Du Bruit de l'Odeur : interrogations au coeur résilient d'un Empire embarrassé

Alors que la mort de George Floyd suscite encore émoi et stupeur à travers le monde, la question du racisme systémique se pose de nouveau avec acuité aux États-Unis. En France comme ailleurs, et malgré les sempiternelles dénégations officielles, la même problématique est désormais inévitable dans le débat public, avec des soubassements que seule l'histoire pourrait aider à appréhender.

Dans la préface à une pièce qui occupe encore une place prépondérante dans son œuvre, Jean Genet s’interrogeait mi-incrédule, mi-rêveur, sur le sort de sa création :  "Que deviendra cette pièce quand auront disparu d’une part le mépris et le dégoût, d’autre part la rage impuissante et la haine qui forment le fond des rapports entre les gens de couleur et les Blancs, quand entre les uns et les autres se tendront des liens d’hommes ? Elle sera oubliée. J’accepte qu’elle n’ait de sens qu’aujourd’hui."[i] 

 Malheureusement, force est de constater que depuis qu’il a écrit ces lignes en 1958, Genet serait sans doute surpris de voir que sa prophétie somme toute lucide peine encore à se réaliser, plus d’un demi-siècle plus tard. En effet, la société française n’est certes plus ce qu’elle était au moment où l’écrivain livrait sa pensée dubitative en introduction à une pièce dont il redoutait l’accueil ou les écueils éventuels. Nous étions (je n’étais pas de ce monde) à l’aube d’une ère qui se devait de redessiner le cadre des rapports entre la France et son Empire disséminé aux quatre coins du globe. Ces possessions sont devenues libres depuis. Officiellement.

Sans insister sur les péripéties de relations tumultueuses d’indépendances dont la réalité prête souvent à sourire surtout quand l’ensemble de la presse hexagonale salue presque unanimement en décembre 2020 la révolution que constitue la déclaration d’un président français qui, depuis l’Afrique et au milieu d’un quinquennat tumultueux sur le front social, décide de mettre fin au franc CFA, symbole de tant de soumissions en tant que vestige résistant d’une servitude monétaire (in)volontaire !

Qu’un chef d’État français s’adresse à quelque 120.000 millions d’Africains d’anciennes colonies partageant une monnaie pensée, parrainée et produite en France, quel signe d’autonomie pour ces populations !  Pendant ce temps l’Hexagone les oblige à placer la moitié de leurs réserves dans ses comptes. Celui qui se présentait comme le chantre d’un nouveau monde décide de mettre un terme à cette monnaie coloniale en gardant la parité fixe avec l’euro, sans renoncer à la tutelle héritée de l’ancien monde et sans consulter les premiers concernés : voilà un grand évènement acclamée partout ! Voilà résumées 60 années d’indépendances africaines. Il est interdit de s’en offusquer. Pire, il serait malvenu de s’interroger sur la simple possibilité d’existence d’une telle décision concernant des États souverains ![ii]

Suivant la même logique complaisante sans oser aller plus loin et le même malaise diffus, la perception des « gens de couleur » souvent issus des l’Empire par la société française n’a pas beaucoup évolué. En effet, une partie de ces personnes perçues comme « différentes » ou assimilées à une origine « autre » de par leur seule visibilité soudain accrue en 2005 dans le sillage de mouvements insurrectionnels d’ampleur et dont les soubassements ne s’expliquaient pas par la simple rage de « jeunes » de « quartiers sensibles » , d’une énième génération issue de l’immigration  générant toujours des "sauvageons" arrivés à maturité ou des "bandes de racailles" endurcies ayant pris possession de « territoires entièrement désertés » par la République. Ces « jeunes » avaient alors entrepris d’en découdre avec leur pays au travers d’émeutes qu’on disait « ethniques » et qui n’avaient surpris que les caméras affolées de la télé. Mais tout n’était pas parti de là.

 Dans les têtes, l’insondable impensé colonial

2020 n’est certes pas 1958, ni 1960. 2020, un saut dans le cœur froid d’un nouveau siècle déjà vieux d’une génération de Millenials rompus aux vertus retorses d’une mondialisation qui aura parsemé leurs vies de mille innovations techniques, mais rempli leurs existences d’autant d’inquiétudes qui avaient déjà cours quand les aînés désormais oubliés de tous avaient entrepris une longue marche pour réclamer une égalité qu’une République alors légèrement bigarrée avait conduite à une impasse validée par la télévision dans une claque sonore et festive à l’ombre du bouclier ostentatoire offert par une main protectrice tendue au pote en danger face au vilain racisme. Le mot n’était pas encore lâché.

Alors (plus tard), la République pouvait se parer de mille vertus et s’offusquer quand elle redécouvrait avec stupeur ses « sauvageons » et ses « bandes de racailles » sous un nouveau jour : la capuche rabattue, ils couraient dans tous les sens, cherchant quelque feu à allumer, quelque poubelle remplie de haine à embraser, quelque rue à envahir, là-bas, au loin, dans la tourmente de lieux devenus mythiques (Clichy-sous-bois, Vaulx-en-Velin, Argenteuil, Aubervilliers, Aulnay…) loin des cénacles de décision et des cercles de réflexion où on avait fini par s’agacer des émeutes – mot sans doute neutre – de « ces enfants qui courent dans les rues ».[iii] Plus personne ne parla des étincelles qui avaient enflammé les villes, des raisons de la colère qui embrasait, embrasait. On concédait désormais à parler des minorités devenues visibles et de la diversité dont on se gaussait bien à l’occasion de matchs de football où on s’intéressait moins aux performances des joueurs qu’au comptage de leur taux de mélanine.[iv] On épiait les renégats, coupables de ne pas entonner La Marseillaise à haute et intelligible voix.

