Quand Salah Zeghidi prouve magistralement qu’Ennahdha est toujours sharia-iste !

Et cela, malgré la dernière entourloupette de ce parti annonçant qu’il «est un parti civil, au même titre que la CDU, qui est un parti chrétien et démocrate», avait prétendu son Gourou [1].

Traduction du contenu de la vidéo : https://youtu.be/sG5ctqI6hSM

«C’est ce qui est écrit actuellement [dans notre Constitution, à savoir, l’État tunisien est un État civil]. Si l’État est un État civil et non religieux, je ne comprends pas et je refuse la démarche qui consiste, chaque fois qu’on souhaite promulguer une loi, à aller voir si elle existe dans le Coran pour qu’elle soit promulguée. C’est quoi ça ! Sommes-nous en Arabie saoudite, nous ? On n’est pas en Arabie saoudite, nous sommes en Tunisie ! Il y a des gens qui sont dans l’erreur, car ils résonnent avec la démarche suivante : avant la promulgation de toute loi, il faut vérifier si elle existe dans le Coran ou non. C’est le cas de la notoire Meherzia [Labidi] [2], la députée. Il y a environ quatre ou cinq mois, quand [Mehdi] Ben Gharbia avait lancé sa pétition-initiative législative, destinée à la signature des députés, visant à instaurer l'égalité homme-femme dans l’héritage, cette pétition a été présentée à Meherzia. Elle avait fait une déclaration que j’avais entendue de mes propres oreilles. On lui avait demandé ce qu’elle pensait de ladite pétition présentée par le député Ben Gharbia, elle avait répondu : ce n’est pas un problème pour nous, nous regardons ce que dit le Coran, si le Coran dit que ce projet est une bonne chose, nous donnons notre accord, si le Coran dit non, nous ne donnons pas notre accord. Le lendemain, j’avais commenté cela dans un article en disant que, lors de leur dixième congrès, [les islamistes d’Ennahdha] nous avaient déclaré qu’ils avaient changé et avaient adopté la séparation entre je ne sais quoi et la prédication, ou je ne sais quoi ! Or, voilà leur dernière déclaration : elle a dit, si une loi est conforme à la Sharia, nous l’adoptons, si elle n’est pas conforme à la Sharia nous la refusons. Autrement dit, ils sont toujours fermement attachés à l’État religieux».

Il convient de noter que Meherzia Labidi se considère comme islamiste modérée, tolérante, libérale et moderne, et qu’elle a invité, en ce qui concerne la Sharia, les musulmans à «emprunter la voie de la sharia dans son sens premier en arabe : une voie large ; et non comme elle est expliquée par certains, tel un sentier étroit et exigu». Il faut spécifier que cette citation est la conclusion d’une Lettre ouverte écrite en France pour un public vivant en France [3]. Il apparaît donc que, pour l’islamiste lightée qu’elle se targue d’être, ramener les lois, toutes les lois, à la bénédiction du Coran, et essentiellement à l’interprétation que ses «frères» en font, n’est pas une procédure étroite et exigüe, évidemment en Tunisie, mais, elle l’est assurément, pour le moment !, dans sa seconde patrie, la France, où elle est engagée et très active dans la société civile – alors qu’elle est en Tunisie une femme politique islamiste de premier plan [2] - entretenant son fonds de commerce d’islamiste française soi-disant modérée. En vérité, elle est pour une Sharia à la carte : une Sharia-voie-large, en France, et une Sharia-voie-exigüe, en Tunisie ; comme s’il existait plusieurs Sharias fondamentalement différentes ![4]. Vice-présidence de l'Assemblée nationale constituante, elle a défendu bec et ongles, devant cette Assemblée, le projet de texte de la Loi fondamentale proposé par Ennahdha où la femme n’est plus égale à l’homme, mais, est son complémentaire, projet de loi rejeté grâce à la formidable mobilisation des modernistes [5]. Meherzia Labidi représente ainsi l’archétype de l’islamiste au discours ambigu, à géométrie variable, adaptable à son auditoire, vecteur de cet islamisme rampant et conquérant, souterrain et insidieux, fricoteur et sournois, qui progresse par la société civile, comme dirait le président Macron [6].

Remarque 

La vidéo ci-dessus est extraite de la vidéo suivante, datée du 20 août 2017 :

https://www.youtube.com/watch?v=PyqpE9xYNic

Salah HORCHANI

[1] Voir, par exemple, mon article intitulé «Dixième congrès d’Ennahdha - La nouvelle entourloupette de Rached Ghannouchi», paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/250516/dixieme-congres-d-ennahdha-la-nouvelle-entourloupette-de-rached-ghannouchi

[2] Dirigeante d’Ennahdha - elle fut première vice-présidence de l'Assemblée nationale constituante où son parti détenait la majorité relative - et membre «es-qualité» de son bureau politique :

https://www.espacemanager.com/composition-du-bureau-politique-dennahdha.html

Voir aussi mon billet intitulé «Deux tunisiennes aux antipodes : Meherzia LABIDI et Khaoula RACHIDI», paru sous le lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/030514/deux-tunisiennes-aux-antipodes-meherzia-labidi-et-khaoula-rachidi

