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Billet de blog 19 sept. 2018

Au Maroc : Le Hirak est une ambition historique

Voila maintenant presque deux ans que le Hirak (Mouvement Populaire du Rif) se poursuit au Maroc, des revendications simples, claires, et légitimes sont portées par les chants des militants. Des revendications qui vraisemblablement sont des droits dont jouissent les citoyens des Etats occidentaux.

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Le Hirak a été couronné de nombreuses répressions par le « Mekhzen » (institutions royales), des allures de guerre civile représentent la ville d’Al Hoceima (ville de la région du Rif). Le dénouement fut de nombreuses arrestations, et sans surprise des condamnations ont suivi. Des peines allant de un à 15 ans de prison ferme pour 49 militants, et 20 ans d’emprisonnement ferme pour trois autres militants, ainsi que le leader de cette remarquable révolution Nasser Zefzafi. 

Pourquoi donc une peine aussi lourde pour le leader du Hirak ? La rébellion berbère dans l’histoire du Maroc est-elle en partie la cause de cette répression ? Le Rif est-il condamné à subir une ségrégation de la part du reste du royaume, et surtout de celui du Mekhzen? 

En se penchant sur l’histoire du Maroc, notamment sur le courage des rifains connu depuis la colonisation franco-espagnole. Le nord de ce pays a connu la création de la république du Rif indépendante et libre en 1923, et ce grâce à « Abd El-Krim ».

Grace à sa ténacité et celle des autres villages berbères, il permet à son peuple non seulement de vivre cinq ans d’indépendance, mais également une expansion de son modèle de république, qui a brillamment fonctionné économiquement, par son système éducatif ainsi que par son système de justice. 

Abd El-Krim fut déporté à la réunion mais réussit à s’évader 20 ans après pour finir ses jours en Egypte. 

De ce fait, nous ne pouvons qu’être admiratif du courage de ces tribus qui ont tenu cinq années sous la pression du Mekhzen controlé par les français, et les bombardements de l’aviation française soutenue par les espagnols.

Les enfants du Rif sont conduits aujourd’hui par ce courage héréditaire de leurs ancêtres sans doute. Cette « rébellion » comme la surnommeraient certains pro-régime dictateur, a déstabilisé le Mekhzen, au vu des lourdes peines d’emprisonnement prononcées à l’égard des militants. 

Certains compareraient ces manifestations à celles du mouvement du 20 février. mais ils ne sont pas semblables. Ce dernier, né lors du printemps arabe, revendiquait une monarchie constitutionnelle, chose qui fut en 2011 par le biais de la modification de la constitution, limitant ainsi le pouvoir de la monarchie dans la sphère politique.

Or, ce référendum voté à 90 % « OUI », ne se fait ressentir d’aucune manière dans l’environnement politique marocain. Il est même moqué par plusieurs médias jugeant ce score grotesque. On peut trouver néanmoins quelques similitudes avec les revendications du Hirak, qui quant à lui, dure officiellement depuis 2016 et qui avait pour priorité de dénoncer les infrastructures de la ville de Al Hoceima. 

Ce mouvement s’est accentué quelques temps plus tard avec la mort tragique d’un poissonnier, broyé en tentant  de récupérer sa marchandise jetée par les autorités, dans un camion de ramassage d’ordures. 

Immédiatement, les manifestations éclatent dans la ville, demandant la punition des autorités locales. Ce fut ainsi l’occasion de réclamer la construction de structures descentes et essentielles aux  bonnes conditions de vie des habitants (écoles, universités, hôpitaux, emplois). 

Le Mekhzen répond immédiatement par la répression, à croire que ces revendications ne font pas parti du plan du gouvernement et sont irréalisables et illégitimes. 

Aujourd’hui quelques villes telles que Rabat et Casablanca ont manifestés en soutient aux condamnés du Hirak, des manifestations restées timides certes, mais qui montrent que cette division « berbères-arabes » n’existe plus ou très peu, et qu’aujourd’hui l’unité se résume dans le mot « MAROCAINS ». D’autres pro-régime, ne connaissant pas les mêmes conditions de vie et de marginalisation, ont préféré surnommer les habitants du Rif de « séparatistes ». 

Malgré sa détention depuis 3 mois, Nasser Zefzafi fait parti des nominés du prix Sakharov, décerné par le parlement européen, et récompensant des personnes ou des organisations luttant pour les droits de l’homme. 

Le Hirak aboutira-il, ou sera-il condamné à l’échec et à la réprimande ?

Difficile de répondre à cette question, espérons que le destin du leader ne connaisse pas le même que celui de l’une des figures de l’opposition au Mekhzen, Mehdi Ben Barka. 

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