C’était il y a bien longtemps. L’an 2005 fut donc unanimement déclaré "ANNÉE NOIRE". Noire par les évènements successifs qui firent de l’Ile-de-France le théâtre d’incendies successifs. Qui se souvient de l’incendie qui se déclara dans la nuit du 14 au 15 avril à l’Hôtel Paris-Opéra dans le 9ème Arrondissement où 25 personnes dont 10 enfants périrent dans le feu ? [v] Que dire des deux autres incendies qui ont endeuillé Paris en plein cœur de l’été de la même année ? D’abord un immeuble faisandé, sis boulevard Auriol du 13ème Arrondissement et géré par une association ayant partie liée avec l’État sous la forme d’un bail emphytéotique, est nuitamment (25-26 août) visité par des flammes en furie, emportant 17 personnes, dont 14 enfants.

Deux nuits plus tard (28-29 août), alors que l’ouragan Katrina balayait tragiquement les côtes américaines, ce fut le tour d’un autre immeuble juché 8, rue du Roi-Doré, de devenir la cible de flammes dévastatrices qui emportèrent 7 vies dont celle d’un enfant que sa mère avait cherché à sauver des flammes, dans un acte désespéré, en le jetant de son étage.[vi]

Le 4 septembre de la même année vit le drame se déplacer ailleurs dans la région, fauchant de ses flammes meurtrières une tour d’habitations de 18 étages à l’Hay-les-Roses, dans le secteur préservé du Val-de-Marne. Bilan : 15 morts, peccadille dramatique à l’actif ensanglanté de 4 jeunes filles qui signaient une entrée des plus macabres dans l’histoire de toute une ville[vii].

Les bilans étaient tragiques pour des populations précaires pour la plupart et qui, faute de mieux occupaient – sans habiter – des logements indignes d’un pays qui respecte un tant soit peu les droits de l’homme. Les victimes devinrent très vite des coupables : « A force d’accepter des gens à qui malheureusement on ne peut proposer ni travail ni logement, on se retrouve dans des situations où on a des drames comme ça. »[viii]

C’était un énième coup d’éclat cathodique d’un puissant ministre d’un gouvernement qui deux années plus tôt rappelait les circonstances d’une réélection peu coûteuse : 82,2%, un score inespéré face un adversaire obsédé par l’arrivée imminente de gens que rien ne préparait à s’intégrer à la société française. Bien des années auparavant, l’Empire avait encore tonné par la voix d’un de ses survivants. Le mentor de ce ministre pyromane avait lui-même appris à goûter aux délices de l’incandescent « problème » de l’immigration par temps d’élection ! Le 22 juin 1985 le futur Premier Ministre minimisait la percée (11%[ix]) selon l’expression  déjà consacrée concernant le score de celui qui serait son adversaire près de vingt ans plus tard : " […] Pour le moment, tout ça n'est pas bien grave. Il y a un type, Le Pen, que je ne connais pas et qui n'est probablement pas aussi méchant qu'on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et mieux que nous, en termes plus populaires." [x]

 Bien des années plus tard (19 juin 1991), le futur Président revenait à la charge au cours d’un dîner-débat organisé par son parti, auquel quelque 1300 militants participaient ce soir-là à Orléans. Très en verve, il dégainait :  "Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs […]" [xi]

 Premier constat, celui qui avait été deux fois Premier Ministre (1974-1976 puis 1986-1988), faisait preuve d’une coupable ignorance de faits pourtant manifestes qui accablaient plus les politiques que les populations qui en étaient les victimes : le chômage frappait plus durement les actifs étrangers, en partie à cause de politiques discriminatoires très répandues, faisant précisément la sélection selon les origines ethniques et confessionnelles.[xii]

"Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’Or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15.000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris]" [xiii]

 Goutte-d’Or, rien de tel qu’un coin très visible de Paris à quelques encablures de la Gare du Nord, et dont le caractère bigarré en horripilait plus d’un dans les cercles puristes du pays. Les chiffres fantaisistes, les anecdotes douteuses n’avaient d’autre but manifeste que de satisfaire aux exigences d’un public conquis à moindre frais et acquis à des idées qui avaient fini d’empuantir un dîner d’où le débat s’était déjà éclipsé au profit de l’esquisse d’une caricature sans doute moins habile que les arts premiers dont on disait l’orateur friand :  "Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou. C'est comme ça." [xiv] Hilarité générale assurée.

