Tunisie : L’espoir renaît !

Un petit billet
Plus optimiste
Qu’à l’accoutumée
Quand je suis défaitiste
Hier, 10 janvier
Contre l’attente des politistes
Des désespérés
Le pouvoir islamiste
A reculé
À l’ARP
Tard, dans la soirée
Le vent de l’Unité
A soufflé
Le glas a sonné
Pour qui vous savez
Inébranlable dans le passé
Habitué à fanfaronner
Qui s’est mis dans ses petits souliers
Et, depuis hier, il a rangé
L’arrogance dont il est affecté
Pour combien de temps ? Dieu seul le sait !
Sa ruse légendaire n’a pas payé
Un revers cinglant, il a essuyé
Les députés Modernistes
Après avoir enterré
Leur instinct scissionniste
Leurs querelles de minaret
Comme un seul homme ont voté
Et, sous la coupole du Palais
Un « No pasarán! » a vibré
Qui, au ciel, est monté
Leur cabinet proposé
Est rejeté [1]
Malgré
Son battage mensonger [2]
Liquidé, balayé
Ainsi a décidé
La grande majorité
Des tenants de notre volonté
La volonté du Peuple, dans sa généralité
Ennahdha et ses associés
Bien des plumes, ont laissées
Dans l’hémicycle, éparpillées
Enfin, les députés
De nous,  préférés
Se sont révélés
À la hauteur des responsabilités
Que nous leur avions confiées
Les islamistes en ont récolté les frais
Leurs noms demeureront gravés
Dans nos mémoires, pour l’éternité
Ils nous ont évité
Que la Patrie s’attriste
Encore une fois, de retomber
Entre les griffes des intégristes
Ceux qui veulent nous gouverner
Selon leurs principes et dogmes «fréristes »
Ennahdha est marginalisée
Et mise hors-piste
Aujourd’hui, le Ghannochet
Oubliant qu’il est le président de l’ARP
Et, en tant que tel, membre attitré
Du Haut conseil national de la sécurité
Dont il détient les secrets
Pour se consoler
En catimini, s’est envolé
Vers son maître à penser
Le Sultan auto-déclaré [3]
Un « fréro » haut placé
Qui l’a sponsorisé
À huis clos, il l’a rencontré
Sans contenu divulgué
Il se peut qu’il soit allé
Pour préparer
Son exil doré
Par son timing, cette épopée
Ne devrait même pas exister
Et a, plus d’un, inquiété
Déjà, en octobre dernier
Après que leur succès
Aux élections fut confirmé
C’est à Ankara qu’il a réservé
Sa première virée [4]
Ankara qui héberge la Société
Secrète des affiliés
À l’organisation de Ghannochet
Depuis qu’elle fut expulsée
Du Caire, ville où elle est née
Qui a vu son siège incendié
En 2013, au mois de juillet
Siège où sa photo trônait
Sur les murs du hall d’entrée [5]
Accompagnée
Par celles des autres sommités
De la fameuse « Fraternité»
D’ailleurs, depuis ce mois de juillet
À la ligne Tunis-Ankara, il est abonné
En désertant le fauteuil convoité
Même pour une journée
De président de l’ARP
Dans un moment d’adversité
Il va nous amener
À nous demander
S’il ne faudrait pas le dégager
Parce qu’il est
Inapte pour les fonctions à assumer
Il a perdu la neutralité
Par le poste exigée
Et cela après
Les manœuvres cachées
Que, à la plénière, il a opérées
Avec la complicité
De son premier ministre, désigné
Où les genres furent mélangés
En essayant d’exploiter
L’avidité de tel, supposée
Et, de tel autre, sa cupidité
En essayant d’amadouer
Ses adversaires, ses opposés
Même des tentatives d’acheter
Des consciences furent constatées [6]
Quant à Qalb Tounes, il  s’est désolidarisé
D’Ennahdha et son machiavélisme
Qu’il a, pendant un instant, fréquentée
Par aveuglement, par amateurisme
Il a flairé, de son « frère » d’un jour, la fragilité
Lui l’habitué de l’islamiste hégémonisme
Depuis que, les élections de 2011, il a remporté
Mais, aujourd’hui, il est rongé par le scepticisme
Car, son succès aux législatives n’est pas complet
Ce qui l’a fait plonger dans un profond pessimisme
Sa grande crainte, c’est de voir ses partisans intégrer
Avec la nouvelle donne, le pénitencier organisme
Il ne s’agit pas de tous, mais, d’éléments particuliers
Je veux dire ses partisans accusés de terrorisme
Et ceux qui sont à l’origine de son sale denier
Ainsi que ceux accusés de pratiquer le népotisme
Qu’il soit familial ou attaché au partage des idées
Ceux qui ont endoctriné nos jeunes pour le djihadisme
