La polémique sur les conditions de libération de Soumaïla Cissé est-elle justifiée ?

Si à l’unanimité tout le monde salue et se réjouie de la libération de l’homme politique malien et de trois otages européens, les opinions divergent sur l’élargissement de djihadistes qui a favorisé ces libérations.

Sur la forme, il faut préciser que les chiffres de djihadistes libérés en échange qui circulent doivent être pris avec prudence. Les médias parlent de plus de 200 terroristes libérés, mais ces chiffres n’ont jusqu’ici été confirmés par aucune source officielle crédible. Seuls les médias en parlent et ils sont repris par des analystes et experts qui, eux-mêmes, ont découvert ces chiffres dans les mêmes médias qui les interrogent ensuite. Comme le montant des rançons, on ne saura donc probablement jamais combien de terroristes ont été réellement libérés pour mettre un terme au calvaire des otages. Il y a peut-être eu beaucoup moins de tueurs et leurs complices libérés, tout comme il pourrait y en avoir plus. Mais j’ai tendance à penser qu’il y a eu beaucoup moins que le chiffre 200 avancé qui, en réalité, provient d’une seule personne, d’un seul et même journaliste. Les autres confrères, en réalité, n’ont fait que répéter en refrain. Pour se donner de l’importance, ces confrères n’ont pas eu l’honnêteté journalistique qui les aurait pourtant couverts, en citant l’AFP (Agence France Presse), comme l’origine du nombre présumé de djihadistes libérés.

Dans le fond, deux doctrines s’affrontent en matière de libération d’otages. Il y a la philosophie américano-britannique faite de fermeté : jamais de paiement de rançon ; aucune négociation avec les terroristes ; on libère militairement ses otages s’il y a la moindre chance de réussite d’une opération commando. Dans le cas contraire on laisse simplement les criminels assassiner les otages. Du coup, les otages Américains et Britanniques n’ayant aucune « valeur marchande », on remarquera qu’il y a très peu de ressortissants de ces pays pris en otage.

De l’autre côté, Il y a la doctrine des autres pays occidentaux, principalement européens. Ces États font tout pour obtenir la libération de leurs otages, quitte à libérer des criminels en échange et à payer de fortes rançons. Cédant aux critiques de ceux qui estiment que le paiement des rançons, outre d’offrir d’important moyens financiers avec lesquels ces terroristes s’approvisionnent en armes, favorise "la chasse aux otages", la France, sous Hollande, avait décidé de ne plus payer de rançon. La libération des otages d’Areva enlevés au Niger a pourtant fait l’objet, sous François Hollande, au paiement d’une rançon estimée à plusieurs millions d’Euros. Dans ce cas précis, c’est la compagnie Areva qui avait mis la main à la poche et non l’État français. Areva s’était aussi fait rembourser par les compagnies d’assurances auprès desquelles elle avait souscrit de fortes polices d’assurance pour protéger ses employés contre ce genre de risques.

Comme on le voit donc, la libération d’otages donne toujours lieu à une forme de transaction. Parfois, ces négociations peuvent aller jusqu’au retrait de l’armée de certaines positions qui menaceraient les terroristes dans le libre exercice de leurs activités mafieuses. Ces négociations peuvent choquer, mais il est indécent que nos confrères continuent ainsi à vouloir pousser Soumaïla Cissé à critiquer l’élargissement de terroristes contre sa liberté. L’homme politique malien est content d’avoir recouvré la liberté, comme nous l'aurions été si nous nous trouvions dans sa situation. Ce n’est pas lui qui a négocié les conditions de sa libération, et si ces conditions posent problème à certains, c’est à ceux qui les ont négociées qu’il faudrait poser des questions, pas à Soumaïla Cissé, qui n’a découvert le marché ayant abouti à sa libération, qu’une fois libre.

Ce qui est vrai, est vrai !

Par Saïd Penda/ Ancien de la BBC et de l’Union Européenne -Journaliste d’investigation et analyste politique.

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