Quelques années et plusieurs casseroles plus tard, pouvait-on alors se draper d’une virginité proclamée comme seul rempart contre les idées qu’on a personnellement défendues ? Malgré la bronca à laquelle le discours donna lieu et l’émotion provoquée parmi les populations ainsi humiliées par des propos qu’aucun partisan de l’extrême droite n’aurait renié, l’ami de l’Afrique, s’en sortit sans trop d’égratignures. La justice estimait, au terme d’un feuilleton à rebondissements médiatiques où des figures bien connues de la représentation nationale défilèrent devant les caméras pour octroyer un certificat de bonne moralité à l’accusé. Comme à l’accoutumée : "Je le connais, il ne PEUT PAS être raciste".

Dérapage incontrôlé, lapsus peu révélateur du combat de toute une vie. Des justifications commodes fusèrent. Comme à l’accoutumée. Comme en de tels cas, on fait fi des propos "sortis de leur contexte", pour focaliser sur une caractérisation négative sur la personne. Il n’est pas raciste (jugement de valeur). Pourtant, personne ne peut prouver que quelqu’un est raciste, d’ailleurs personne ne reconnaît un adjectif devenu avilissant. En revanche, il est possible de détecter du racisme dans les faits, gestes et propos qui eux peuvent être constitutifs d’une attitude répréhensible aux yeux de la loi. Dès lors dire "il/elle n’est pas raciste" est un moyen cynique de détourner des faits et gestes incriminés. Il est donc curieux de voir à chaque polémique des hommes et des femmes se relayer dans la presse et dans les médias, en sachant qu’ils ne seront probablement jamais victimes d’une telle infamie, nier des faits, en minimiser la portée, au grand dam de celles et ceux qui se sont senti-e-s insulté-e-s.

La justice rendit donc son verdict en toute indépendance. Elle décida le 26 février 1992 que de tels propos ne constituaient "que des attaques vagues et générales, insuffisantes pour caractériser la diffamation. (…) A supposer qu’elles constituent des expressions outrageantes, elles ne visent pas une personne ou un groupe de personnes suffisamment déterminé." [xv]

Il est difficile de croire que les juges aient pu prendre une quelconque décision sans écouter, entendre les personnes potentiellement visées par la violence verbale d’un homme politique : qui accuse-t-on de pratiquer la polygamie ? De s’adonner de façon éhontée à une fraude impunie aux prestations familiales ? Où sont encore les doutes ?

Et l’Empire pouvait continuer de tonner de plus belle. Une décennie plus tard, alors qu’une disette sévissait au Niger, un célèbre animateur pouvait donc s’ébrouer dans un de ses livres : "Safari-photo insoutenable. Des enfants on en ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse…"[xvi]

  Devant la réprobation d’une partie de la presse et l’ire de celles et ceux qui se sentirent insulté-e-s, l’animateur ne se démentit pas une fois interpellé sur ses écrits encore salués dans d’autres colonnes. Il récidivait : "Et alors ? C'est la vérité ! L'Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète !" [xvii]

Pris dans la nasse d’une tourmente médiatique imprévue, il fut bientôt disculpé par Jack Lang en personne. Figure tutélaire d’une certaine idée de gauche pétrie de culture et de bonnes œuvres humanistes, l’ex-chantre de la lutte contre le racisme trancha dans le vif "(…) par ses engagements et ses actes, Pascal Sevran est profondément antiraciste." [xviii]

L’Empire pouvait rugir encore plus bruyamment. C’était en Afrique d’où l’élève nouvellement élu à force d’outrances et après s’être livré à une rébellion de cour bien calibrée pour ses affidés du monde cathodique, tenta de se hisser à la hauteur de son ex-mentor, ce roi fainéant déchu qu’il comptait sans doute renvoyer à ses chères leçons d’histoire : "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire". L’Empire venait d’avilir de nouveau la République.

Le rappel de ces quelques faits n’est nullement un exercice comptable qui serait vilement macabre, mais met en exergue l’hiatus sidérant entre les déclarations, les intentions et la réalité d’une partie de la classe politique. Comparaison n’est pas vraiment raison, mais se priver d’une analyse liant des réalités certes dissemblables mais puisant aux sources communes de sentiments et de politiques ayant consisté et consistant encore à marginaliser ou à étouffer (au sens propre) la parole et l’avis des victimes potentielles équivaut à se refuser à tout débat au prétexte que la France ne connaîtrait pas de races.[xix]

 L’Autre, tel quel par Ailleurs

Malgré le caractère difficilement transposable de réalités américaines en France comme le suggèrent les tenants du refus de comparer, les États-Unis restent le point de cristallisation de relations heurtées entre police et minorités. Pourtant, s’interdire d’analyser et de mettre en perspective serait le pire des aveuglements. Et il pourrait se présenter sous la forme d’un effacement volontaire valent auto-cécité.  Ainsi, que la « race » ait été rayée d’un trait de plume de la Constitution, n’applaudissons que d’une main.

Retenons-nous d’exulter car pour que la race (au sens anglo-saxon du terme, c'est-à-dire toutes les représentations, les constructions culturelles, politiques et économiques issues d’une certaine conception des rapports entre les citoyens en fonction de leurs origines) puisse être dépassée au profit d’une citoyenneté pleine et entière sans distinction aucune, il faut des préalables : étudier l’histoire, en comprendre les moindres soubresauts pour mieux appréhender les conséquences qu’elle charrie dans le présent. Or, cette histoire dresse les murs d’un Empire qui hante les paroles, les fait et les gestes de nombre de responsables politiques, de personnalités publiques ou de citoyen-ne-s ordinaires dès lors qu’il s’agit de personnes dont la perception est héritée du rapport que tout un pays a entretenu avec ses colonies, et entretient donc avec les descendants de ses anciens indigènes.

