1er May en Italie discours de piétisme, omertà et insultes pour les travailleurs

En Italie cette année peut-être plus que ces dernières années à l'occasion le 1er mai, les discours dominants se sont déchainés dans la rhétorique la plus usée, allant de la pitié pour le monde du travail qui manque ou qui est mal traité mais aussi jusqu’aux insultes exaltant les grandes "conquêtes grâce aux étonnantes transformations du travail au cours de ces dernières décennies.

En Italie cette année peut-être plus que ces dernières années à l'occasion le 1er mai, les discours dominants se sont déchainés dans la rhétorique la plus usée, allant de la pitié pour le monde du travail qui manque ou qui est mal traité mais aussi jusqu’aux insultes exaltant les grandes "conquêtes grâce aux étonnantes transformations du travail au cours de ces dernières décennies.

Syndicats, bien sûr, partis, médias, droite, ex-gauche et prétendantes "gauche de la gauche" et -il ne pouvaient pas rater l’échéance- le pape. Tous pour plaindre ou enfoncer le couteau dans la plaie ou bien pour dire -même entre les lignes- "eh bien les gars, ce ça le capitalisme du troisième millénaire; qui d’entre vous sera brave et bon il aura une récompense, autrement que dalle».

Mais ce qui est le plus perfide est que tous les discours produisent un seul RÉSULTAT: dissimuler les faits et les responsabilités qui ont amené les travailleurs d’aujourd’hui à être moins protégés ou réduits à des conditions de travail et de vie qui rappellent le XIX siècle. Alors qu'est-ce qui a produit ça? À qui appartient cette responsabilité? Résumons ici en quelques point les réponses à ces questions.
1) Hélas l’histoire est bourrée de périodes de guerre contre les travailleurs (souvent déguisés en guerre au brigandage, à la subversion anarchiste, socialiste et communiste, aux classes dangereuses "sauvages" qui sont contre le progrès, etc. La dernière guerre aux travailleurs a commencé juste après les grandes conquêtes des luttes étudiantes, ouvrières et populaires des années 68-1972.

Après ces luttes le patronat a commencé s revanche à partir de la phagocytation des leaders des syndicats dans les conseils d'administration des entreprises publiques et parapubliques et parfois meme dans le privé. C’est à qu’on assiste au début de la dérive vers une cogestion qui devient de plus en plus collusion avec les intérêts du patronat et l’industrie d’Etat. Dès lors, les représentants des syndicats sont aussi dans les conseils d’administration de nombre d’institutions de l’Etat, de nombre de fondations et banques. Et voilà que le patronat obtient facilement l’accord des syndicats aux choix imposés par la «révolution libériste» qui commence dans ces années soixante-dix et se développe davantage et de plus en plus en vitesse dans les décennies suivantes.

Une «révolution» qui est tout d’abord technologique et financière, et permet soit les spéculations financières complètement détachées des tendances de la production passant aussi par les paradis fiscaux, soit la robotisation et le démantèlement des unités de production grandes et moyennes faisant recours aux délocalisations à courte et puis à longue distance. Un démantèlement qui évidemment touche en premier les travailleurs, c.-à-d. leurs agrégations (et densité dynamique) donc même leur pouvoir de négociation les mettant dos au mur avec la menace de chômage. Autrement dit, le patronat et les groupes financiers ont profité de la révolution technologique pour avoir la grande revanche par rapport aux conquêtes des travailleurs dans les années dans les précédents.


2) Face à de bouleversement gigantesque de toute l’assise économique et sociale de ce qui était la société industrielle et en particulier des positions du prolétariat industriel, dans la majorité des cas, les syndicats ont cogéré ce processus, se contentant de négocier les préretraites, les fins de service, les indemnités de chômage économique etc. Ils n'ont jamais demandé une loi pour contrôler le démantèlement des industries, les délocalisations et leur jeu de la production dans les "pays tiers" en totale violation des normes de l'UE, et aucune commission d’enquête et répression du recours de tous les patrons et banques aux paradis fiscaux alors que cela était bien connu depuis les années quatre-vingt.

