Source de la photo :

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/mondearabe

 

Ce qui suit est à l’attention des analystes et hommes politiques, d’ici et d’ailleurs, qui persistent à croire à l’existence d’un islamisme "démocratiquement  correct" et, pour ce qui concerne l’actualité de la Tunisie, continuent à soutenir l’idée que le parti islamiste tunisien Ennahdha est incontournable dans la vie politique de ce pays, jusqu’à affirmer, bien qu’il fût le grand perdant aux dernières élections législatives et présidentielles, directement ou par candidats-dérivés interposés, qu’il n’y a point de salut pour la Nation sans sa participation dans le premier gouvernement de la deuxième République tunisienne, actuellement en gestation sous l’égide de Habib Essid , Chef du gouvernement désigné.

Il y a eu le mot d’ordre « La Révolution permanente », lancé par Karl Marx et développé par Trotski. L’islamisme (dans le sens, l’Islam politique tel que pratiqué par Ennahdha et ses semblables) est « Le Fléau permanent », pour la vie politique du Monde musulman, par le fait que son credo, son programme et son point oméga se résument en «l’Islam est Religion et État»; credo, programme et point oméga qui, d’ailleurs, contredisent absolument l’un des préceptes fondamentaux du Coran résumé dans le dernier Verset de sa Sourate 109, dont une traduction est reproduite intégralement  ci-dessous*, Verset qui énonce :

لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ  =  À vous votre religion, et à moi la mienne !

Dans le sens de conformité au principe de séparation de la Religion et de l’État, le Coran était-il laïc avant l’heure ?

Ce credo, ce programme et ce point oméga  n’ont qu’un seul but : la disparition de l’État civil par l’instauration d’une théocratie islamiste, avec ses atrocités, privations et brimades de tous genres, et cela, soit par les urnes, les violences et les intimidations, les coups d’État ou le terrorisme. La caractéristique de l’islamisme qui se dit light, qui se déclare modéré, réside dans le fait que la méthode qu’il suit, pour atteindre ce but, est plus politiquement correcte, plus patiente, plus longue dans le temps, plus perverse, plus machiavélique, dominée par la duplicité et le double discours. En Tunisie, Ennahdha a essayé les quatre stratégies,  mais, sans succès définitif, jusqu’à ce jour, et, après chaque échec,  ses gourous ne cessent de répéter à leurs ouailles que ce n’est que partie remise.

Comment une gouvernance dont certains responsables sont animés en permanence par ce credo, ce programme et ce point oméga pourrait être, citoyennement et démocratiquement, efficace, juste et équitable et conduire au salut de la Nation ?

Le vrai et authentique salut durable de la Nation pourrait être atteint le jour où ce fléau sera enrayé, le jour où les islamistes troqueront leur idéal d’une société où « l’Islam est Religion et État » contre celui d’une société se nourrissant, spirituellement et civilisationnellement, de l’Islam, le jour où ils abandonneront, officiellement et définitivement, leur credo, leur programme et leur point oméga, le jour où ils se convertiront, franchement et sans arrière-pensées, à la République, à son cadre constitutionnel et à son État civil, et ce, en adoptant vis-à-vis de l’Islam une position analogue à celle adoptée, dans le Monde chrétien européen, par les démocrates-chrétiens vis à vis du Christianisme qui se sont ralliés à la République, depuis plus d’un siècle, en abandonnant l'idéal d'un pouvoir politique d'origine divine,  et cela, en ne séparant pas l'homme de la religion, mais, en séparant le religieux de l’État et en renonçant définitivement à la nécessité de légitimer religieusement le pouvoir politique et à substituer les lois divines aux lois républicaines, à l’instar, par exemple, de la CDU en Allemagne, l’un des plus grands partis démocrates-chrétiens de l’histoire. Dans ces conditions, tout en devenant plus démocrates et plus citoyens, les islamistes ne seront pas moins musulmans, comme le prouve la Sourate 109 ! C’est uniquement ce jour-là que l’Islam pourra se conjuguer avec la citoyenneté, la démocratie, la liberté et le bien-vivre ensemble. Et, ce jour-là, Ennahdha pourrait s’appeler, par exemple, sans taqiyâneries**, PDM (Parti démocrate-musulman), parti auquel je pourrais adhérer, du moins, pour lequel je pourrais voter. 

 

Notes ajoutées le 3 février 2015

1.  Ce que pourrait être le sécularisme du Monde musulman

MARCOPOL a écrit en commentaire de ce billet :

« "en renonçant définitivement à la nécessité de légitimer religieusement le pouvoir politique et à substituer les lois divines aux lois républicaines, à l’instar, par exemple, de la CDU en Allemagne".

