Italie: le refus du MES monte et le gouvernement risque de tomber

Plus de 70 économistes italiens parmi les plus qualifiés ont signé un appel au gouvernement et au président de la République afin que l’Italie refuse d’accepter le MES (Mécanisme Economique de Stabilité) car il n’est qu’un instrument de contrôle de bureaucrates -non élus- qui ne sert pas à une nouvelle modalité de gestion financière allant bien au-delà de la conjoncture pandémique.

Voici l’appel publié par repubblica-micromega  On ajoutera à la fin quelques autres informations

L’Italie ne doit pas approuver un mécanisme qui reproduit la logique du passé, qui s’est avérée manifestement erronée. En outre, accepter cette réforme signifierait réduire les interventions innovantes décidées pour lutter contre la pandémie à une exception, en attendant de revenir le plus tôt possible à des politiques qui menacent la survie même de l'Union. Le gouvernement italien s'apprête à approuver la réforme dite du MES (Mécanisme européen de stabilité). Une réforme préparée avant le déclenchement de la pandémie et qui répond à la logique de la «vieille» Europe, celle qui a dramatiquement échoué à gérer la crise grecque et qui a également commis une erreur face aux conséquences de la crise de 2008, reléguant l'un des espaces économiques les plus riches du monde à une stagnation substantielle de dix ans.

La crise pandémique semble avoir provoqué une réflexion saine quoique tardive, avec le déploiement d'outils jusqu'alors rejetés. Mais cette réforme, en raison de ses caractéristiques, suggère que nous voulons reléguer ce changement au caractère exceptionnel de la situation, pour reprendre, une fois l'urgence déclarée, ces mêmes schémas qui se sont avérés sensationnellement infructueux. Même les hypothèses sur une autre réforme importante, celle du Pacte de stabilité, renforcent cette lecture. Le MES, issu d'un accord intergouvernemental, est étranger au système juridique de l'Union, et cette réforme renforce son rôle vis-à-vis des organes de l'UE, renforçant encore le caractère technocratique de la gestion de l'Union. Le drame est que l'augmentation de ce rôle se fait au profit d'une technocratie qui s'est déjà révélée largement insuffisante dans les choix de politique économique.

Même des personnalités de foi pro-européenne incontestable, comme le président du Parlement européen David Sassoli et l'ancien Premier ministre italien Enrico Letta, se sont prononcés en faveur d'une refonte radicale de ce mécanisme, qui devrait être ramené dans l'ordre communautaire. D'autres, en revanche, comme le membre luxembourgeois du conseil d'administration de la BCE Yves Mersch, ont explicitement précisé que le MES ne sert pas à «sauver les États» - ce qui serait impossible sans l'intervention de la Banque centrale européenne - mais à les soumettre à sorte de «mise sous séquestre» à travers les fameuses «conditionnalités». Mersch en est venu à menacer une bataille pour freiner l'action de la BCE, ce qui est d'une importance fondamentale surtout à ce stade, si les pays européens ne recourent pas au MES. On ne saurait expliquer plus clairement que le MES n'est pas un instrument d'aide, mais de contrôle, un contrôle confié à des agents sans aucune légitimité démocratique et dont la mission statutaire est d'agir «dans l'intérêt du créancier», quelles qu'en soient les conséquences provoquées au pays sous son autorité.

Dans le Mouvement 5 étoiles, qui a jusqu'à présent été le seul parti de la majorité au pouvoir à s'opposer à l'approbation du MES, maintenant a tendance à donner le feu vert à la réforme pourvu que l'Italie n'aura pas recours au MES. Cette idée est une erreur. Le Mes doit être rejeté «sans si et sans mais», ainsi que l'affirmation selon laquelle le prêt santé aurait des conditionnalités légères voire inexistantes, ce qui n'a pas de confirmation dans les règles, qui n'ont été modifiées d'aucune façon. Le problème le plus important est précisément le feu vert pour une réforme qui reconfirme une ligne européenne ratée, qui, en perspective, met en danger la survie même de l'Union. Toute réforme sérieuse de l'ordre européen doit prévoir l'abolition du Mes. L'Italie ne doit pas manquer l'occasion d'affirmer fermement ce point. L'histoire de l'Italie au cours des trente dernières années est caractérisée par des jonctions critiques dans lesquelles des réformes apparemment techniques et mineures ont fortement conditionné les développements futurs et ont fortement limité la discrétion politique nationale, la livrant à des «contraintes extérieures».

Ces réformes ont été adoptées sans que l'électorat soit suffisamment informé et conscient des enjeux, souvent avec des arguments spécieux comme la nécessité de ne pas perdre sa «crédibilité» face aux partenaires européens. Nous sommes convaincus que la réforme de la Mes représente l’un de ces points cruciaux et qu’il est nécessaire d’y opposer le veto. Non seulement parce qu’aucune des demandes italiennes n’a été acceptée - en particulier l’activation simultanée de la garantie européenne sur les dépôts bancaires - mais surtout pour affirmer fermement qu’il faut se débarrasser de la «vieille» politique, et que les mesures prises pour faire face à la crise pandémique ils ne doivent pas être une exception destinée à s’épuiser, mais la base d’une politique.

Ajoutons que l'absurdité de ce gouvernement est qu'il n'arrête pas d'hésiter et de décevoir son électorat. Outre que pour ce qui est du MES, l’autre fait considéré grave est que le gouvernement refuse de discuter de l'impôt de 2% sur les patrimoines supérieurs à 500 mille euros alors que même au sein du Parti Démocratique et du Mouvement Cinq Etoile nombreux sont ceux qui le demandent. Entretemps les droites proclament de refuser le MES et gagnent consensus.

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