France-Maroc : pour le pire et pour le pire

Nombreuses sont les collaborations entre le Maroc et la France, et ce depuis la période du protectorat. Certaines d’entre elles ont été discrètes, et ni les marocains ni les français n’en ont eu connaissance. Or, en 1965 l’une de ces collaborations était particulièrement machiavélique, elle n’aura pas échappé à l’opinion publique cette fois-ci.

Malgré les nombreuses crises diplomatiques entre les deux pays, notamment dans l’affaire Ben Barka (le général Oufkir fut condamné par la France en contumace, de plus Hassan 2 refusa de rendre son bras droit), ils continuent tout de même à collaborer.

En 1993, le journaliste Joseph Tual s’entretient lors d’un reportage diffusé sur France tv, avec Ali Bourequat ancien détenu de la prison restée secrète, « Tazmamart » au Maroc. Lors de ce reportage, Ali Bourequat met en lumière une collaboration jusque là passée inaperçue.  

Ali Bourequat avait rencontré le célèbre Hicham Mandari, surnommé le « maitre chanteur » et ce pour avoir fait chanter les plus grands dirigeants dont le monarque Hassan II et quelques autres princes des pays du Moyen Orient. 

Cette rencontre a eu lieu dans une prison en Floride où Mandari était détenu pour émission de faux billets. Or, après lecture des procès verbaux de la France qui demandait son extradition, Bourequat s’est rendu compte que l’argent en question n’était pas fausse, et demanda à Mandari de lui dire toute la vérité sur cette affaire.

Mandari se décida au final de se mettre à table, ce qu’il va raconter à son interlocuteur est une histoire de banditisme incroyable, digne des plus grands polars.

Comment Hicham Mandari s’est-il rapproché du cercle royal marocain ?

Cette approche s’est faite grâce à son épouse, «Hayat». Cette dernière, nièce et fille adoptive de Farida Charkaoui troisième épouse de Hassan II, était également l’intendante de la princesse Lalla Hasna qu’elle surnommait «Hssika».

Mandari épousa Hayat, ce fut le premier contact avec le cercle royal, où il travailla avec El Mediouri, chef de sécurité de Hassan II.

Ce couple particulier va donc s’associer pour mener plusieurs fourberies, à commencer par abuser de la confiance de Farida Charkaoui, qui était la seule à avoir accès au bureau de Hassan II. 

Ce bureau en question était une vraie caverne d’Ali Baba, on y trouvait des millions de devises provenant de pays différents. 

El Mediouri, supérieur de Mandari, ne pouvait l’empêcher d’entrer dans ce bureau, car lui aussi était victime de ce maitre chanteur. Il craignait que le roi ait connaissance de la relation extra-conjugale qu’il entretenait avec son épouse Latifa car Mandari les avait photographiés à plusieurs reprises lors de leur rencontres au Golf du roi. 

(Après la mort d’Hassan II, son épouse Latifa part d’ailleurs vivre avec El Mediouri à Paris)

Ainsi, Mandari et son épouse réussissent à dérober des chèques en blanc appartenant au roi, qui prenait soin de les signer préalablement. Mais plus grave encore, ils avaient copiés des documents importants concernant le Sahara, grand sujet de conflit, et les transmettaient à l’Algérie. 

Mandari n’a pas eu que son épouse comme complice, d’autres personnes était associées à lui, notamment une jeune femme restée inconnue et qui détiendrait les preuves de ses dires. 

Cette personne qui était proche de plusieurs princes des émirats, avait réussie à avoir la main sur le tampon d’un émir du pays du Bahrain leur permettant d’éditer des documents autorisant la création de dinars du Bahrain. 

Comment Mandari se procure-t-il le papier nécessaire à l’impression des billets de banque ?

D’après le procès verbal, Mandari avait imprimé 400 millions de dollars en billets de 20 Dinar, l’équivalent donc de 18 tonnes de papier, un papier impossible à obtenir.

Parmi ses présumés complices, le ministre du budget de l’époque, Nicolas Sarkozy qui aurait joué le rôle de fournisseur de ce fameux papier. Etonnement la contrepartie de cet échange ne serait pas une part du gâteau en préparation mais plutôt des documents de plusieurs versements de sommes d’argent effectuées par Hassan II pour le compte de son grand ami de l’époque, Jacques Chirac. Sarkozy aurait souhaité détenir ces documents qui lui serviront durant les  élections présidentielles, et dont il sera candidat.

Papiers et autorisations en poche, il ne reste plus qu’à transporter la fourniture en Argentine à un institut créant la monnaie, chose qui se fera dans un Boeing privé fourni par l’un des protagonistes, l’ex président du Tchad Idriss Déby Itno.

Quelle fin pour Mandari ? 

A paris, Mandari et son épouse ont connu le luxe des palaces et de la vie parisienne. Mais les choses se sont compliquées lorsque Interpol commença à enquêter sur cette monnaie en grande quantité du Bahrain.

D’autant plus, les problèmes deviennent plus sérieux lorsque le trésorier de la cour royale, Brahim Fraj, fut contacté par une banque pour lui signaler un chèque déposé à l’encaissement d’une valeur de 1,8 Million de dollars au nom d’un certains français « juif ». Fraj à immédiatement demandé l’arrêt de cette opération car le chèque était volé, et se rendit compte que ce n’est pas le premier dépôt de chèque suspect qui est encaissé. Fraj avait été longtemps absent du Maroc et des affaires financières de la cour royal, et ce à cause de son hospitalisation en France, et ne pouvait donc pas se rendre au Maroc en avion pour des raisons médicales suite à sa chirurgie cardiaque.  

Suite à cet incident, Mandari et son épouse quitte la France pour les Etats-Unis où il sera arrêté quelques temps plus tard. 

La fin du récit de Mandari à Bourequat est d’autant plus incroyable : 

Mandari avait l’intention de porter plainte contre plusieurs personnes et gouvernements à la fois. Son ancien travail avec El mediouri, lui a permis de voir et d’entendre tout ce qui se passait lors des rencontres entre Hassan II et les responsables de différents Etats dont il a transporté plusieurs mallettes d’argent. 

Bourequat lui avait déconseillé cette approche car ce n’est pas la meilleure solution au vu de sa situation. Néanmoins, il peut accepter la demande d’extradition émise par la France à son égard. 

Chose qu’il fera pour se rapprocher de Sarkozy, devenu alors ministre de l’intérieur et qui, par ses relations, réussit à mettre Mandari en dehors des barreaux et lui fourni également une escorte. 

Mandari n’a pu honorer sa part du marché, Nicolas Sarkozy n’ayant pas reçu les documents promis lui enleva l’escorte. 

Mandari est retrouvé à Madrid en Espagne quelques temps plus tard, mort d’une balle dans la tête. 

Le responsable de cet acte ne sera jamais retrouvé. Les collaborations des deux gouvernements ont toujours été discrètes et impunies. Une crise diplomatique entre le Maroc et la France ne dure jamais longtemps, car celle-ci ne peut être bénéfique aux deux acolytes ayant partagés de nombreuses aventures.

Lien du reportage : https://www.youtube.com/watch?v=L3MlwSoOC3c

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