Édouard Philippe a laissé échapper un propos discriminatoire contre les couples gays

Invité de l'émission politique de France 2 ce jeudi 28 septembre, le premier ministre Édouard Philippe tenait un discours bien préparé jusqu'à ce qu'une question sur la PMA ne le prenne par surprise. Placé hors du registre de sa communication préparée, un Édouard Philippe improvisant ne pu s'empêcher de lâcher une phrase discriminatoire à l'encontre les couples homosexuels.

Lors de l'émission politique de France 2, dont il était l'invité ce jeudi 28 septembre (voir l'émission ici), le premier ministre Édouard Philippe tenait un discours bien rôdé. Un niveau élevé de préparation transparaissait dans ses réponses calmes, jouant distinctement une partition qu'il avait répétée, faute de l'avoir composée. En effet, comme l'analyse très justement MEDIAPART (voir l'article ici), Édouard Philippe se cantonne systématiquement à un rôle de courroie de transmission insipide des discours et des décisions du président Emmanuel Macron. Pourtant, l'espace d'une phrase prononcée à propos d'un sujet sur lequel sa préparation était visiblement prise à défaut, le premier ministre a laisser échapper un propos discriminatoire sur les couples homosexuels.

 

Arrivé au moment de l'émission durant lequel l'invité fait face à deux français·e·s, l'un des deux sujets soulevés sembla prendre le premier ministre par surprise. Face à lui, le biologiste Jacques Testart, précurseur sur les techniques de fertilisation in vitro, l'interpella sur le sujet de la procréation médicalement assistée (PMA). Il ne s'agissait pas là d'un traquenard mais bien d'un sujet choisi en raison du fait qu'Édouard Philippe s'était publiquement exprimé sur le sujet dans une tribune (voir ici). Alors qu'on aurait pu attendre du premier ministre qu'il maîtrise le sujet, puisque, encore député, s'était autorisé une prise de position publique sur la PMA, Édouard Philippe paru désemparé et meubla comme il pu pour faire passer le temps.

 

Vers la fin de cette séquence d'improvisation aussi confuse et inarticulée que maladroite, le premier ministre laissa échapper cette phrase (vers 1h10 dans l'émission) : « Je suis convaincu que c'est souvent plus difficile d'élever un enfant tout seul que de l'élever dans un couple, même un couple homosexuel ». Autrement dit, les pores intellectuels de l'esprit d'Édouard Philippe laissèrent suinter la conviction infondée de cet homme selon laquelle il serait plus difficile pour un couple homosexuel d'élever un enfant que pour un couple hétérosexuel. Ainsi, même s'il reconnaît aux couples homosexuels le droit d'adopter et donc d'élever un enfant, il fait une distinction entre ceux-ci et les couples hétérosexuels au travers d'une hiérarchie fantasmée de la capacité à élever les enfants liée à l'orientation sexuelle.

 

Si on croyait ce que nous avait laissé entendre l'émission de Léa Salamé, Édouard Philippe aurait fait partie de ces trop rares personnalités issues de la droite qui avaient défendu le mariage pour tous, ce dont il faudrait lui rendre grâce. Le contexte de l'émission est à même d'induire en erreur puisqu'Édouard Philippe, même s'il s'était exprimé sur le fait que le mariage pour tous pouvait être compatible avec les « valeurs » familiales du mariage défendues par la droite, s'était en réalité abstenu sur le sujet à l'assemblée nationale (voir ici). Sous l'éclairage flatteur dont France 2 a fait cadeau au désormais premier ministre, on aurait donc pu passer à côté du caractère discriminatoire de sa phrase sur les couples homosexuels. On aurait également pu la laisser filer en mettant ce « dérapage » sur le dos du stress de l’exercice télévisuel. Pourtant, la phrase d'Édouard Philippe représente bel et bien une conviction profonde puisque l'homme s'avère être un récidiviste en la matière.

 

Lors de débats parlementaires déjà, en 2012, Édouard Philippe avait adopté une posture biologisante de la parentalité qui l'amenait à critiquer la capacité d'un couple homosexuel, notamment féminin, à mettre en place une véritable autorité parentale qui incomberait par nature au père biologique (voir ici). Plus tard, dans sa tribune d'opposition à la PMA, dont il se servit pour justifier son abstention au vote sur le mariage pour tous qu'il prétendait considérer comme un engrenage vers la PMA, Édouard Philippe écrivit également : « Nous ne sommes pas opposés à l'adoption simple mais nous considérons que l'adoption plénière [par des couples homosexuels], autorisée par le texte, nous engage sur une voie qui n'est ni nécessaire ni raisonnable ». L'adoption plénière constituant un type d'adoption qui implique de rompre le lien avec les parents biologiques de l'enfant adopté (cela inclus les cas où l'enfant est orphelin), on voit une fois encore transparaître la lubie droitière d'Édouard Philippe pour qui il y aurait un ordre naturel qui conférerait une autorité ou une capacité particulière aux parents biologiques.

 

Certes, il faut noter que dans la tribune sur la PMA co-signée par Édouard Philippe, il est mentionné par deux fois le fait qu'un couple homosexuel serait aussi à même d'élever un enfant qu'un couple hétérosexuel. Néanmoins, puisqu'un tel texte peut être longuement travaillé et mûrement réfléchi, il peut contenir des éléments purement tactiques quoique malhonnêtes. Le fait même que la tribune en question cherche à justifier une abstention lâche sur la question du mariage pour tous par une construction logique plus que bancale permet en effet de douter de la sincérité du texte. En clair, Édouard Philippe y argumente l'existence d'un lien soit-disant nécessaire entre le fait d'autoriser l'adoption plénière par les couples homosexuels, comme le prévoyait le texte sur le mariage pour tous, et le fait que cela entraînerait à l'avenir une généralisation de la PMA à laquelle il disait alors être opposé (même s'il a « évolué » sur le sujet depuis qu'il est devenu premier ministre d'un président ayant promis durant sa campagne cette généralisation de la PMA).

 

On voit donc que la constante du positionnement du premier ministre lors de ces cinq dernières années a été la croyance affichée en une supériorité de la parenté biologique sur les autres, comme si d'autres facteurs tels que la personnalité des parents ou le temps qu'ils consacrent à leurs enfants étaient moins important pour le développement de ces derniers. Pas étonnant dans ce contexte qu' Édouard Philippe ait laissé échappé qu'il considère plus difficile pour un couple homosexuel d'élever un enfant que pour un couple hétérosexuel. La phrase prononcée par le premier ministre sur France 2 représente donc un propos discriminatoire injustifié et condamnable. Ce propos laisse transpirer, à travers le masque d'un discours autrement préparé à défaut d'être sincère, le genre de convictions réelles, profondément inégalitaires et biologisantes, qui forment la marque de la droite dont on pu alors entrevoir que c'est bien elle qui est pouvoir.

 

Sacha Escamez

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