Les journalistes ne sont pas intouchables.

Dans toutes les professions, les fautes graves exposent à des sanctions conséquentes pouvant aller jusqu'à la radiation de son auteur. Mais pas en journalisme où on se comporte comme s'il s'agissait d'intouchables, au nom, prétendûment, de la protection de la liberté d'expression.

Lorsqu’un médecin commet une faute grave, il est renvoyé de l’Ordre des Médecins et interdit d’exercice de la profession. Quand un notaire est reconnu coupable de graves manquements à la déontologie et à l’éthique, il est exclu du métier. Idem pour les avocats, d’autres professions libérales et corps de métier. Mais certains voudraient que le journalisme demeure une sorte de refuge de la racaille morale, une déchetterie où des confrères servent d’avatars à des politiciens tapis dans l'ombre. En Côte d’Ivoire et au Cameroun, pour ne citer que ces deux pays, une partie de la presse pourrait être considérée comme des "médias milles collines" qui instiguent à la haine communautaire, incitent à la guerre et font ouvertement l’apologie de la xénophobie.

Nous remercions la télévision ivoirienne pour l’occasion que nous a offerte le débat organisé récemment sur la responsabilité des médias. Nous pensons avoir réussi à tenir un langage de vérité, malgré la stratégie de la perturbation et les fanfaronnades d’un journaliste venu sur le plateau défendre une forme de journalisme de caniveau. Mes hommages à mes excellents confrères, Venance Konan - directeur du quotidien publique Fraternité Matin- ainsi qu’à Assalé Tiémoko, patron du journal d’investigation l’Eléphant déchaîné. A trois, et grâce à nos arguments et faits irréfutables, nous avons réussi à faire admettre à l’avocat de la médiocrité sur ce plateau que le régulateur devrait prendre des sanctions plus dissuasives à l’endroit des journalistes qui ne font pas honneur à la corporation. Ce noble métier doit demeurer celui de la sublimation des valeurs et du professionnalisme, et non un domaine où l’on promeut la médiocrité et les mauvaises pratiques.

 Mais en attendant que le régulateur ivoirien daigne enfin appliquer des sanctions comme la radiation de la profession des journalistes qui prennent des libertés avec les règles du métier et mettent à mal la cohésion sociale, je voudrais annoncer ma décision de créer un évènement où nous désignerons publiquement les cancres de la presse ivoirienne, ceux qui n’ont pas leur place dans la profession. Depuis mon passage à la télévision publique ivoirienne sur le débat cité plus haut, je suis assailli de sollicitations pour faire quelque chose sans attendre. Afin donc de donner suite à ces appels, et faire écho à la demande largement partagée d'un besoin d’assainir le milieu de la presse, dans un pays encore fragile qui n’a pas encore totalement pansé les plaies de la guerre civile, "Le podium 2021 des journalistes de caniveaux", première édition, se tiendra l’année prochaine. Nous allons passer au crible d’un jury international -composé de confrères Ivoiriens et étrangers- la couverture de la présidentielle 2020 et les autres évènements et informations d’actualité de l’année prochaine. Une grande campagne publicitaire sera faite sur les trois indignes désignés : cérémonie de désignation retransmise en direct sur plusieurs chaînes de télévision ; photos et noms affichés sur les panneaux dans toutes les capitales régionales de Côte d’Ivoire ; communiqués de presse et interviews dans la presse nationale et internationale; diffusion des photos des trois "journalistes de caniveaux de l'année" dans les journaux de la place ; reportages à la radio et à la télévision sur les mauvais éditoriaux, interviews, analyses ou reportages qui leur ont valu la distinction peu honorable, et j’en passe.  

L’idée est d’amener nos confrères à s’obliger au strict respect des règles de notre métier et à travailler à la promotion de la paix dans un pays où la presse est au cœur de l’exacerbation des tensions politico-communautaires. Nous avons la conviction que très peu de confrères pourraient résister à une telle publicité et il nous semble que la peur de figurer dans ce podium est de nature à rendre les journalistes ivoiriens plus professionnels. Mon vœu est que cet évènement disparaisse à jamais après les deux ou trois premières éditions, la presse ivoirienne étant devenue si professionnelle que nous n’aurons plus de "récipiendaires" à humilier pour d’autres éditions.

Ce qui est vrai, est vrai!

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