[3]https://www.saphirnews.com/Lettre-ouverte-a-mes-soeurs-qui-portent-le-voile-integral_a11682.html

[4] Pour ce qui me concerne, j’ai exposé mon point de vue sur la Sharia dans le paragraphe 2, intitulé «La Sharia est une œuvre humaine hautement  fluctuante», de mon article dont le titre est «Sacrée Sharia ! Chaque fois qu’on la pousse par la porte, les islamistes la font revenir par la fenêtre !», paru sous le lien suivant :  

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/281113/tunisie-sacree-sharia-chaque-fois-qu-la-pousse-par-la-porte-les-islamistes-la-font-revenir-par-l,

paragraphe qui se termine par le constat suivant : «En conséquence, il apparaît, d’après ce qui précède , que la Sharia est une œuvre purement humaine, hautement fluctuante, dont le terme qui la désigne est indéfinissable, constatation qui m’a conduit à affirmer que "La Sharia est obsolète" et inviter à sortir "l’Ijtihad des oubliettes", lui qui "fait de chaque croyant un potentiel exégète", pour le libérer de "sa pratique désuète", comme je le mentionne dans mon petit poème intitulé Ma Profession de Foi*», libération rendue nécessaire par le fait que «le sens d’un texte religieux n’a rien d’une marque déposée au nom des ancêtres (salaf), car le Coran, comme tout texte fondateur, sera toujours le buisson ardent de significations nouvelles et inédites tant qu’existeront des hommes et des femmes qui le lisent, le méditent et le questionnent»**.

*http://www.legrandsoir.info/ma-profession-de-foi.html

** Mohamed Sghir Janjar dans :

https://prologues.medias24.com/Edito/44-Edito.html

[5]http://www.france24.com/fr/20120808-tunisie-droits-femmes-feminisme-complementarite-contre-egalite-sexes-projet-loi-polemique-constitution

Nadia Chaabane , Chronique d’une constituante 2011-2014, Déméter Éditions, Tunis, 2018, p.264 et suivantes. 

Selma Mabrouk, 2011-2014 Le bras de fer, Arabesques Éditions, Tunis, 2018, p.196 et suivantes ; dans ce livre, Meherzia Labidi est appelée Farida Laabidi.

Cela m’a inspiré les vers suivants :

Quant à l’Islamiste Ferida [Meherzia] Labidi, Présidente, dans la Constituante,  de la «Commission (constitutive) des Droits et des Libertés »,
Elle a déclaré, le lundi 6 août 2012, qu’« entre l’homme et la femme, il ne peut exister une absolue égalité »
Et ce, suite à l’adoption, le mercredi 1er août 2012, de l’Article 27, mettant directement en question le Principe d’Égalité,
En le remplaçant par le Principe (on y revient !) de Complémentarité,
Comme annoncé, voilà des mois, par l’élue-Calamité
Cet Article  stipule que «l’Etat assure la protection des droits de la femme et de ses acquis»,
Mais «sous le principe de la complémentarité avec l’homme au sein de la famille, et en tant qu’associée à l’homme dans le développement de la patrie» :
Texte  remettant au goût des Islamistes le Statut de «l’Homme-Chef-de-famille », en réalité,
Qui est inspiré par le Féminisme Islamiste (Eh ! Oui, ça existe !) où l’Egalité est remplacée par l’Equité,
Et ce, sous prétexte  que la différence biologique entre les sexes ne peut conduire, socialement, aux mêmes droits, devoirs et destinées !
Jusqu’à nier la notion de viol conjugal au nom du devoir (non partagé) de docilité*

* Extrait de mon poème intitulé «Démocrates de tous bords, combattez, combattez le Projet des Islamistes Tunisiens !», paru sous le lien suivant :

https://www.legrandsoir.info/democrates-de-tous-bords-combattez-combattez-le-projet-des-islamistes-tunisiens.html

[6] «Non, ce ne sont pas seulement les organisations terroristes, les armées de Daesh, les imams de haine et de mort que nous combattons. Ce que nous combattons, c’est aussi cet islamisme souterrain, qui progresse par les réseaux sociaux, qui accomplit son œuvre de manière invisible, qui agit clandestinement, sur des esprits faibles ou instables, trahissant ceux-là mêmes dont il se réclame, qui, sur notre sol, endoctrine par proximité et corrompt au quotidien. C’est un ennemi insidieux, qui exige de chaque citoyen, de chacun d’entre nous, un regain de vigilance et de civisme»***.

*** Extrait du discours que le président de la République Emmanuel Macron a prononcé, le mercredi 28 mars 2018, dans la cour des Invalides, en hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, assassiné dans l'attentat de Trèbes, après avoir pris volontairement la place d'une femme retenue comme otage par le terroriste. 

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