Poème ouvert à Monsieur Elyes Fakhfakh, Chef du gouvernement tunisien proposé

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout et costume

À l’attention de Monsieur le Chef du gouvernement proposé
Afin que, de l’expérience de Qalb Tounes, il puisse profiter
Qalb Tounes qui, avec Ennahdha, a essayé de fricoter
Mais, finalement, pour notre bonheur, il l’a laissée tomber
Avec une alerte relative à celui qui l’a désigné

Monsieur le Chef du gouvernement proposé
Comme vous le savez

Qalb Tounes s’est désolidarisé
D’Ennahdha et son machiavélisme
Qu’il a, pendant un instant, fréquentée
Par aveuglement, par amateurisme
Il a flairé, de son « frère » d’un jour, la fragilité
Lui l’habitué de l’islamiste hégémonisme
Depuis que, les élections de 2011, il a remporté
Mais, aujourd’hui, il est rongé par le scepticisme
Car, son succès aux législatives n’est pas complet
Ce qui l’a fait plonger dans un profond pessimisme
Sa grande crainte, c’est de voir ses partisans intégrer
Avec la nouvelle donne, le pénitencier organisme
Il ne s’agit pas de tous, mais, d’éléments particuliers
Je veux dire ses partisans accusés de terrorisme
Et ceux qui sont à l’origine de son sale denier
Ainsi que ceux accusés de pratiquer le népotisme
Qu’il soit familial ou attaché au partage des idées
Ceux qui ont endoctriné nos jeunes pour le djihadisme
Et les ont envoyés au Levant pour se faire tuer
Ou en Occident pour un sanguinaire prosélytisme
Les barbouzes de son organisme sécuritaire secret [7]
Et tous ceux parmi eux qui ont les mains ensanglantées
C’est pour cela qu’il a fait tout afin de s’approprier
Les portefeuilles régaliens, de peur qu’ils se fassent griller
Surtout ceux de l’Intérieur et de la Justice, en premier
Rendant Qalb Tounes mécontent des ministères accordés
Qui a compris, en outre, que ces portefeuilles islamisés  
Offrent à tout ce beau monde l’assurance de l’impunité
À Ennahdha, à ne pas répondre de son bilan passé
D’enterrer les dossiers compromettants qui pourraient l’inculper
Et de préparer le pays à un régime théocratisé
Qalb Tounes, sentant aussi le vent tourner
Voyant là une occasion à ne pas rater
Dans un sursaut d’honneur retrouvé
Son président s’est rebiffé
Contre son ancien allié
A contribué à le faire tomber
Et, la famille moderniste, il a regagné

[Prenez] garde, aussi, au populiste
Qui, de l’occasion, pourrait profiter
Par réaction opportuniste
Pour activer son projet
Son projet utopiste
Qu’il ne cesse de chanter
Je veux parler du constitutionnaliste
Au Palais de Carthage niché
Qui, maintenant, fait l’autiste
Mais, gare quand il sera réveillé
Ce président, il faut s’en méfier
Yadh Ben Achour, dont il fut l’enseigné
L’a aussi, explicitement, souligné [13]
Risque contre lequel j’ai très tôt alerté
Dans un poème publié au mois de mai [14]
Maintenant que l’on commence à espérer
Que les objectifs du 14 janvier
Auquel il n’a pas participé
Convient-il de le rappeler
Puissent être enfin réalisés
Il ne va pas tout nous gâcher

Une fois intronisé
Le rôle du président est terminé
Et [vous êtes] libéré
Du joug de celui qui [vous] avait distingué
[Vous êtes] maître de [votre] destinée
Et [jouissez] de toute la latitude pour gouverner
En toute liberté, sans [vous] y référer
Car la Constitution a bien spécifié
Que l’exécutif est bicéphalisé
Avec des prérogatives bien séparées
Dans le domaine de la diplomatie et l’armée, excepté
Où les responsabilités, entre [vous] deux, sont partagées
Et qui constitue le seule domaine d’activité
Où le président peut exercer 