Poser donc la oblitération salvatrice des races (et des rapports que celles-ci ont induits) comme un idéal à atteindre ne nous empêche pas de voir que la société telle qu’elle est organisée sur le plan tant politique qu’économique renvoie à une histoire qui fut elle-même le fruit, le produit d’actes, de pratiques, de processus qui ont engendré un regard, des représentations et d’une certaine manière une attitude et des dispositions vis- à-vis d’autrui. Il faut les dépasser non pas d’un trait de plume, mais par des actes visant à tenir la promesse pour chaque citoyen d’atteindre l’égalité effective des droits. Sans distinction.

En attendant d’en arriver là, il faut bien que les victimes de l’oppression organisée de façon systémique trouvent les moyens de sortir de l’ornière. Or, ils entendent souvent les cris de réprobation et les accusations avilissantes ("communautarisme !", "victimisation !",  voire "racisme anti-blanc !"). La première étape serait sans doute d’arrêter de nier et de botter en touche tout en accablant cyniquement les victimes de maux qu’ils dénoncent. Écouter est un impératif pour entendre ENFIN celles et ceux qui disent souffrir au quotidien d’actes visiblement anodins, de remarques parfois sans méchanceté, de réflexions gratuites, de commentaires  mesquins qui sont des plaies béantes dans les rapports établis de longue date, dans l’innocence présumée des mots. Ces milliers d’anonymes étouffent bien loin du témoignage décompté en nombre de vues de caméras qui crépitent dans la tête de tous ceux qui rêvent de PLUS de policiers chargés de testostérone avec moins de formation à la citoyenneté "voyez comme ils font ailleurs, c’est pire !"[xx]

Ailleurs, on nous montre toujours de Terek Chauvin étranglant d’un genou placide George Floyd, la capuche de Trayvon Martin tremblant quand les balles de George Zimmerman le surprirent, l’innocent sourire de Tamir Rice fondre comme la neige autour de lui quand les policiers décidèrent de son sort, et le cri désespéré d’Eric Garner s’évaporer dans l’asphalte alors qu’il suppliait ses bourreaux de lui permettre de respirer. A trop chercher ailleurs les raisons de se réjouir ici d’un sort pourtant peu enviable, nul ne verra jamais qu’ici, les flammes furieuses qui dévastèrent et rongèrent le cœur de Paris il y a 15 ans n’étaient certes pas forcément dirigées contre une population quelconque, mais qu’elles furent encore l’occasion de commentaires que seule l’assurance d’une immunité autorise.

A d’autres échelons, cette assurance ouvre les bras inhospitaliers d’agents peu zélés distinguant toujours les mêmes parmi la foule de braves inconnus souhaitant vaquer comme tout le monde à leurs occupations en leur signifiant "contrôle d’identité, s’il vous plaît !" J’ai entendu cette interpellation publique mi-policée, mi-comminatoire une trentaine de fois dans ce pays depuis vingt ans. Je vois encore leur agacement quand je répondais "Pourquoi ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?" J’entends encore monter leur courroux quand ils rétorquaient « parce que c’est comme ça dans ce pays. "Si t’es pas content, rentre chez toi !" "TU?" "Pourquoi...? VOUS, Monsieur!" "Non, TU-TOI!!!"

"Rentre chez toi !" et un pot de yaourt éventré accompagna ces mots très hospitaliers. Acte courageusement signé par la bravoure de l’anonymat calfeutré derrière sa fenêtre surplombante aux rideaux soudain tirés sur un appartement sans numéro, sans adresse. J’avais le dos tourné, le nez dans le guidon de ma certitude de trouver encore ma place dans cette grisaille qui serpentait dans mon cœur blessé. Pourtant, ces policiers anonymes, ce visage sombre derrière les rideaux tirés avaient un point commun, par-delà le vocabulaire qu’ils partageaient : ils se trompaient. Car chez moi, c’était déjà cette grisaille, ce ciel bas, ces corons pittoresques, ces courées majestueuses, ces briques rouges comme le sang des ouvriers, des mineurs et des ouvrières du textile. Ils ne le savaient pas.

Quand les policiers réclamaient encore un titre de séjour, je n’en avais plus. J’étais passé de l’autre côté. Hélas ( ?) Après une dizaine d’années à subir d’autres humiliations à la préfecture pour renouveler mon titre en présentant toujours les mêmes papiers, en fournissant les mêmes preuves, en répondant aux mêmes questions sur l’authenticité de mes actes de naissance, sur la réalité de mon mariage qui était peut-être blanc, gris ou que je sais-je encore. Ils ignoraient tout. Que j’avais adopté cette ville, la chaleur des relations que j’y ai tissées à l’abri de son froid,  malgré les regards de biais par moments.