Et les ont envoyés au Levant pour se faire tuer
Ou en Occident pour un sanguinaire prosélytisme
Les barbouzes de son organisme sécuritaire secret [7]
Et tous ceux parmi eux qui ont les mains ensanglantées
C’est pour cela qu’il a fait tout afin de s’approprier
Les portefeuilles régaliens, de peur qu’ils se fassent griller
Surtout ceux de l’Intérieur et de la Justice, en premier
Rendant Qalb Tounes mécontent des ministères accordés
Qui a compris, en outre, que ces portefeuilles islamisés  
Offrent à tout ce beau monde l’assurance de l’impunité
À Ennahdha, à ne pas répondre de son bilan passé
D’enterrer les dossiers compromettants qui pourraient l’inculper
Et de préparer le pays à un régime théocratisé
Qalb Tounes, sentant aussi le vent tourner
Voyant là une occasion à ne pas rater  
Dans un sursaut d’honneur retrouvé
Son président s’est rebiffé
Contre son ancien allié
A contribué à le faire tomber
En votant contre son protégé
Le premier ministre proposé
Qui a échoué
À faire passer son cabinet
À l’ARP
Et, la famille moderniste, il a regagné
Auquel cas, la Constitution a délégué
Au président de nommer
Un autre premier ministre désigné
Son rôle se limite à synthétiser
Les choix pour sélectionner
Une personnalité
Capable de former
Un cabinet
Pouvant satisfaire l’Assemblée
Une fois l’impétrant intronisé
Le rôle du président est terminé
Et l’heureux élu est libéré
Du joug de celui qui l’avait distingué
Il est maître de sa destinée
Et jouit de toute la latitude pour gouverner
En toute liberté, sans s’y référer
Car la Constitution a bien spécifié
Que l’exécutif est bicéphalisé
Avec des prérogatives bien séparées
Dans le domaine de la diplomatie et l’armée, excepté
Où les responsabilités, entre les deux, sont partagées
Et qui constitue le seule domaine d’activité
Où le président peut exercer
L’impétrant intronisé ne devra surtout pas oublier
Que l’actuel président n’a pas été plébiscité
Comme, par ses soutiens et les médias, il est déclaré
Bien qu’il ait obtenu, 72,71 %, il est vrai
Au deuxième tour, mais, son réel électorat est composé
Des 18,40 % que, au premier tour, il a récoltés
Son élection ne fut point une approbation pour ses pensées
Qui se résument à quelques idées, hâtivement exprimées
Car, pendant toute sa campagne, les médias, il les a boudés
Et sont, pour notre jeune démocratie, un réel danger [8],[9]
Mais, un référendum contre la corruption représentée
Par les casseroles, par son challenger, Nabil Karoui, traînées
Il a été élu par défaut, comme ce fut dans une autre contrée
Où le challenger, par 82%, fut laminé
Par Chirac, grâce à un Front républicain qui avait émergé
Après que la gauche s’est présentée, au premier tour, dispersée
Comme nos modernistes, piégés par leurs égos surdimensionnés [8]
Et, personne, là-bas, d’un plébiscite quelconque, n’avait parlé
Il est vrai que là-bas les médias sont plus professionnalisés
Le président aurait dû saisir cette occasion pour nous unifier
Mais, au contraire, depuis son élection il ne fait que nous diviser
En se considérant le président de ses électeurs du tour premier
Et non celui du peuple tunisien, sans aucune exclusion, en entier
Avec son discours de Sidi Bouzid, il a dépassé tous les degrés [10]
Comportement caractéristique d’un président non plébiscité
De quelqu’un qui aurait des problèmes enfouis dans l’inconscient à régler
Ces médias ignorent-ils que dans «plébisciter», il y a «approuver» !
Croient-ils qu’il est approuvé par tous ceux qui, pour lui, avaient voté !
Qu’ils approuvent ses liaisons risquées qui, vers l’inconnu, vont nous mener
Qu’ils approuvent son projet d’enterrer les partis avec leurs députés
Pour instaurer une troisième république dont il ne fait que parler [8],[9]
De façon vague où seule sa consonance populiste est développée
Lors de chacun de ses déplacements dans les régions déshéritées
Comme si la démocratie représentative est devenue surannée
Incapable de résoudre les difficultés, par le pays, rencontrées
Cette tentative d’enterrement, par des manœuvres sournoises, a débuté