[Monsieur le Chef du gouvernement proposé]
[Vous ne devriez] surtout pas oublier
Que l’actuel président n’a pas été plébiscité
Comme, par ses soutiens et les médias, il est déclaré
Bien qu’il ait obtenu, 72,71 %, il est vrai
Au deuxième tour, mais, son réel électorat est composé
Des 18,40 % que, au premier tour, il a récoltés
Son élection ne fut point une approbation pour ses pensées
Qui se résument à quelques idées, hâtivement exprimées
Car, pendant toute sa campagne, les médias, il les a boudés
Et sont, pour notre jeune démocratie, un réel danger [8],[9]
Mais, un référendum contre la corruption représentée
Par les casseroles, par son challenger, Nabil Karoui, traînées
Il a été élu par défaut, comme ce fut dans une autre contrée
Où le challenger, par 82%, fut laminé
Par Chirac, grâce à un Front républicain qui avait émergé
Après que la gauche s’est présentée, au premier tour, dispersée
Comme nos modernistes, piégés par leurs égos surdimensionnés [8]
Et, personne, là-bas, d’un plébiscite quelconque, n’avait parlé
Il est vrai que là-bas les médias sont plus professionnalisés
Le président aurait dû saisir cette occasion pour nous unifier
Mais, au contraire, depuis son élection il ne fait que nous diviser
En se considérant le président de ses électeurs du tour premier
Et non celui du peuple tunisien, sans aucune exclusion, en entier
Avec son discours de Sidi Bouzid, il a dépassé tous les degrés [10]
Comportement caractéristique d’un président non plébiscité
De quelqu’un qui aurait des problèmes enfouis dans l’inconscient à régler
Ces médias ignorent-ils que dans «plébisciter», il y a «approuver» !
Croient-ils qu’il est approuvé par tous ceux qui, pour lui, avaient voté !
Qu’ils approuvent ses liaisons risquées qui, vers l’inconnu, vont nous mener
Qu’ils approuvent son projet d’enterrer les partis avec leurs députés
Pour instaurer une troisième république dont il ne fait que parler [8],[9]
De façon vague où seule sa consonance populiste est développée
Lors de chacun de ses déplacements dans les régions déshéritées
Comme si la démocratie représentative est devenue surannée
Incapable de résoudre les difficultés, par le pays, rencontrées
Cette tentative d’enterrement, par des manœuvres sournoises, a débuté
Dont la plus significative est sa façon de se comporter
Avec les députés, dans la recherche de l’oiseau rare qui va séjourner
À la Kasbah, et qui va, avec lui, dans l’exécutif, coexister
S’il continue ainsi, il va terminer par nous faire regretter
Tartour, du moins son aura à l’étranger et sa culture élevée [11]
Terminons ce passage en disant qu’en résumé
Kaïs Saïed a été élu et non plébiscité
Constatation qui est appuyée
Par le dernier sondage publié
De notre division, profit, il a tiré
Si son challenger, des nôtres, était
L’arithmétique dit que KS ne serait pas passé
Il suffit de prendre nos scores et de les ajouter
Nos scores du premier tour, par l’ISIE, proclamés [12]
Au vu des deux postulants, les jeux  étaient, d’avance, faits
Ils ont voté contre la corruption, en vérité
Et pour les qualités qui seraient par lui portées
Et non pour son programme dont il n’a communiqué
Que ses grandes lignes, plutôt son abc
Mais, cela n’est pas suffisant pour pouvoir diriger
Surtout un pays qui baigne dans les difficultés
Ni pour nous permettre de le juger et l’apprécier
Soit dit en passant, il possède l’art de dissimuler
Tout ce qu’il entreprend derrière une épaisse fumée
On ne plébiscite pas quelqu’un n’osant pas montrer
Ce qu’il cache avec sa bonhomie affichée  
Aussi, [Monsieur le Chef du gouvernement proposé
Vous ne devriez] pas [vous] sentir obligé
De réaliser son funeste projet
Au nom d’une soi-disant populaire volonté
Par ce supposé plébiscite, justifiée
Projet sur lequel je suis prêt à parier
Mille contre rien que personne ne le connait
Qui, par un cercle très restreint, est couvé
Attendant le moment d’être appliqué
Et les acteurs qui vont s’en occuper
Un premier ministre par lui nommé
En serait, au vu de sa proximité
Car, pensant  que, redevable, il lui est
Surtout s’il n’a pas de personnalité
Et pratique la politique pour arriver
À ses fins, et non pour servir la cité
Quitte à violer la légitimité
Des députés et de l’ARP
Ce qui, à coup sûr, nous conduirait
À des élections anticipées
Je disais donc, par un cercle très restreint couvé
Excepté un tas de trivialités
Ne manquant pas de dangerosité
Le concernant, qu’il fait diffuser 
Au compte-gouttes, selon le public ciblé

[Monsieur le Chef du gouvernement proposé
Comme tout un chacun sait]
[Vous êtes], à ma famille politique, attaché
Je souhaite que [vous ne vous laissiez] pas influencer
Par les élucubrations de [votre] coassocié [9]
Dans l’exécutif, et [vous] en [avez] la possibilité
Constitutionnellement, comme ci-dessus expliqué
Et que [vous puissiez] mettre en œuvre notre calendrier
[Que vous avez repris, dans votre] programme, l’automne dernier
[Comme candidat à] la fonction qui se trouve au plus haut du sommet
Dont je reproduis ci-dessous un extrait :
L’égalité femme-homme dans l’héritage, je garantirai
L’ouverture des cafés et restaurants pendant Ramadan, je permettrai
L’usage du cannabis, je dépénaliserai
Le test anal, j’abolirai
Les droits et libertés des homosexuels, j’établirai
La circulaire qui oblige les hôtels à demander
Le contrat de mariage pour héberger
Un couple de citoyens tunisiens, j’abrogerai
Les droits humains universels, je respecterai *

Avec toute ma considération et mes respects
Monsieur le Chef du gouvernement proposé **

Salah HORCHANI

* Voir, par exemple, la vidéo suivante

https://www.youtube.com/watch?v=4-VEQBUexDU

Et, je reproduis ci-dessous, les réponses données par Elyes Fakhfakh - candidat aux élections présidentielles 2019 - à des questions concernant les libertés individuelles tirées du lien qui les suit :

Faut-il adopter la loi de l’égalité dans l’héritage ? OUI
Faut-il permettre l’ouverture des cafés et des restaurants pendant Ramadan ? OUI
Faut-il abroger la circulaire qui oblige les hôtels à demander le contrat de mariage pour héberger un couple de citoyens tunisiens ?  OUI
Faut-il dépénaliser l’usage du cannabis ?  OUI
Faut-il dépénaliser l’homosexualité ? OUI
Faut-il abolir le test anal ? OUI

https://www.chnowabarnemjek.tn/candidat/6 

Voir, aussi, le lien suivant, où Elyes Fakhfakh s’est dit pour le respect des droits humains universels. 

https://www.businessnews.com.tn/elyes-fakhfakh-le-oix-du-president,519,94574,3

** Exceptées les deux premières strophes et les onze derniers vers, ce poème est extrait de :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/110120/tunisie-l-espoir-renait

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