Toutes les grandes firmes (à commencer par Benetton, Vuitton et presque toutes les firmes européennes) ont réalisé d’énormes profits grâce à cette violation de la réglementation européenne interdisant la production de biens "finis" déjà avec étiquette en dehors des zones douanières et meme dans sous-douane. Ils n’ont jamais été condamnés pour cela et les syndicats n’ont jamais demandé une loi et une commission d’enquête à ce propos, alors que presque tous les secrétaires nationaux des syndicats soient devenus députés européens. Et aucun contrôle du recours aux paradis fiscaux a été demandé, alors que depuis les années 1980 il était connu que les payements pour les délocalisations passaient par la Suisse et les autres paradis fiscaux que les médias ont découvert après le dévoilement par des lanceurs d’alerte en plus persécutés. Alors qu’est-ce qu'ont-ils gagné les syndicats avec la cogestion de la grande transformation libériste du travail? En réalité ceux qui ont gagné ce sont les élites ouvrières qui ont pris part à ce processus ; leur corruption a atteint le résultat historique voulu par le patronat; affaiblir énormément sinon annuler le poids des syndicats.

Ainsi, à la suite du démantèlement des industries au cours des dernières années, on a été assisté à des scènes qui rappellent le 19ème siècle: des travailleurs qui se suicident ou menacent de se suicider, invoquant la miséricorde, comme le disait au XIXe siècle la chanson "nous irons à Rome pour crier au pape et au roi que la misère est là".
Aujourd'hui le pape sort des discours ainsi que son encyclique Laudato sì invoquant justice sociale et le sauvetage de la planète face au risque de catastrophe planétaire de l'écosystème. Mais qu'est-ce que l'église a fait non seulement au cours de deux millénaires, mais aussi récemment et aussi hic et nunc? N'a-t-elle pas participé avec les dominants à la production de profits que pour eux ? Ne joue-t-elle de privilèges payés par les contribuables?

Enfin, la dérive de l’ex-gauche et des dirigeants syndicaux nous a conduits à la situation actuelle qui semble vraiment être la plus inquiétante de l’histoire de l’humanité. Le spectre du 21ème siècle consiste dans l’idée que la surpopulation ajoutée au réchauffement climatique causerait également de plus en plus de migrations désespérées. Les dominants réagissent se construisant des espaces sûrs et finançant les navettes spatiales pour abandonner la Terre s’ils se sentent trop de menacés. En meme temps des militaires passionnés par les promesses de la néo-ingénierie pensent rassurer la domination libériste avec des projets de guerres climatiques qui provoqueraient des génocides et la mort de quelques milliards d’êtres humains.

Comme toujours, les désastres et les catastrophes touchent surtout les populations les plus défavorisés et les dominants des pays riches incitent leurs travailleurs à s’aligner contre les peuples des pays tiers et donc contre les migrants (c’est le travail des Trump et Salvini). Ainsi, on demande à la population es pays riches de soutenir l’élimination de la population "en excès" ou classée comme indésirable, bref la version libériste de la thanatopolitique.

Hélas l'unité des travailleurs à l'échelle mondiale, comme le souhaitaient les artisans du 1er May et de la lutte internationale des travailleurs n'a jamais été construite. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par les défaites des luttes des dominés, les massacres et les génocides. Mais l'instinct de survie lui-même et la violence du pouvoir provoquent toujours la Résistance (sauf lorsque les gens sont totalement écrasés au point de ne plus avoir la force ni la capacité de comprendre et de réagir, comme dans le cas des internés dans les camps de Shoa). Les résistances donc se reproduiront toujours et il est probable qu'elles auront tendance à devenir de plus en plus violentes, tout comme le crime contre l'humanité provoqué par les lobbies et les dominants de chaque pays deviendra de plus en plus dévastateur. Dans ces résistances, il est aussi probable que la modalité black bloc sera généralisé, voir courant et spontané pour la majorité des participants avec également le recours aux armes à feu par des manifestants et non seulement par de petits groupes. C’est à cela que sont en train de pousser les dominants du XXI siècle.

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