Mali : Quelles solutions aux troubles politiques actuels ?

Le maintien du président IBK jusqu’à la fin de son mandat faisant désormais l’unanimité, il reste la formation du gouvernement, la question de l’Assemblée Nationale et surtout de la Cour Constitutionnelle sur laquelle pèse de fortes accusations de tripatouillage électoral.

La crédibilité de la haute juridiction étant entamée de façon irréversible, elle est devenue de facto caduque. Sur l’Assemblée Nationale, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau de bain. Car si l’élection de certains députés est contestée par une partie de la population, il ne reste pas moins que celle de la majorité des députés est acceptée par tous. Dans ces conditions, dissoudre l’Assemblée Nationale serait faire injustice à ceux qui ont été élus en toute transparence. Sans compter qu’une reprise des élections dans les circonscriptions à litiges pourrait poser un problème de financement de la campagne à certains candidats qui n’ont plus suffisamment de ressources pour une telle opération. Il serait donc plus réaliste sur la problématique du parlement, qu’on puisse repêcher la vingtaine de candidats dont les résultats ont été inversés par la Cour Constitutionnelle. Exceptionnellement donc, l’Assemblée Nationale compterait pour la présente législature plus de 147 députés, pour une sorte de parlement transitoire qui serait en place jusqu’en 2023, terme du mandat du président de la république. Cet arrangement serait anticonstitutionnel, mais si cet accord politique faisait l’objet d’une résolution des nations unies comme accord de résolution d’une crise politique, les conventions et accords internationaux primant sur les lois nationales, le deal serait frappé du sceau de la légalité.

Bien que très contestée, la constitution malienne ne prévoit cependant aucune possibilité de dissoudre la Cour Constitutionnelle. Il ne reste donc que la démission de tous les membres qui rendrait l’institution de facto inexistante. Malgré l’enferment de la présidente de cette institution dans une forme de fétichisme légaliste, il me semble que si l’ensemble des acteurs appellent à sa démission et celle des membres de la Cour qui n’ont pas encore rendu leur tablier, madame Manassa et les autres juges constitutionnels se montreraient plus raisonnables.

La concession de taille que le régime pourrait faire à l’opposition serait un partage paritaire de tous les postes ministériels, y compris les ministères de souveraineté. Le président IBK conserve toutes ses prérogatives constitutionnelles. Il confie la formation du gouvernement à un premier ministre, désigné par lui-même et non par l’opposition comme elle l’exige maladroitement. Ce chef du gouvernement doit réunir un minimum de consensus autour de sa personne. L’actuel premier ministre ne manque pas d’atouts. Boubou Cissé a l’avantage de bénéficier de la totale confiance du président de la république, tout en étant une personnalité qui ne milite dans aucun parti politique. Il s’agit donc d’un commis dévoué aux missions de l’Etat, à qui  on ne connait, par ailleurs, aucune autre ambition politique (présidentielle). Toutes ces caractéristiques plaident en faveur de Boubou Cissé au moment où il est attendu du futur chef du gouvernement qu’il fasse preuve d’une totale neutralité dans cette nouvelle phase de la vie politique du Mali. Cependant, si on se met dans la perspective où la phase de refonte en profondeur de la vie publique et des mœurs politiques nécessiterait une personnalité rompue aux intrigues politiques, créditée d’une grande probité morale, avec une parfaite connaissance des acteurs de ces 30 dernières années, le profil de Nancoman Keita correspondrait parfaitement à la situation. Contrairement à Bocary téréta, président du parti présidentiel, rejeté par les contestataires et dont on ne peut pas dire qu’il file le parfait amour avec le Chef de l’Etat, il existe entre IBK et Nancoman (vice-président du parti au pouvoir) de l’affection réciproque, même si le N°2 du parti de IBK passe par moment pour « inconnu au bataillon »…des laudateurs. Ce n’est tout simplement pas son genre. Il bénéficie à la fois donc de la considération du président IBK et du respect de l’ensemble des acteurs politiques et de la société civile. Il nous revient que même le redouté imam Dicko a beaucoup d’estime pour lui. D’autres cadres du parti présidentiel ou de la société civile, à l’instar de l’ancien ministre Mahamane Baby, affichent des profils peu clivant et pourraient bien faire l’affaire.   

La question de la Cour Constitutionnelle et du parlement résolue, il restera aux Maliens l’autre sujet avec un fort potentiel confligène, celui de la présidentielle de 2023 et des législatives qui suivront immédiatement après. Je suggèrerais que les Maliens confient l’ensemble du processus, de la confection de la liste électorale à la proclamation des résultats en passant par la réception des candidatures et l’organisation matérielle aux Nations Unies. L’expertise de l’ONU dans ce domaine, à Haïti comme en Côte d’Ivoire parle pour l’ONU dont l’impartialité n’a jamais été mise en cause, en toute honnêteté, sauf dans des cas de mauvaise foi de perdants dépourvus d’esprit de fair play, comme ce fut le cas en 2010 en Côte d’Ivoire.

Une fois débarrassés de tous ces problèmes que je considère conjoncturels pour ne pas dire accessoires comparés aux réels enjeux, les Maliens devront s’attaquer à l’essentiel : la refonte de toutes les institutions et de toutes les règles démocratiques. La réponse à apporter à certaines questions me semble essentielle : comment assurer l’indépendance de la justice à tous les niveaux, y compris à la Cour Constitutionnelle ? Comment garantir la transparence des élections ? Comme lutter efficacement contre la corruption et l’enrichissement illicite ? Le dialogue National Inclusif semble n’avoir pas donné satisfaction à toutes les sensibilités politiques et on pourrait imaginer que le président IBK convoque, d’ici un an, une Conférence Nationale. Cela pourrait constituer un moment de confession collective à l’issue de laquelle les Maliens ouvrirait une nouvelle page vierge de leur histoire qui ne ressemblera plus jamais à celle qu’on a connue avant. Afin de frapper les esprits dans cette entreprise de création d’un Mali nouveau dans lequel vivra le Malien Nouveau, cette Conférence Nationale pourrait décider de modifier les symboles forts de la nation : hymne nationale ; drapeau ; devise. Il s’agirait en somme de la renaissance du Mali.

Ce qui est vrai, est vrai !

Par Saïd Penda/ Journaliste d’investigation et analyste politique.

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