Maroc : monarchie constitutionnelle démocratique pratiquant l’esclavagisme

Durant son règne, Hassan II a rédigé par ses propres soins le passage concernant le roi et sa personne dans la constitution marocaine. Ce passage stipule que le roi, commandeur des croyants et garant de l’unicité du territoire, possède le pouvoir politique absolu (dissolution du parlement ainsi que du gouvernement). En outre, sa sacralité est indiscutable.

Durant son règne, Hassan II a rédigé par ses propres soins le passage concernant le roi et sa personne dans la constitution marocaine. Ce passage stipule que le roi, commandeur des croyants et garant de l’unicité du territoire, possède le pouvoir politique absolu (dissolution du parlement ainsi que du gouvernement). En outre, sa sacralité est indiscutable. En effet, pendant les 38 années qui suivirent sa royauté, la sacralité de ce dernier sera acceptée, respectée, et surtout, exécutée. Celui dont on ne prononce pas le nom réussit donc à inculquer ce principe dans les moeurs. Gare à celui qui déroge à cette règle, car comme dans toute dictature qui sait se faire respecter, il en assumera les lourdes conséquences.

Les années passèrent, l’oppression, la dictature ainsi que la corruption devinrent un paysage habituel au Maroc, représentées de différentes manières satisfaisant ainsi les intérêts du roi : disparition des opposants politiques, business florissant etc. En effet, l’économie est aussi devenue profitable : tout d’abord au roi, puis à son entourage. En bref, un environnement idéal instauré grâce à ce petit passage écrit dans « sa » Constitution.

L’intronisation du nouveau roi Mohamed VI en 1999 donna l’espoir à son peuple de se détacher de ces vieilles pratiques. Cet espoir se confirma donc en 2004, cinq ans après son intronisation, où le monarque instaure l’Instance « équité et réconciliation ». Cet organisme a été mis en place pour réconcilier le peuple avec son passé sous le régime autoritaire de Hassan II. Les victimes sont donc appelées à témoigner de leurs tortures et souffrances subies, et ce publiquement, sans toutefois nommer leurs tortionnaires.

Parallèlement, la liberté connut aussi un nouveau souffle : la presse se déchaina sur le sujet du roi, qui fut autrefois interdit. Les articles fusent sur lui : salaire, goûts pour le luxe, style vestimentaire, etc. Cependant, cette forme de liberté d’expression commence alors à agacer le roi. La limite de sa patience, dit-on, serait ce sondage réalisé par le magazine « Telquel », demandant au peuple son niveau de satisfaction de leur nouveau monarque. Les résultats de ce sondage ne verront jamais le jour, bien que ceux-ci soient favorable à 91%. Etonnamment, la revue se retrouve dans une spirale de contrôle fiscal, qui laisse croire à une sorte de punition divine. Certaines presses rouées par des amendes de censure se voient déposer le bilan. L’environnement défavorable de la presse, condamnant certains journalistes à des peines d’emprisonnement, pousse quelques uns de leurs confrères à s’exiler.

Aussitôt, une ombre des années de plomb à l’effigie d’Hassan II surgit sous cette censure, la corruption devint plus institutionnalisée et assumée qu’à l’époque. Elle profite tout d’abord aux nombreuses sociétés appartenant au Holding Royal, ainsi qu’au cercle proche du monarque. Mais la dictature et la corruption ne sont bien sur pas les seuls grands fléaux foudroyant le royaume : l’esclavagisme en fait également partie, depuis le temps des sultans Alaouites jusqu’à aujourd’hui, où l’on considère le monarque comme étant un roi des temps moderne.

La commune du nom de « Touarga », se trouvant dans l’enceinte du palais royal de Rabat, regroupe de nombreux serviteurs appelés « A’bid » (esclaves). Avant le protectorat, ces personnes originaires de la bande Sub-sahelienne, autrement nommée Soudan, avaient transitées par Tombouctou et se sont retrouvées raptées et mises à prix dans les souks marocains, pour satisfaire le besoin qui s’étendait de l’autorité locale au sultan.

Cette pratique honteuse qui n’existe nulle part ailleurs qu’au royaume du Maroc, ne semble pourtant pas déranger ses concitoyens, ni même les grands organismes des Droits de l’Homme. A tel point qu’on pourrait croire à son inexistence. Néanmoins, elle n’aura pas échappé à une personnalité connue de tous, au point d’en être indignée : Nelson Mandela. En effet, ce dernier aurait écourté sa visite au Maroc lorsqu’il découvrit cette pratique au palais royal, ainsi que le traitement réservé aux esclaves (obligation de port de gants afin qu’il n’y ait aucun contact physique avec le roi, notamment en lui baisant la main).

Pour justifier ce procédé, certains prétendent que cela remonte à l’époque du prophète, dont le roi et sa famille seraient les descendants. Or, cette volonté d’esclavage n’a aucun lien avec les exigences de l’islam, d’autant plus qu’elle a été abolie par le messager de Dieu.

Il est rapporté par « Sahih Al Boukhari » (trad. « L’authentique de l’imam Al Boukhari » ), deuxième livre et référence des musulmans, après le Coran, regroupant les Hadith (communications orales du prophète rapportées par ses compagnons) :
Narré par Abu Huraira :
Le Prophète a dit : « Allah a dit : « Je serai contre trois personnes le Jour de la Résurrection » :
1 - Une qui fait un pacte en Mon Nom, mais qui le trahit
2 - Une qui vend une personne libre (comme esclave) et s’enrichit avec son prix
3 - Et une qui emploie un manœuvre, lui fait faire tout le travail mais ne le paye pas. »

En effet, le premier bénéficiant de cette remise de liberté et de droits serait Bilal (ancien esclave du temps du prophète), nommé pour appeler à la prière lors de l’installation du prophète et de ses compagnons à Médine.

Mohammed 6 serait donc en totale contradiction avec son statut « constitutionnel » de commandeur des croyants.

Les associations des droits de l’Homme au Maroc militent pour que leur pays ne soit plus parmi les 20 autres recensés où l’on assiste à l’esclavage moderne. Cependant elles ferment les yeux sur cette autre forme moyenâgeuse d’esclavage, au nom du respect de la constitution et de la sacralité de la personne du roi. Ces dernières prétextant que les « Touargas » ne sont plus esclaves depuis l’intronisation de Mohamed VI, mais plutôt des fonctionnaires à qui il a été laissé le choix de servir la cour royale. En 2018, dans une monarchie constitutionnelle « démocratique » (article 2 de la constitution), on ne peut croire naïvement à cette forme de liberté, où les fonctionnaires sont tous vêtus du même uniforme, répétant machinalement les louanges à longueur de journée.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.