Vingt ans déjà. Et je n’oublie jamais que je ne puis me permettre de sortir, ne serait-ce que pour aller à la boulangerie un matin d’hiver, sans avoir de quoi justifier de ma présence dans l’espace public. "Contrôle d’identité, s’il vous plaît !" Encore et toujours. Pour toutes les personnes qui n’ont jamais le privilège d’oublier une pièce d’identité, les choses ne se sont jamais améliorées, elles furent indignées par les reniements successifs d’un gouvernement qui vira très vite à droite tout en continuant à clignoter à gauche. C’était alors l’indécente capitulation en rase campagne (post-électorale) d’Hollande sur les récépissés promis auparavant. [xxi]

Vingt ans donc que je m’exécute, taisant ma rage, terrant mon humiliation, courbant l’échine de ma révolte intime. Pourtant, à chaque fois je sens monter en moi une "lente construction de mon moi en tant que corps au sein d’un monde spatial et temporel, tel semble être le schéma. Il ne s’impose pas à moi, c’est plutôt une structuration définitive du moi et du monde – définitive, car il s’installe entre mon corps et le monde une dialectique effective."[xxii]

Jamais cette dialectique muette entre mon corps et les corps représentatifs de la force publique n’a cessé depuis mon premier contrôle quelques semaines après mon arrivée dans ce pays. Vingt ans plus tard, je ne m’y résous toujours pas, et à chaque contrôle de routine, moi qui n’ai jamais de capuche ni de casquette présentant un caïman vert, ni de baskets striées d’une virgule snobinarde, qui n’ai jamais vécu dans une cité ou dans un quartier "sensible", j’interroge les agents de l’État, sans réponse de leur part, ni de la part des passants qui comme bien souvent, regardent ailleurs, me renvoient "chez moi" ou encouragent urbi et orbi cette situation justifiée sur les plateaux télé par le fait irréfutable que les personnes ciblées sont celles qui peuplent les prisons de France. Étonnante certitude dans un pays où les statistiques ethniques sont interdites.[xxiii] Certitude sciemment mais doctement diffusée alors que le doute n’est plus permis sur le fait que les politiques d’emprisonnement massif en cours ailleurs sont le résultat de logiques comptables d’un racisme d’État ciblant certaines catégories en fonction de leurs origines.[xxiv]

Rien ne justifie une telle accoutumance à l’humiliation d’autrui. Si c’est le cas, de quelle République parle-t-on quand on se réfugie dans une indifférence à la couleur qui choisit pourtant les personnes contrôlables en fonction précisément de la couleur de leur peau ou de leur apparence ? Qu’entend-on par égalité quand on trouve concevable que certaines composantes de la société aient un traitement de défaveur ?  L’égalité suppose que nul ne reçoive ni plus de droits, ni même moins de droits que les autres. En parlant d’inexistence des races tout en cautionnant les inégalités qui en résultent directement, on instaure un aveuglement irrationnel, une cécité volontaire face à la gangrène qui ronge le cœur meurtri d’un pays qui se voulait naguère précurseur quand il clamait aux quatre vents – à la suite de John Locke (1690) et des Révolutionnaires américains (1776) et à l’encontre de la volonté de ses rois vilipendés, de l’assentiment de ses reines chahutées, de l’appétence vengeresse de ses princes désavoués et de la survivance de sa noblesse décrépie  – que « tous les hommes [et toutes les femmes depuis] naissent et demeurent libres et égaux [égales] en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »[xxv]

C’était il y a longtemps. C’était avant que l’esprit revanchard des perdants et des révoltés de la Révolutions ne reprenne le dessus pour rétablir l’ordre esclavagiste et son avilissant Code. Avilissant pour tous. C’était avant qu’une certaine idée de la République  ne clame l’Empire des essences immuables décrétant le droit de ceux qui étaient supérieurs d’étendre et d’asseoir leur suprématie sur ceux qui avaient le malheur d’être inférieurs.

 Entre-soi universalisme et sur-moi crypto-colonial

"Et c’est là le grand reproche que j’adresse au grand humanisme ; d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste." [xxvi]

 Cette conception des droits semble encore avoir droit de cité. Alors que les discriminations continuent de plus belle ([xxvii]), il est temps de donner tout leur sens à la Déclaration de 1789, et de tendre enfin vers une société qui respecte les droits de chacun et de tou-te-s, sans faux-fuyants loufoques et sans louvoiement cynique comme cela apparaît dans les déclarations officielles.[xxviii] Cela suppose d’abord de reconnaître, et c’est là toute la grandeur d’une nation, aujourd’hui comme hier, les torts qu’elle a pu commettre, qu’elle commet encore à l’égard de celles et ceux dont chacun se complaît à ignorer, ou pire, à minorer les souffrances par une stratégie de fuite en avant : "Il n’y a pas de racisme…" Au nom d'un l’universalisme des droits, ceux-ci se voient pourtant amputés pour certains toujours accusés de faire le jeu du « communautarisme ».[xxix] Ainsi, pour les personnes perçues comme noires ou arabes, la question raciale oscille entre le désir d’avoir une présence banalisée et la tentation du vide. Y tourner le dos n’arrange rien pour autant. La question de Coluche resta sans réponse en ce 10 mars 1980 quand il interrogea le public : "Expliquez-moi pourquoi un policier qui fait son devoir tire toujours sur un arabe, en tombant, derrière dans le dos ? Expliquez-moi ce que les policiers foutent dans le dos des Arabes avec un révolver à la main, et à chaque fois, il tombe ! Racontez-moi pourquoi !" [xxx]

