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Billet de blog 17 févr. 2021

Présidentielle 2020 : voici les jokers qui ont fait élire Ouattara. (l'intégrale)

A la faveur de l’appel de l’opposition à un boycottage violent de la présidentielle d’Octobre dernier, les militants du parti présidentiel se sont mobilisés comme jamais.

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On doit, avant tout, la victoire d’Alassane Ouattara à l’ensemble du peuple du RHDP dont l’engagement patriotique et l’attachement à son leader n’auront pas été trahis. Mais nous devons rendre à césar ce qui est à césar, en reconnaissant que certaines personnalités du parti au pouvoir se sont clairement distinguées par leur dévouement, sans limite, dans la défense d'une Côte d'Ivoire qui reste debout.

Parmi les hommes sur qui le président Ouattara a pu compter dans ces moments de rudes combats, il y a Adama Bictogo. Secrétaire Exécutif du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, Bictogo, comme l’appelle ses camarades de parti, est le pilier central de la formation. Pendant la pré-campagne et la campagne proprement dite, il n’aura pas seulement été à l’initiative pour l’élaboration de toute la stratégie, mais il était également au cœur des activités sur le terrain. Le président Ouattara n’a pas voulu nommé un directeur de campagne unique, mais Adama Bictogo était de facto le patron de la campagne présidentielle. Il a parcouru des centaines de kilomètres et animé des dizaines de meetings dans les quatre coins du pays, au point où, selon mes informations, des membres de sa famille et des proches ont eu peur pour sa santé. Même s’il n’attend rien et n’a rien demandé selon mes sources dans l’entourage du président Ouattara, Il devrait être récompensé avec un poste important d’unique ministre d’État, ce qui ferait de lui une sorte de vice-premier ministre de facto.

L’homme était déjà connu pour son courage, son intelligence politique et sa maîtrise des questions stratégiques, et le ministre de la jeunesse a confirmé tout le bien qu’on savait de lui. Touré Mamadou était sur tous les fronts. Il allait d’un plateau télé à un meeting dans son fief à Daloa, à l’Ouest du pays. Jusqu’ici reconnu comme le Monsieur Jeunesse du régime, le ministre Touré Mamadou a convaincu les plus sceptiques par son travail acharné, mais surtout le calme avec lequel il a su défendre le gouvernement et le président Ouattara dans des débats parfois très passionnés, avec des arguments imparables qui ont souvent déstabilisés ses contradicteurs et forcés l’admiration et le respect des plus sceptique. Différents analystes estiment que les habits de ministre de la jeunesse deviennent quelque peu étroits pour ce jeune ministre promis à un bel avenir. A l’issue des législatives du 6 Mars sera formé un nouveau gouvernement. Si le président Ouattara et le premier ministre décident de le garder dans la même sphère jeunesse, Touré Mamadou pourrait se voir confier un super-ministère qui engloberait la jeunesse, le sport, la formation professionnelle et l’emploi jeunes.

Avec le ministre Touré Mamadou, Kobenan Kouassi Adjoumani aura été vu sur tous les fronts de la communication et de l’animation politique. Doté d’un sens de la formule inégalé, cassant dans les débats sans pour autant paraître condescendant, le porte-parole du RHDP est incontestablement de ces jokers qui ont fait élire Alassane Ouattara en Octobre dernier. Travailleur infatigable, le transfuge du PDCI du tribaliste bédié a manifesté, par sa combativité, sa fidélité sans limite au président de la république et à sa méthode de gouvernance. Ce n’est donc pas usurpé qu’on dise du ministre de l’agriculture qu’il est aujourd’hui un des chouchous d’Alassane Ouattara. Celui qu’on surnomme l’éléphant du Zanzan a, a peu de temps, conquis le cœur des militants du parti présidentiel. Il est appelé à jouer un rôle important dans la redistribution des rôles qui interviendra dans quelques semaines. Selon mes sources, le président Ouattara n’a pas encore vraiment décidé des responsabilités qu’il souhaite lui confié, même si des rumeurs relayées par la presse l’annoncent à la présidence du Conseil Economique. Ce qui semble acquis, selon une de mes sources bien introduites, « le ministre Adjoumani sera encore là, dans un rôle plus important ».  

