenter qu'à ses débuts la construction européenne ne se soit cantonnée qu'à quelques aspects économiques et ne rassemblait que six pays, mais il fallait bien commencer quelque part. L'intégration économique comme prémisse à une intégration politique pouvait naïvement apparaître comme un bon compromis de départ en ce XXième siècle si impacté par les nationalismes. Tout ne débuta réellement que presque 100 ans après l'appel de Victor Hugo, et suivant la souillure historique de la seconde guerre mondiale qui aurait pu être évitée si on ne s'était pas lavé les mains de certains passages réellement visionnaires au cœur de son appel. On pouvait de façon candide espérer l'esprit de ces passages retrouvé en écoutant l'un des initiateurs du mouvement réel de la construction européenne, Jean Monnet, qui déclarait enfin en commençant à le faire : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des peuples ». Malheureusement, Jean Monnet, ami des impérialistes américains et capitaliste convaincu voulait aussi et surtout une union au sein de l'Europe pour y organiser le capitalisme.

Nous voilà donc aujourd'hui dans une structure bâtie sur des traités qui ont bien avalisé les mots « union » et « Europe » qu'ils ont repris dans le nom de cette construction. Seulement, toute union, soit-elle européenne, est in fine une affaire de personnes car on ne saurait unir une étendue de terre, de pierres, de forêts et de rivières déjà continue et dont la division par des frontières n'est pour commencer qu'une vue de l'esprit humain pour l'organiser. Autrement dit, comme Monnet l'avait joliment déclaré sans finalement (vouloir) le réaliser, il n'y a pas d'union qui puisse se faire sans peuple. Le peuple est pourtant passé à la trappe entre les mots « union » et « européenne ». Un peuple croulant sous l'empilement des strates hiérarchiques qui gouvernent sans être élues par lui et donc sans son mandat. Un peuple faisant face à une construction institutionnelle si verticalement érigée que les étages supérieurs en sont inaccessibles et donc tout aussi inutiles et dispendieux que ceux d'une étagère trop haute pour être utilisée. Un peuple écrasé par la concurrence du tous contre tous. L'Union Européenne ayant surtout pour objet d'organiser la compétition entre États européens au sein d'un marché commun de libre échange, elle n'est finalement qu'un modèle au rabais d'une coalition déjà en deçà des ambitions fixées.


150 ans après, on est donc loin de la vision d'Hugo de l'Europe d'« aucune exploitation, ni des petits par les gros, ni des gros par les petits ; et partout la dignité de l’utilité de chacun sentie par tous », ou d'« Un peuple fouillant les flancs de la nuit et opérant, au profit du genre humain, une immense extraction de clarté ».  Pourtant, des tentatives de refondation de l'Europe sont à l’œuvre. La notre s'inspire des pensées visionnaires du passé, tout en refusant les écueils que l'on trouve malheureusement aussi chez Hugo et que l'on sait criminels, tels que le colonialisme et le productivisme. Au lieu de cela, le nouvel enjeu majeur de l'humanité qu'est l'écologie, et qui n'avait que peu été entrevu au XIXième siècle, est désormais au cœur de notre projet pour l'Europe. En France, on l'a notamment vu dans le programme L'Avenir en commun présenté par la France Insoumise, qui propose des modalités sérieuses de mise en place d'un rapport de force seul à même de mouvoir les lourds mécanismes qui pourraient réorienter un continent et son peuple tout entier. Ainsi, puisque ce programme sert le mieux l'intérêt du peuple, il faut que ceux qui l'ont déjà compris informent, convainquent et agissent, comme nous le proposons avec le site d'information Europe Insoumise qui rassemble une équipe de personnes vivant dans toute l'Europe et qui laisse la parole aux contributeurs issus du peuple. Nos manches sont retroussées, nos esprits affûtés, notre envie puissante et notre espoir irrésistible ; nous sommes enfin prêts à commencer, avec nos excuses à Victor Hugo pour le retard !

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