salah horchani
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Billet de blog 18 juin 2016

Plainte de Rached Ghannouchi contre moi ou le Djihad par les tribunaux de l’Occident*

«However, Western judges have not realised yet that anti-defamation laws have been exploited by political Islam in the West to silence the other, that political Islam is not Islam and does not represent the majority of Muslims living in Europe» [30].

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Madame la Juge, ce Djihad est le dernier-né dans la panoplie des Djihads imaginés par les «Frères » qui, profitant de la largesse et de la bienveillance de la démocratie occidentale à leur égard, au nom de la liberté de pensée et d’expression - bienveillance soutenue et entretenue par certains médias et politiques - instrumentalisent, en faisant diversion, sa justice citoyenne et laïque et son cadre démocratique pour intimider leurs adversaires, se valoriser et donner plus de visibilité à leur cause auprès de leurs ouailles potentielles, et cela en imposant, de fait, à cette justice de s’immiscer, indirectement, dans les débats religieux et sociétaux qui gangrènent l’Islam, en général, et celui de l’Occident et des pays du Printemps arabe, en particulier, et ce, en jouant à la victimisation, procédé où les islamistes de tous bords et de toutes époques excellent et dont ils usent et abusent afin de développer une empathie, voire une sympathie, envers eux jusqu’à le théoriser dans leurs discours internes consacrés aux théories du comportement, nouveau Djihad dont l’un des principaux buts est de faire taire ceux

Qui veulent laisser à Dieu ce qui est dans le Coran

Et ce qui est à la République, au Parlement [29]

et cela, en prenant comme Cheval de Troie les tribunaux de l’Occident.

Parmi les premières études qui ont décelé dans cette cascade de plaintes pour diffamation – déposées auprès des tribunaux occidentaux par des islamistes, personnes physiques ou morales, contre leurs détracteurs, personnes physiques ou morales - une stratégie concertée entre les «Frères» pour enfermer la justice de l’Occident  dans la grille de leur analyse, on peut citer, Madame la Juge, l’article de mon collègue et amie Valentina Colombo [30], Professeure de géopolitique dans le monde musulman à l’Université Européenne de Rome.

Valentina Colombo voit dans cela une action qui est devenue un pilier incontournable dans la stratégie des organisations islamistes, une nouvelle forme de "Djihad intermédiaire" dans la panoplie de Djihads décrits par Hassan Al-Banna [9], le fondateur de la Confrérie des frères musulmans, dans sa "Lettre des Enseignements - Les Principes fondateurs du Mouvement des Frères Musulmans" [31] qui est encore l'un des documents clés dans le programme des Frères musulmans, à l’échelle locale et mondiale, un Djihad moderne, non-violent, mais agressif, s’appuyant  sur le système judiciaire occidental – et, en particulier, sur l’effet, qui pourrait être paralysant, de ses lois pénales en matière de diffamation - pour démoraliser, intimider et faire taire leurs détracteurs, en leur brandissant l’énergie et le temps qu’ils perdraient, ajoutés aux coûts et aux tracas des éventuels procès, s’ils poursuivaient leurs critiques, et cela, indépendamment de l’issue de ces procès. Ce Djihad dernière génération est appelé le Djihad par les tribunaux de l’Occident [30] qui, pour la France, est baptisé «Le Djihad par les tribunaux de la République française».

Il convient de souligner, Madame la Juge, que ce Djihad par les tribunaux est une  facette du Djihad quasi–absente dans le Monde musulman où, au contraire, les islamistes ne sont pas du tout friands de plaintes pour diffamation, comme ce fut le cas, en Tunisie, dans cette affaire de 150 millions de dollars qataris - qui fut relayée par presque tous les médias, par des dizaines de blogueurs, par des centaines, voire des milliers, de facebookeurs,…- sans oublier les milliers d’articles de médias de tous genres ( écrits et audiovisuels ), les plateaux de TV, les blogs, les pages Facebook,… qui, quotidiennement, prennent comme cible le plaignant, son parti et ses cadres, son argent sale, ses corruptions, ses liens avec le terrorisme local et international, ses «frères» internationaux,..., et cela, en employant majoritairement le mode indicatif et non le conditionnel, et, personne, absolument personne, Madame la Juge, ne fut inquiété, pour ses écrits et dires, par les justices tunisienne et étrangère, excepté l’auteur de cette Déposition qui a eu l’honneur d’avoir droit à cette plainte contre lui, déposée par Mr KHERIGI dit GHANNOUCHI Rached, N°1 actuel et historique du parti islamiste tunisien Ennahdha, auprès du parquet de  Paris, et non celui de Tunis, comme le lui permettait la Loi tunisienne, étant donné que la publication incriminée est accessible depuis la Tunisie et que nous sommes, Madame la Juge, deux citoyens tunisiens résidant en Tunisie, dont l’un (S.H.) ne possédant que la nationalité tunisienne, l’autre (K. dit G.R.) jouissant d’au moins une autre nationalité, à savoir, la soudanaise - le Soudan, un pays aux antipodes de l’exception tunisienne, où la Sharia est Constitution, soit dit en passant - nationalité qui lui a même permis de voyager avec un passeport diplomatique [29]a. Mais, le Djihad par les tribunaux de la République Française oblige, ainsi a décidé la Confrérie des Frères musulmans !