Responsable des militants de la diaspora au sein du parti présidentiel, Diaby Lanciné réussi à mobiliser le RHDP en Europe dans des giga-meetings qui ont marqué les esprits. L’autre fait d’armes du directeur du Fonds d’Entretien Routier (FER) est d’avoir réussi à retourner des influenceurs pro-gbagbo dont certains sont de véritables méga-stars. Le poste de ministre auquel il était destiné lui a peut-être échappé. L’homme est soupçonné d’avoir suscité des candidatures indépendantes qui pourraient gêner ceux qui concourent sous les couleurs du RHDP. Convaincu de comportement clanique, il est aujourd’hui presqu’en disgrâce.

Anne Ouloto peut se targuer d’avoir réussi à pacifier la zone de l’Ouest de la Côte d’Ivoire qu’on croyait profondément ancrée dans un anti-Ouattarisme viscéral, si les populations de cette partie du pays ne sont pas reconnu pour leur soutien aveugle au criminel de guerre gbagbo. Duékoué, Guiglo, Toulepleu n’ont,  pratiquement connu aucune violence avant, pendant et après la dernière présidentielle. L’architecte de ce climat apaisé dans ce qui est le fief « des fous de gbagbo » est indiscutablement la ministre Anne-Désirée Ouloto. Si on ajoute à cela sa compétence reconnue dans toutes les fonctions qui lui ont été confiées, on peut raisonnablement penser qu’elle sera présente dans le prochain gouvernement.

Présenté comme un des "fils" du président Ouattara, Hamed Bakayoko est devenu "l’aîné" à la disparition d’Amadou Gon Coulibaly. Securocrate incontesté du système Ouattara depuis 10 ans, il a joué un rôle central de coordination de l’action gouvernementale, notamment en ce qui a concerné la sécurisation d’une élection à très haut risque. Si la Côte d’Ivoire n’a finalement pas connu plusieurs centaines de morts alors que l’opposition avait clairement l’agenda de mettre le pays à feu et à sang, c’est en grande partie grâce à l’action décisive du premier ministre, par ailleurs ministre de la défense. Hamed Bakayoko est un poids lourd dans le système Ouattara. Aucun autre cadre du parti présidentiel ne peut revendiquer deux mandats électoraux dans deux localités différentes si ce n’est celui qu’on appelle affectueusement hambak ou encore "le golden boy" (le garçon en or). Hamed Bakayoko est en effet député de Séguéla dans le nord et de la commune abidjanaise d’Abobo. Il devrait logiquement être reconduit comme premier ministre, à l’issue des législatives du 6 Mars 2021.

Combattante infatigable et redoutée, Kandia Kamara aura su mobiliser les femmes du parti. Dans toutes les communes d’Abidjan comme dans certaines localités de l’intérieur, la ministre de l’éducation nationale n’a pas ménagé ses efforts pour faire élire son champion. Elle a peut-être commis une embarrassante bourde en fêtant ses 10 ans dans le gouvernement au moment où rappeler une telle longévité peut paraître déplacé alors que d’autres cadres réclament qu’on leur fasse la place. Néanmoins, si elle devait être sortie du gouvernement, ce serait sûrement pour d’autres responsabilités. "Le président de la république a beaucoup trop de sympathie pour Kandia pour la renvoyer sans ménagement" m’a confié la semaine dernière une personnalité très informée.

L’autre joker de la team qui aura mouillé le maillot pour faire élire le président Ouattara c’est le ministre Mamadou Sanogo. Expert incontesté des questions électorales au sein de son parti dont les outils technologiques de gestion des élections ont impressionné jusqu’au observateurs internationaux venus superviser la présidentielle ivoirienne, le ministre de l’économie numérique a mené sa mission avec discrétion et efficacité. Ramené dans le gouvernement à quelques mois des élections, Mamadou Sanogo, véritable disque dur de l’ordinateur électoral du RHDP, devrait y rester, peut-être à un autre poste, d’une part en reconnaissance de ce qu’il a bien rempli sa mission, mais aussi pour ne pas donner l’impression qu’on ne l’a fait revenir dans le gouvernement que juste le temps qu’il aide à faire gagner le parti.

Ce qui est vrai, est vrai !

Nota : Cette analyse n’a pas la prétention d’avoir donné une liste exhaustive de tous ceux qui ont contribué à faire élire le président Ouattara. Il était plutôt question de ceux qu’on aura le plus remarqué, ou ceux dont l’action dans l’ombre a été déterminante, à exemple le ministre Mamadou Sanogo et d’autre.

Par Saïd Penda/ Ancien de la BBC et de l'Union Européenne - Journaliste d'investigation et analyste politique.

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