Afrique : le 3e mandat est un faux débat.

La question des 3e mandat provoque de vifs débats en ce moment en Afrique. Et pourtant, une analyse pointue prouve que notre problème ce n’est point la limitation de mandat, mais bien plutôt la gouvernance de nos dirigeants, et la transparence des élections.

 

Par pure paresse intellectuelle, certains ont réussi le coup de génie de mettre dans le même sac un cancre agité qui insulte à tout-va (alpha condé); un vieux dictateur fainéant, sénile et barbare (paul biya); un violent dictateur doublé d'un mégalomane (déby), avec un travailleur acharné comme tout peuple en rêverait, pour l'éternité s'il le faut, (Alassane Ouattara). La généralisation est ce qu'il y a de plus facile alors que la recherche de la spécificité (ce qui distingue chaque individu et chaque contexte) nécessite un effort de réflexion auquel ne se soumettent que très peu de nos intellectuels et autres experts autoproclamés.

A la réflexion, notre problème ce n'est donc pas le nombre de mandats ou la longévité au pouvoir. Autrement des pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et bien d'autres où il n'existe pas de limitation de mandats pour le chef de l'exécutif, ne serait pas parmi les grandes démocraties.

Si biya avait fait gagner dix places au Cameroun dans les indicateurs économiques et sociaux comme l'a réussi Ouattara en dix ans, je ne serais pas aujourd’hui dans ce combat pour le chasser du pouvoir ; si alpha condé durant ses dix années qui s’achèvent avait pu présenter aux Guinéens seulement 30% de ce que son homologue ivoirien a accompli dans les domaines cruciaux de l’électrification, de l’adduction d’eau potable et des routes, pour sûr que nous ne serions pas de ceux qui se préoccupent de voir ce personnage atypique passer une nuit de plus au pouvoir, à la fin de son 2e mandat.

En vérité, la limitation des mandats relève même plutôt d’une forme de restriction de la souveraineté du peuple qui, seul, est apte à limiter, dans les urnes, les dirigeants dans leurs aspirations "éternitaires". 1000 ans de pouvoir de Maurice Kamto au Cameroun, ou 100 ans de pouvoir de Cellou Dalein Diallo en Guinée, cela ne devrait choquer personne, du moment où c’est le peuple qui renouvelle régulièrement le bail de ses dirigeants.

Nous ne devons donc pas nous tromper de combat. Le vrai combat, celui qui vaille pour tous ceux qui se soucient de la qualité du jeu démocratique, c’est la transparence des élections. Et dans ce domaine, la leçon nous vient du Sénégal. Dans ce pays frère, tous les dirigeants ont modifié la constitution pour s’éterniser au pouvoir, mais cela n’as pas empêché Abdoulaye Wade de battre Abdou Diouf en Mars 2000. Le même Wade sera défait douze ans plus tard par Macky Sall, alors qu’il sollicitait lui-aussi un 3e mandat. Moralité : les oppositions doivent savoir sécuriser les votes de leurs militants et sympathisants. Et les moyens technologiques que proposent aujourd’hui les réseaux sociaux offrent des possibilités infinies de sécurisation du vote par les candidats.

Que nos universitaires circonscrivent leur prisme à la paresseuse généralisation et à des analyses superficielles est une illustration de ce que nos intellectuels Africains nous ont trahi.

Ce qui est vrai, est vrai !

Par Saïd Penda/ Ancien de la BBC et de l’Union Européenne -Journaliste d’investigation et analyste politique.

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