 Une sélection naturelle exposerait ces hommes perçus comme appartenant à un phénotype assimilé à l’altérité à un contrôle de leur corps conduisant souvent à une mort assimilée çà et là à des bavures suite à l’usage disproportionné du monopole de la distribution sélective d’une violence d’État légalisée sans être pour autant moralement légitime. Se souvient-on du nom de Théo ?[xxxi] Le nom de ce jeune homme retentit sur plusieurs semaines dans la campagne électorale de l’élection présidentielle de 2017, poussant le Président sortant à lui rendre une visite à l’hôpital vraisemblablement pour le pousser à lancer un appel aux fins de désamorcer les émeutes que son viol présumé involontaire suscitait déjà dans différents quartiers toujours sensibles de la capitale.[xxxii] Entre-temps, on trouva, comme à l’accoutumée, un moyen de banaliser l’odieux acte par le fait que la victime avait un casier judiciaire. Dont acte. Cela justifiait les traitements les plus dégradants infligés à des personnes.

Paradoxalement rendus visibles par leur mise à l’index d’une pratique de contrôle dans l’espace public, les mêmes personnes sont pourtant très souvent inexistantes dans le débat public. Là aussi apparaît le fonctionnement schizophrène qui était déjà bien implanté au moment où l’Empire encore officiel. Les années d’entre-deux-guerres furent le point de départ d’un mouvement qui vit l’arrivée de plusieurs générations d’artistes, d’écrivains, d’hommes et femmes de culture. Joséphine Baker pouvait ainsi chanter "J’ai deux amours / Mon pays, Paris" tant la capitale mettait un point d’honneur public à faire montre d’une attention ostentatoire vis-à-vis de gens qui fuyaient les affres de la ségrégation et des lynchages. Ainsi, Paris accueillit des générations successives d’Afro-américains  de Richard Wright à Miles Davis, d’Augusta Savage à Elizabeth Prophet, de Lois Mailou Jones à Bricktop, de Sidney Bechet à Claude McKay, de Langston Hughes à James Baldwin. Tous avaient trouvé en France une terre d’accueil, même si cette sollicitude à leur égard cachait mal une autre réalité crue de l’Empire aux antipodes de la nation entière qui tendait les bras aux Noirs opprimés d’Amérique. Aussi, le lieutenant James Reese Europe et sa joyeuse fanfare noire pouvaient-ils faire danser le peuple de Paris au son d’un jazz que tout le monde découvrait. Dans le même temps, les expositions coloniales, les zoos humains étaient très courus dans tout le pays, drainant 8 millions de personnes qui s’agglutinaient pour voir les attractions exhibées et qui n'étaient autres que des milliers de sujets des colonies contraints de simuler une joie contrite inspirée par un Empire fier de sa Mission auprès de peuplades entières qui sans quoi, n'auraient jamais vu la lumière, jamais connu LA civilisation.[xxxiii]

Or, bien après la Libération, plus qu’un pays, deux visions d’un idéal s’affrontaient encore, se complétaient, se croisaient, se toisaient – se rudoyaient parfois – dans le spectacle infini des contradictions de toute une époque. La générosité universaliste de la République (Clémenceau) était condamnée à croiser le fer avec l’appel d’air de l’Empire suprématiste de l’autre (Ferry). Les Afro-américains finissaient d'ailleurs souvent par découvrir une France tiraillée entre ses vieux démons et les jours heureux que laissait poindre la fin d’une Seconde Guerre. [xxxiv]

Bien des décennies plus tard, ce sentiment ambivalent interroge encore les imaginaires. En effet, combien d’écoles, de rues, de places, de salles fièrement renommés en l’honneur de Martin Luther King, de Rosa Parks, de Miriam Makeba, de Nina Simone ou de Nelson Mandela ? A l’inverse, combien portent les noms un peu moins accommodants de Dulcie September, de Ruben Um Nyobé, de Sembène Ousmane  ou de Kateb Yacine ? Pourquoi dans ce pays célèbre-t-on encore si souvent et si solennellement les figures imposées, imposantes des Louis Faidherbe, des Ferry, des François-Marie-Casimir de Négrier et des Hubert Lyautey, et presque jamais l'apport d'une Olympe de Gouges, d'une Claire de Duras, d'un Arfang Lamine Senghor, d'un Francis de Pressensé ou d'un Léon Bloy ? Ces questions resteront sans doute encore longtemps sans réponse, tant que les dirigeants politiques, les élites intellectuelles et médiatiques de ce pays ne sauront pas répondre sans louvoiement et sans faux-fuyants à la nécessité de repenser les rapports avec l’histoire et les anciennes colonies.

A défaut d’un véritable travail de reconstruction de ces rapports, à chaque fois que s’élèvera la clameur des révoltes si souvent étouffées à la suite d’une énième bavure, les regards de certains se tourneront vers le Nouveau-Monde, à la recherche d’une Megan Hockaday, d’une Atatiana Anderson, d’une Michelle Cusseaux, d’une Tamasha Anderson, d’une Aura Rosser ou plus récemment d’une Breonna Taylor, pour ne pas avoir à répondre d’un Adama Traoré, d’un Matisse, d’un Sélom, d’un Zyed, d’un Bouna, d’un Cédric Chouviat, d’un Lamine Dieng, d’un Malik Oussekine, et de bien d’autres encore. Dans le cœur de nombre de jeunes, ils vivront et réclameront la part de justice que tout le monde leur doit dans ce pays qui se targue de liberté en en privant certains de ses enfants, se gausse d’égalité en accordant l’impunité à quelques-uns, et se gargarise de fraternité quand il embrase les esprits avec un venin qui fit naguère la cause d’une fracture profonde dans l’antre profané de son avenir.