Ce qui a fait de moi, Madame la Juge, grâce à Mr KHERIGI dit GHANNOUCHI Rached, le premier élu du Djihad par les tribunaux de la République Française qui ne jouit pas de la nationalité Française et qui, de surcroit, ne réside pas en France.

Madame la Juge, dans son article, Valentina Colombo cite plusieurs victimes de ce nouveau Djihad qui «has been going on for years in Europe and the US. In some countries there are Western lawyers representing generations of leaders of political Islam from Yusuf Qaradawi to Rached al-Ghannouchi [nda : mis en gras par moi],  from Tariq Ramadan to the UOIF, from the global Muslim Brotherhood to national organisations» [30].

En conséquence, Madame la Juge, la comparaison des conseils juridiques de chaque partie fait de ce combat judiciaire une lutte du pot de terre contre le pot de fer : des citoyens-militants-normaux, comme accusés, contre des barons-islamistes-nantis, comme plaignants, couverts et soutenus, politiquement, logistiquement, financièrement,… par l’Internationale islamiste qu’est, en réalité, la Confrérie des frères musulmans , situation on ne peut plus claire et exemplaire, en ce qui me concerne [8], puisque les avocats-conseils de Mr KHERIGI dit GHANNOUCHI Rached sont ceux de grands de ce monde – parmi lesquels j’ai cité dans le paragraphe 5 ci-dessus Recep Tayyip Erdogan, Sheikha Mozah bint Nasser Al Missned (épouse de l’ex Émir du Qatar), Emmanuelle Béart, Marion Cotillard, Julie Gayet, Arnaud Montebourg – alors que l’ensemble de mes avocats-conseils se réduit, pour le moment, à ma plume, Madame la Juge. Il en est de même de l’ingénieur  Mohamed Louizi [32]a. qui se bat courageusement contre la puissante UOIF, la plus importante organisation «frériste» en France, qui a  mainmise sur l’Islam de France, avec ses  quelques 250 associations membres revendiquées et ses Rencontres annuelles qui constituent, compte tenu de leurs 100.000 participants, environ, le plus grand rassemblement musulman de l’Occident, l’UOIF qui n’en est pas à sa première plainte contre les militants d’un Islam de France éclairé.

À titre d’information, il convient de mentionner, Madame la Juge, que parmi les dernières victimes, en France, de ce nouveau Djihad, on peut citer aussi Soufiane Zitouni, et qu’au Canada, Djemila Benhabib est sa plus récente victime. Au sujet de cette dernière, on lit dans [32]b : « En brandissant le spectre du harcèlement judiciaire à l’endroit de l’auteure du célèbre pamphlet Ma vie à contre Coran  et de la lauréate du Prix international de la laïcité 2012, du Prix humaniste du Québec 2014 et du Prix de la liberté d’expression 2016, l’objectif est clair : museler une intellectuelle lucide et mettre à genoux une infatigable militante féministe et laïque qui ne cesse de nous alerter sur les stratégies d’entrisme de l’islam politique et d’en dénoncer les ambitions hégémoniques». Concernant Soufiane Zitouni, qui se définit lui-même «Fils de Marianne et de Mahomet» dans un livre qui vient de paraître sous sa plume [32]c, on lit dans [32]d : « ce professeur de philo [qui] a démissionné du lycée musulman Averroès [de Lille], y dénonçant le double langage de la direction (…), cet amoureux de Dieu [qui] prône un islam spirituel et lutte, depuis toujours, contre cet islam politique et dogmatique qu’il réprouve (…), [contre qui] la direction du lycée Averroès vient de lancer une procédure judiciaire pour diffamation et injure non publiques»; Lycée appartenant à... l’UOIF (encore elle !) qui, par son appellation de « Lycée Averroès », a trahi la pensée du grand Averroès, le philosophe des lumières, de l’Islam éclairé auquel je crois, Madame la Juge, Lycée que j’ai baptisé «Lycée Hassan Al-Banna de Lille» dans un de mes billets [32]e, dénomination justifiée, entre autres, par le contenu de la vidéo [32]f et de l’article [32]g, Lycée dont la bibliothèque (le CDI) ne renferme ni de livres d’Averroès, ni de livres sur lui, mais, par contre, on y trouve  des ouvrages des frères Ramadan [32]g – Tariq et Hani, «frères» dans les sens premier et islamiste du terme – qui sont, rappelons-le, les petits-fils d’Hassan Al-Banna (Marianne, où es-tu ?).

Dans ce contexte, je termine ce paragraphe de ma Déposition, Madame la Juge, en reproduisant une citation  de Valentina Colombo, à méditer, située vers la fin de son article:

«However, Western judges have not realised yet that anti-defamation laws have been exploited by political Islam in the West to silence the other, that political Islam is not Islam and does not represent the majority of Muslims living in Europe» [30].

Salah HORCHANI

* Extrait N°6  de ma Déposition écrite remise à Madame la juge en charge de l’instruction de la plainte de KHERIGI dit GHANNOUCHI Rached contre moi : Lire, à ce sujet,  mon article intitulé  «Table des matières de ma Déposition dans la plainte de GHANNOUCHI Rached contre moi», paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/220316/table-des-matieres-de-ma-deposition-dans-la-plainte-de-ghannouchi-rached-contre-moi

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