Dont la plus significative est sa façon de se comporter
Avec les députés, dans la recherche de l’oiseau rare qui va séjourner
À la Kasbah, et qui va, avec lui, dans l’exécutif, coexister
S’il continue ainsi, il va terminer par nous faire regretter
Tartour, du moins son aura à l’étranger et sa culture élevée [11]
Terminons ce passage en disant qu’en résumé
Kaïs Saïed a été élu et non plébiscité
Constatation qui est appuyée
Par le dernier sondage publié
De notre division, profit, il a tiré
Si son challenger, des nôtres, était
L’arithmétique dit que KS ne serait pas passé
Il suffit de prendre nos scores et de les ajouter
Nos scores du premier tour, par l’ISIE, proclamés [12]
Au vu des deux postulants, les jeux  étaient, d’avance, faits
Ils ont voté contre la corruption, en vérité
Et pour les qualités qui seraient par lui portées
Et non pour son programme dont il n’a communiqué
Que ses grandes lignes, plutôt son abc
Mais, cela n’est pas suffisant pour pouvoir diriger
Surtout un pays qui baigne dans les difficultés
Ni pour nous permettre de le juger et l’apprécier
Soit dit en passant, il possède l’art de dissimuler
Tout ce qu’il entreprend derrière une épaisse fumée
On ne plébiscite pas quelqu’un n’osant pas montrer
Ce qu’il cache avec sa bonhomie affichée  
Aussi, le futur « primaturé»
Ne devrait pas se sentir obligé
De réaliser son funeste projet
Au nom d’une soi-disant populaire volonté
Par ce supposé plébiscite, justifiée
Projet sur lequel je suis prêt à parier
Mille contre rien que personne ne le connait
Qui, par un cercle très restreint, est couvé
Attendant le moment d’être appliqué
Et les acteurs qui vont s’en occuper
Un premier ministre par lui nommé
En serait, au vu de sa proximité
Car, pensant  que, redevable, il lui est
Surtout s’il n’a pas de personnalité
Et pratique la politique pour arriver
À ses fins, et non pour servir la cité
Quitte à violer la légitimité
Des députés et de l’ARP
Ce qui, à coup sûr, nous conduirait
À des élections anticipées
Je disais donc, par un cercle très restreint couvé
Excepté un tas de trivialités
Ne manquant pas de dangerosité
Le concernant, qu’il fait diffuser 
Au compte-gouttes, selon le public ciblé 
En outre, le moins que je puisse souhaiter
Pour ce candidat à la primauté
C’est qu’il ne soit pas marqué
Par une islamiste-compatibilité
Et, en particulier
Qu’il soit réputé
Pour le respect
Des individuelles libertés
Et des droits humains, dans leur universalité
Y compris, dans l’héritage, l'égalité
Et c’est encore mieux, s’il n’est pas encarté
S’il est tenté, avec Ennahdha, de fricoter
Je l’invite à méditer
Ce que, ci-dessus, j’ai exposé
Et, s’il est, à ma famille politique, attaché
Ce qui est fort probable, au vu de la raclée
Prise par Ennahdha, à l’ARP, le 10 janvier
Je souhaite qu’il ne se laisse pas influencer
Par les élucubrations de son coassocié [9]
Dans l’exécutif, et il en a la possibilité
Constitutionnellement, comme ci-dessus expliqué
Et qu’il puisse mettre en œuvre notre calendrier
Repris, dans plus d’un programme, l’automne dernier
Par les candidats modernistes attirés
Par la fonction qui se trouve au plus haut du sommet
Qu’il prenne garde, aussi, au populiste
Qui, de l’occasion, pourrait profiter
Par réaction opportuniste
Pour activer son projet
Son projet utopiste
Qu’il ne cesse de chanter
Je veux parler du constitutionnaliste
Au Palais de Carthage, niché
Qui, maintenant, fait l’autiste
Mais, gare quand il sera réveillé
Ce président, il faut s’en méfier
Yadh Ben Achour, dont il fut l’enseigné
L’a aussi, explicitement, souligné [13]
Risque contre lequel j’ai très tôt alerté
Dans un poème publié au mois de mai [14]
Maintenant que l’on commence à espérer
Que les objectifs du 14 janvier
Auquel il n’a pas participé
Convient-il de le rappeler
Puissent être enfin réalisés
Il ne va pas tout nous gâcher
Revenons à notre actualité
Et, cerise sur le gâteau, à ce sujet
Un bloc de progrès
Constitué
De plus de 90 députés 
Sur les 217 est né [15]
La nuit écoulée
Et l’espoir renaît