L’avenir a pris une tournure encore plus inquiétante depuis quelques années. Des pratiques peu recommandables dans une démocratie digne de ce nom étaient jusqu’ici admises, voire encouragées auprès des immigrés de la énième génération, éternellement jeunes et attendant encore de sintégrer et de donner des gages d’amour à une patrie qui le lui refuse. Entre-temps, le diable de la répression policière, héritière de l’Empire, s’est échappé du carcan désormais étroit des quartiers "sensibles", pour s’étendre à tous ceux qui sont aux avant-postes pour réclamer des droits, contester une certaine idée de la société, ou conspuer l’ordre établi.

Les gilets jaunes en firent, en font encore l’amère expérience face à un système défendu à bout de bras par un Président pris dans l’étau de ses flagrants dénis alors que candidat, il se présentait comme le contempteur horrifié de certaines méthodes, et se disait d’un naturel « intraitable » sur les violences policières, qui ont disparu depuis, comme par enchantement : "Ne parlez pas de répression, de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. Vous me parlez de répression, je vous dis c’est faux." [xxxv] Flagrant déni ! Le diable continua donc à se répandre partout, envahissant les rues des grandes villes, éborgnant ici, mutilant là, gazant ailleurs et enfumant les plateaux de télé tandis que les caméras s’apitoyaient sur le sort des pauvres policiers mal compris, mal aimés et exerçant un métier difficile.

Entre-temps, ailleurs, Floyd s’est essoufflé. Il est déjà en terre, il y a rejoint tant d’autres comme Adama Traoré. Tant d’autres l’y rejoindront. Bientôt ? Dans les mêmes circonstances ? Pour les mêmes meurtrières raisons ? Tant d’autres sont partis, dont on n’a jamais parlé, dont on ne parlera sans doute jamais, dont aucune caméra n’a relaté la lente et effroyable agonie. Genet doit hélas trouver le temps effroyablement long car les liens d’homme qu’il appelait de ses vœux tardent à se nouer. Parce que le mépris et le dégoût, la rage impuissante et la haine labourent encore le cœur de trop de personnes. Parce que trop d’hommes et de femmes nient encore que "[l]e nègre [sic] n’est pas. Pas plus que le Blanc" et que "[t]ous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication". [xxxvi]

Il faudra pourtant plus qu’une pièce de Genet, plus que l’étranglement insoutenable de certains, plus que le supplice indicible de jeunes esseulés dans un poste électrique, plus que le surgissement subséquent d’émeutes et les rugissements de bandes en rage, pour abattre les murs que l’Empire a dressés dans le cœur de trop d’hommes et de femmes. En attendant que la fureur s’estompe et que cette République assure une égale dignité à tous ses enfants, osons offrir à ces jeunes quelques mots possiblement salvateurs en leur rappelant à la manière de Ta-Nehisi Coates : "Ce pays [vous] appartient, le monde [vous] appartient, [votre] corps [vous] appartient, et il [vous] revient de trouver un moyen de l’habiter pleinement." [xxxvii]

 Sources et références

[i] Les Nègres, Jean Genet, Les Nègres [©1958], Gallimard, 2005.

[ii] Décision entérinée par le Conseil des Ministres du 20 mai 2020. https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2020-05-20

[iii] Hélène Carrère-d’Encause qui sortit de son domaine de prédilection pour se poser en sociologue ou plutôt en ethnologue. Elle finit par asséner : « Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or, la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. (Propos rapportés par Libération, 15 novembre 2005.)

[iv] Ainsi, Alain Finkielkraut pouvait s’esclaffer en déclarant que c’était une équipe « Black-Black-Black » (Haaretz, Tel-Aviv, 19 novembre 2005) et compter sur le soutien de tout une armada d’intellectuels et de responsables politiques dont l’ex-ministre Luc Ferry qui le soutint parce qu’ « il est inimaginable qu’il soit raciste » ! (propos repris dans Le Point, 1er décembre 2005.)

[v] Le Monde, 16 avril 2005.

[vi] Le Monde, 30 août 2005.

[vii] France 2, Journal de 20H, 5 septembre 2005. https://www.dailymotion.com/video/xfc9jz  (07/06/2020)

[viii] Idem.

[ix] Aux  élections européennes du 17 juin 1984. https://www.france-politique.fr/elections-europeennes-1984.htm (07/06/2020)

[x] Propos rapportés par Franz-Olivier Giesberg, Jacques Chirac, Paris, éditions du Seuil, 1995, p. 419

[xi] Le Monde, 21 juin 1991.

