La CPI s’est foutue de gbagbo

La décision de la CPI d’hier a été accueillie avec joie dans le camp des pro-gbagbo alors que c’est l’émoi chez les victimes des dix années de règne des deux criminels de guerre ivoiriens.

A l’analyse, il semble bien que les partisans de gbagbo ont un peu vite fait la fête. Une simple lecture du communiqué de la CPI appellerait à plus de retenue pouvant même déboucher sur de la déception.

En effet, le communiqué parle bien de "modification des conditions de mise en liberté" des accusés, à ne pas confondre avec un allègement. Sauf à vouloir délibérément manipuler leurs militants comme ils en ont l’habitude, les dirigeants du parti de gbagbo ne peuvent donc pas parler de "gbagbo libre". Dans le fond, et selon le jugement rendu hier, les accusés ne peuvent même pas changer de domicile, ne serait-ce que dans le même quartier, sans informer au préalable la CPI, qui se réserve le droit de s'y opposer. Pour ce qui est de la possibilité de voyager désormais accordée, les prévenus ne peuvent voyager sans accord prérequis de la CPI qui a restreint leur espace géographique aux États qui reconnaissent la compétente de la juridiction internationale. Le pays choisi devra se porter garant de renvoyer les criminels de guerre à la Haye chaque fois que la cour aura besoin d’eux. Et quand bien même toutes ces garanties seraient réunies, la CPI pourrait toujours s’opposer au voyage si les garanties de l’État hôte ne lui semblent guère sincères. Pour terminer, il est exclu que la CPI autorise le retour en Côte de laurent gbagbo. En 2016, le président Alassane Ouattara, estimant que les juridictions de son pays sont désormais suffisamment opérationnelles pour juger de toutes les affaires, avait déclaré qu’il ne transférera plus aucun de ses ressortissants à la CPI. Le président Ivoirien s'était ensuite opposer au transfèrement de simone gbagbo à la Cour Pénale Internationale qui la réclamait. Du coup, pour la CPI, il est donc exclu qu’elle autorise un voyage des prévenus vers un pays où il existe un risque qu’on ne les renvoie pas à la Haye.

En résumé, par son jugement d’hier, la CPI s’est clairement foutue des criminels de guerre gbagbo et blé goudé. Elle a repris d’une main ce qu’elle affirme avoir donnée de l’autre. La seule qui sourit toujours dans cette affaire, c’est bien la procureure Fatou Bensouda.

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