D'accord sur le principe de lois républicaines, mais pourquoi cette référence à la CDU ? N'avons-nous pas en France la laïcité ? ».

Et ma réponse fut :

Parce que, actuellement, dans le Monde musulman, en général, les islamistes sont organisés en partis politiques ou en mouvements non négligeables, majoritaires relativement, dans certains pays, comme en Tunisie avant les dernières élections, se référant, idéologiquement  à la Sharia, à la manière des partis démocrates chrétiens qui se sont référés, eux, dès leur apparition au milieu du XIXème siècle, à la doctrine sociale de l’Église. De plus, le parti islamiste tunisien Ennahdha ne cesse de se comparer ( faussement ) à la CDU (la dernière fois, le samedi 31 janvier 2015, par la voix de Rached Ghannouchi, son président-fondateur, et cela, dans le cadre des tractations relatives à la constitution du Gouvernement Habib Essid mentionné ci-dessus dans mon texte), et, en  France, il n’existe pas, aujourd’hui, d’équivalent à la CDU; ce n’est pas le mini Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin [qui compte, aujourd’hui, un et un seul député] qui peut l'être ! Ce qui explique ma référence à la CDU.

Aussi, le sécularisme du Monde musulman  pourrait être basé sur le triptyque de la laïcité à la française [liberté de conscience; égalité des droits de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions spirituelles; fondation des lois sur le seul intérêt général commun à tous ] avec coexistence de partis façon CDU qui s’appelleraient, par exemple, partis démocrates islamiques, et non islamistes, la différence est énorme, comme il ressort du texte de mon article.

 

2. Cabinet Habib Essid - Le mot d’ordre reste, toujours : VIGILANCE PERMANENTE !

Le Chef du gouvernement désigné, Habib Essid, a annoncé hier, lundi 2 février 2014, la composition de son Cabinet, et l’absence, une fois encore, d’union totale entre ceux

Qui veulent laisser à Dieu ce qui est dans le Coran

Et ce qui est à la République, au Parlement ***

a fait revenir par la fenêtre ceux qui ont milité, et qui militeront toujours, quoiqu’il arrive et peu importe leurs partenaires politiques du moment, pour que l’Islam soit Religion et État, et  pour qui, quoiqu’ils disent,  la  Démocratie, avec ses règles, ses urnes, ses libertés, son principe d’alternance du pouvoir offrant une vision d’une société pluraliste,…, n’est qu’un moyen kleenex  permettant d’atteindre ce but ; ceux-là mêmes que nous autres modernistes, des partis et de la société civile, avions poussés par la porte, et ce retour, il est vrai, n’est, heureusement, qu’à une dose très affaiblie, puisqu’ils occupent moins du dixième du Cabinet Habib Essid, Chef du premier Gouvernement de la deuxième République tunisienne, le restant étant occupé par les adeptes du distique ci-dessus. Malgré cela, et à « Fléau permanent », le mot d’ordre reste, toujours:

VIGILANCE PERMANENTE !

 

3. Quelques caractéristiques du Cabinet Habib Essid 

Selon une analyse publiée sur le site web de l’Institut de sondage d’opinion Sigma Conseil, 24% des ministres sont de Nidaa Tounes, 10% d’Ennahdha et 50% sont des personnalités indépendantes. En outre, 20% des ministres sont des femmes et la moyenne d’âge du Cabinet est de 54 ans.

 

Salah HORCHANI

* Sourate 109 - « Al-Kafirun °» :

Dis : Ô Al-Kafirun !

Je n’adorerai point ce que vous adorez
Vous n’adorerez pas ce que j’adore
Je n’adore pas ce que vous adorez
Vous n’adorez pas ce que j’adore
 À vous votre religion, et à moi la mienne !

° Al-Kafirun peut être traduit, entre autres, par : dénégateurs, incrédules, infidèles, mécréants.

** Taqiyânerie : nom féminin (de mon invention) qui a rapport au verbe « taqiyâner ».

     Taqiyâner    : verbe (de mon invention) qui a rapport au nom « taqiya ». Et, pour la signification du terme taqiya (qui n’est pas de mon invention), voir la note [**] de mon article intitulé « Présidentielles tunisienne 2014 et mot d’ordre d’Ennahdha : Méfiance ! Méfiance ! Méfiance !», paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/061214/presidentielles-tunisienne-2014-et-mot-d-ordre-d-ennahdha-mefiance-mefiance-mefiance

*** Extrait de mon poème intitulé « Ennahdha, c’est aussi de l’islamisme conjugué avec le terrorisme et le mercantilisme », paru sous le lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/061014/tunisie-ennahdha-c-est-aussi-de-l-islamisme-conjugue-avec-le-terrorisme-et-le-mercantilisme

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