[xii] « De 1980 à 1990, le taux de chômage global est passé de 6 à 9,2%. Pour les étrangers, il croît de 9 à 17%.  Il est plus élevé que celui des Français (8,7%). Et les écarts entre nationalités s’accusent. (…) Pour les Maghrébins, il est presque le triple (23% pour les Marocains, 24% pour les Tunisiens, 28% pour les Algériens) alors que les ressortissants de la CEE ne sont guère plus affectés que les Français. En 1980, les Portugais sont même moins touchés que les Français. » Marchand, Olivier, « Autant d’actifs en 1990 qu’en 1980 », Économie et Statistique, 1991/242 (pp. 41-38), p.34.

[xiii] Idem, Le Monde, 21 juin 1991. A comparer avec les propos d’Hélène Carrère d’Encause une quinzaine d’années plus tard : « Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. » (Libération, 15 novembre 2005.)

[xiv] Ibid. Ce discours ne manqua d’ailleurs pas de susciter les cris d’orfraie d’un adversaire « surpris qu’on [lui] emprunte [son] discours tout en continuant à [le] diaboliser. Sa conclusion sonnait comme l’appel à sanction ultérieure : « Les Français préféreront toujours l’original à la copie. » Le Figaro, 21 juin 1991.

[xv] Les « Odeurs » et Chirac : la justice ne sent rien », L’Humanité, 27 février 1992.

[xvi] Cité par Le Monde, le 8 décembre 2006.

[xvii] Nice Matin, le 2 décembre.

[xviii] Le Monde, 8 décembre 2006.

[xix] Ni de « violences policières » qu’un autre Président  s’empressait de  « récuser » violemment et en public (30 janvier 2020).

[xx] Le Palais Bourbon bruit de rumeurs d’une nouvelle loi contre l’acte citoyen de filmer des policiers en opération ! Il n’y a rien à voir.

[xxi] Selon le Défenseur des droits, en 2016 : « (…) 84% des personnes interrogées déclaraient ne pas avoir été contrôlées (90% des femmes et 77% des hommes). Mais 40% des jeunes (18-24 ans) indiquaient avoir été contrôlés et parmi ceux-ci, 80% hommes perçus comme noirs et arabes/maghrébins rapportent avoir été contrôlés. » [Je souligne] Rapport Annuel d’Activité 2019, p. 60.

[xxii] Franz Fanon, Peau noire, masques blancs, Éditions du Seuil, 1952, p. 89.

[xxiii] Il ne s’agit pas ici de prendre position pour ou contre les statistiques ethniques qui peuvent être utilisées dans un sens où dans l’autre selon les intentions des uns et des autres. Toutefois, aux États-Unis elles sont autorisées, les données montrent par exemple qu’en 2018 le taux d’incarcération des hommes noirs était 5,8 fois supérieur à celui de leurs concitoyens blancs. “Prisoners in 2018” (US Department of Justice, Bureau of Statistic Justice), avril 2020, p. 1. Le document va plus loin encore: alors qu’on comptait cette année-là 418 prisonniers pour 1000.000 adultes à l’échelle du pays, le ratio s’élevait à 268 pour 100.000 pour les adultes blancs, 792 pour 100.000 chez les Latinos et 1501 chez les Noirs (p.10).

[xxiv] Michelle Alexander, The New Jim Crow, Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, New York, The New Press, 2011.

[xxv] Article Premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789.

[xxvi] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 2004 (©1954), p .14.

[xxvii] Laetitia Challe, Sylvain Chareyron, et al., « Discrimination dans les grandes entreprises, une approche multicanal », Théorie et évaluation des politiques publiques (Rapport de janvier 2020 FR CNRS 3435).

[xxviii] « La police de l’agglomération parisienne n’est ni violente, ni raciste : elle agit dans le cadre du droit pour la liberté de tous (…) Je ne laisserai pas salir une institution dont le rôle dans les grands moments de l’histoire de ce pays a été essentiel. » Didier Lallement, préfet de Paris, dans un communiqué cité par Médiapart, le 2 juin 2020. Le préfet réagissait-il au rapport du Défenseur des Droits dénonçant une discrimination « systémique » pratiquée par ses troupes contre une partie de la population jugée « indésirable » ?

[xxix] Pap Ndiaye, La condition noire : Essai sur une minorité française, Paris, Calman-Lévy, 2008, p. 34.

[xxx] Il réagissait en tant qu’invité à des questions d’actualité de Patrick Lecoq au cours du journal de la mi-journée d’Antenne 2.

[xxxi] Maboula Soumahoro, Le triangle de l’Hexagone, Réflexions sur une identité noire, Paris, La Découverte, 2020, p. 29.

[xxxii] Le Parisien, 8 février 2017.

[xxxiii] Voir Joanne & David Burke, Paris Noir, African Americans in the City of Light, New York, Blue Lion Films Inc., 2018.

[xxxiv] James Baldwin (“Encounter on the Seine”), Collective Essays, New York, The Library of America, 1998, p. 88.

[xxxv] Lors d’une intervention publique le 8 mars 2019, Gréoux-les-Bains, dans le cadre du « Grand Débat national ».

[xxxvi] Op.Cit., Franz Fanon, p. 187.

[xxxvii] Between the World and Me, New York, Spiegel & Grau, 2015. L’auteur m’excusera d’avoir un peu adapté la citation d’origine où il s’adresse à son fils en ces termes :“This is your country, this is your world, this is your body, and you must find some way to live within the all of it.”

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