Salah HORCHANI

[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/11/tunisie-le-gouvernement-de-habib-jemli-rejete-par-le-parlement_6025484_3210.html

[2] Voir, par exemple, le lien suivant :

https://www.espacemanager.com/sahbi-smara-le-colonialisme-francais-et-les-agents-des-emirats-ont-decide-la-chute-du-gouvernement

[3] https://lapresse.tn/43878/rached-ghannouchi-sentretient-a-istanbul-avec-recep-tayyip-erdogan/

[4] https://www.algeriepatriotique.com/2019/10/22/erdogan-recoit-ghannouchi-pour-lui-tracer-la-feuille-de-route-a-suivre/

[5] https://www.youtube.com/watch?v=_2dyQzq0jww&t=2s

[6] https://www.realites.com.tn/2020/01/mraihi-on-nous-a-propose-des-postes-pour-voter-au-profit-du-gouvernement/

[7] Voir, à ce sujet, mon poème intitulé « J'accuse la SSS de Rached Ghannochet de la violente agression dont je fus l’objet », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/181218/jaccuse-la-sss-de-rached-ghannochet-de-la-violente-agression-dont-je-fus-l-objet

et les références qui y sont citées.

[8] Voir, à ce sujet, mon poème intitulé « Élections tunisiennes - Voilà où nous a conduit la désunion des forces modernistes », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/131019/elections-tunisiennes-voila-ou-nous-conduit-la-desunion-des-forces-modernistes-0

[9] Voir, à ce sujet, mes trois poèmes, intitulés «Tunisie - Mais, qui est Kaïs Saïed, favori de la course au Palais de Carthage ? », « Mais, qui est Naoufel Saïed, frère et matière grise du président tunisien Kaïs Saïed ? » et «Tunisie : Puissions-nous, de la Révolution culturelle de Kaïs Saïed être préservés !», parus, respectivement, sous les liens suivants : 

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/220919/tunisie-mais-qui-est-kais-saied-favori-de-la-course-au-palais-de-carthage

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/241019/maisqui-est-naoufel-saied-frere-et-matiere-grise-du-president-tunisien-kais-saied

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/201119/tunisie-puissions-nous-de-la-revolution-culturelle-de-kais-saied-etre-preserves

[10] Voir mon poème intitulé «Tunisie-Élections : Le deal entre Ennahdha et Qalb Tounes, les débuts de Kaïs Saïed », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/111219/tunisie-elections-le-deal-entre-ennahdha-et-qalb-tounes-les-debuts-de-kais-saied

[11] Voir mon poème intitulé «Tunisie-Présidentielles 2019 : Tartour ou le Robert Menard du sud de la Méditerranée », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/210819/tunisie-presidentielles-2019-tartour-ou-le-robert-menard-du-sud-de-la-mediterranee

[12] https://www.webmanagercenter.com/2019/09/17/438997/presidentielle-2019-resultats-complets-du-premier-tour-isie/

[13] https://www.businessnews.com.tn/le-message-de-yadh-ben-aour-a-kais-saied,520,94481,3

[14] Il s’agit de mon poème intitulé «Élections tunisiennes 2019 : Dis-leur, Eya, dis-leur !», publié plus de quatre mois avant les élections, paru sous le lien suivant

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/280519/dis-leur-eya-dis-leur

[15] https://tn24.ween.tn/fr/article/karoui-plus-90-deputes-presenteront-une-initiative-nationale-220142

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