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Billet de blog 3 avr. 2018

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L'Europe (à travers l'Italie) continue à vouloir éliminer les bateaux des ONG

Pour exécuter les expulsions collectives des migrants en Libye, l’Union européenne veut que l’Italie élimine les bateaux des ONG qui essayent encore de sauver les survivants.

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Comme on peut le voir grâce au reportage de Pino Finocchiaro sur RaiNews24, le bateau Acquarius de Sos Méditerranée a avait signalé au centre di coordination italien pour les opérations de recherche et secours de Rome (MRCC) d’être en train de sauver un pneumatique de migrants à risque de couler. Mais, le MRCC a tout de suite communiqué à cette ONG de ne pas s’occuper de récupérer les naufragés, que l’opération été confiées aux libyens et de ne pas interférer avec l'action de ceux-ci. Le bateau militaire libyen Al Khifra 206 a laissé les gens de l’Acquarius seul l’immédiat secours aux naufragés les plus fragiles (un nouveau-né et quelques enfants au total 39 personnes). Tous les autres, environ 90, ont été pris par les libyens et amenés en Libye. L’Aquarius a été alors éloigné et a pu aller en Sicile arrivant à Messine à 15h du 2 Avril. Il apparaît évident que l’ordre des autorités italiennes est en réaction au fait que l’Aquarius avait effectué des autres sauvetages et qu’on a voulu stopper que cela continue. Désormais il apparaît net que personne doit violer le principe que seule la garde cote libyen soit maitre de la gestion des migrants entre Libye et Sicile. Passé le moment des protestations internationales à la suite de l’attaque armée libyen contre l’Open Arms – le bateau de l’ONG espagnole le 15 mars (accusée de criminalité organisée et d’autres délits mais qu’ensuite a du être relaxée), maintenant les autorités italiennes, sous la pression de celles européennes, veulent rétablir l’ordre. Un ordre qui se traduit dans le fait de confier au tortionnaires libyens les migrants. A noter que, comme on peut lire dans les actes judiciaires concernant le cas de l’Open Arms, c’est le bateau militaire italien Capri -installé dans le port de Tripoli- qui a communiqué à l’MRCC de Rome la décision de l’intervention libyenne contre l’ONG espagnole. Autrement dit, selon le magistrat qui a relaxé l’Open Arms, la coordination des bateaux militaires libyens de facto dépend de la Marine Militaire italienne qui agit avec ses bateaux et avec ceux qui a fournit aux libyens. Ce fait apparaît encore plus grave vu que le 12 février un rapport signé par le Secrétaire général de l’ONU avait accusé la Garde côtière libyenne de ne pas respecter les droits des migrants sauvés, stigmatisant aussi l’intervention de novembre “quand des militaires libyens ont matraqué  les migrants avec des cordes, les menaçant avec des armes etc. L’Italie ne devrait pas ramener des réfugiés demandeurs d’asile en Libye, car cela se configure comme un repoussement, interdit par la convention internationale de Genève (jamais souscrite par la Libye). Déjà en 2011 le gouvernement italien a été condamné, pour un épisode de 2009, par la Court européenne des droits de l’homme. Nombre de juristes (au début vingt neuf) de plusieurs universités européennes ont signé un document demandant que l’Italie “cesse sa politique de retours forcés en Libye”, affirmant aussi d’être prêts à porter plainte contre ce pays devant la Court International pénale et le Conseil de sécurité de l’Onu. Par ailleurs même un magistrat de la Court de Cassation italienne a publié un article expliquant les doutes sur l’accusation vis-à-vis de l’ONG espagnole de la part d’un magistrat du tribunal de Catane, connu pour ses tentatives de criminaliser la solidarité. Sophie Beau, de Sos Méditerranée fait savoir: «Nous demandons aux autorités européennes et internationales de préciser tout de suite le cadre d’intervention de la Garde côtière libyenne dans les eaux internationales. Les actuelles conditions de sauvetage en mer, toujours plus compliquées et avec des transferts de responsabilités confus et dangereux durant les opérations, sont inacceptables. Les bateaux de sauvetage sont contraints à négocier, cas par cas, l'évacuation de personnes en difficultés. On donne la priorité à renvoyer en Libye des gens en grave difficulté plutôt qu’à leur mise en sécurité".

Comme l'affirme Fulvio Vassallo Paleologo de l’ADIF, lors des débarquements des migrants en Libye étaient présent le Croissant Rouge et l'UNHCR. C’est donc à eux qu’on demande quel est le sort des gens amenés en Libye e du regroupement familial bafoué. Les opérations de resettlment qui avait vanté l'UNHCR n'ont touché que 1000 personnes; les couloirs humanitaires que quelques centaines; en revanche 18 000 personnes ont été prises par les libyens en mer et jetées dans les lagers. Le reste sont 15 000 déportations volontaires gérées par l’OIM vers les pays du Sahel et la Nigéria et encore centaines de milliers qui restent coincés dans des conditions inhumaines. En Libye tous les migrants sont "vulnérables". Les pays européens sont en train de piétiner la Convention de Genève.

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