L'acharnement de la surexploitation ou la fureur de la thanatopolitique libériste

Les cas de surexploitation récemment découverts en Italie montrent qu’il y a un développement du phénomène qui se configure comme l’émergence d’économies souterraines transnationales mêlées au trafic de migrants au bénéfice non pas seulement de petit patrons et leurs caporaux mais aussi des grandes entreprises. Plus que la «fureur de vivre» semble prévaloir la «fureur de laisser mourir»

(article de Gianni Giovannelli et Salvatore -Turi- Palidda publié aussi sur effimera.org)

Ceux qui sont imprégnés du discours dominant ne voient qu'une représentation de l'économie et du social qui semble satisfaisante, postmoderne, presque un atterrissage heureux, même si quelqu'un le dit malgré tout (c’est le cas du rapport CENSIS titré «Fureur de vivre»). Au contraire, dans la réalité nue et crue d'une grande partie de la population, om observe une fureur de surexploitation, de formes de néo-esclavagisme et de conditions de vie insoutenables. C'était bien prévisible: le développement libériste tend à exacerber tout, à la fois le libre arbitre du maître, du sous-patron et du caporal, celui des lobbies et des banques, et celui des abus et violences des policiers qui ne préfèrent que ces modalités. Nous savions que le soi-disant développement du travail indépendant des immigrés tendait à produire un caporalat ethnique idéal pour la surexploitation et le néo-asservissement d'immigrants de même origine que ces caporaux. Mais maintenant, il s'avère que la réalité est allée au-delà de l'imagination: l'affaire Fincantieri montre qu'il existe également un caporalat transnational qui non seulement verse les pots-de-vin pour obtenir des contrats et organiser le recrutement et l’encadrement des travailleurs leur administrant aussi la Yaba (la "drogue d'Hitler") pour obtenir la productivité maximale (sauf lorsqu'ils finissent par se suicider, comme cela est arrivé à certains travailleurs agricoles Sikhs dans la campagne de Latina/Rome).

            Le nouveau cas Bolondi montre explicitement comment la surexploitation se combine avec tous les éléments caractéristiques des économies souterraines et comment celles-ci affectent non seulement les immigrés, mais aussi les travailleurs italiens (une gifle à ceux qui crient "d'abord les Italiens"). En fait, son système consiste à imposer un "contrat roumain" également aux Italiens contraints à accepter 300-500 euros par mois travaillant parfois meme 12 heures par jours ; à cela s’ajoute l'évasion fiscale et sociale et la collusion avec la mafia. Et comme par hasard d'autres entreprises mènent même une campagne de publicité offrant tous les services pour permettre aux patrons d'utiliser ce «contrat roumain» et donc toutes sortes d'évasion fiscale et toutes sortes de contributions, puis le blanchiment d'argent et d'autres délits, jusqu'à plus de 14 des millions de fraudes (probablement beaucoup plus).

Mais comment les sous-traitants de Fincantieri, les caporaux de Latina, M. Bolondi et bien d'autres ont appris la pratique de ces méthodes de mise en œuvre des économies semi-souterraines et néo-esclavagistes?

 

La formation des professionnels des économies souterraines

Alors que des sociologues célèbres louaient le génie italien des "districts", de la "troisième Italie" et du "made in Italy", déjà dans les années 1980 et encore plus dans les années 1990 les économies souterraines et le caporalat "postmoderne" puis celui dit "ethnique" se sont développés. Entre Florence et Prato, des Chinois ont pris la place des artisans et petit patrons locaux jusqu'à développer un énorme "district" semi-souterrain et le nouveau esclavagisme pour produire à la fois pour les grandes marques et pour le commerce ambulant appelé abusif. La même chose s'est produite dans la région de Naples et aussi dans la vallée du Pô, alors que la soi-disant chasse aux vendeurs de produits dits de contrefaçon a commencé ; il s’agissait et il s’agit de produits qui en réalité sont complètement égaux à ceux vendus dans les boutiques de luxe des grandes marques (qui ont en fait déclenché cette chasse en faisant pression sur les maires et la police locale et nationale -ce qui est devenue une distraction de forces des police à l’égard d’une infraction administrative qui ne devrait concerner que la vente ambulante sans licence alors que est surchargé de recel et d’autres délits). Parallèlement, une nouvelle foule de professionnels s'est spécialisée dans l'offre de services aux entreprises afin de faciliter les délocalisations en cascade tant en Italie que dans différents pays dits "tiers". Truands postmodernes et personnes qui avaient l’expériences des escroqueries, de l'évasion fiscale et divers délits financiers, parfois "exilées" dans les différents pays pour échapper aux condamnations mais restés liés à des partenaires en Italie. Des personnes capables de trouver à qui vendre une fabrique de chaussures entière en Tunisie ou en Roumanie et ailleurs ou capables de trouver partout des sous-traitants de la production de prêt-à-porter, de chaussures etc. et également en mesure d'organiser des transferts de paiements via les banques suisses ou les divers paradis fiscaux. A petite échelle ou parfois arrangée au mieux, ça été une sorte d'imitation du système Benetton qui produit tout délocalisant avec connivences de douanes à l'étranger et en Italie (pour éviter le délit de violation des règles communautaires), avec ses «plateformes» où il distribue le travail jusqu'à aux travailleurs à domicile dans des villages tunisiens isolés ou dans de grandes usines telles que le Rana Plaza - Bangladesh - qui s'est effondré en 2013 avec 1.129 victimes et environ 2.515 blessés. Même certaines petites entreprises de la région de Varese ont externalisé leur production de sous-vêtements déjà au début des années 1990, même si le propriétaire ne parlait aucune langue étrangère et ne savait rien du fonctionnement de sa propre délocalisation. Des intermédiaires qualifiés se sont occupés de tout pour lui à des coûts très avantageux étant donné les hauts gains réalisés grâce à ce système, y compris l'évasion fiscale. Paisible et heureux, lui n'a rien d'autre à faire que de profiter des avantages de ce système sans les tracas des rapports avec les employés, gardant son usine au point mort, super propre et super moderne, uniquement pour emballer les marchandises.

En d'autres termes, la grande masse des délocalisations petites, moyennes et grandes ne s'est pas développée grâce au saint esprit ou simplement par hasard et improvisation. Son principal acteur artisan de ce processus a été une nouvelle génération de professionnels des économies souterraines à l’échelle transnationale profitant du manque de contrôles de la part des douanes et des polices, voire des autorités publiques nationales et européennes. Rappelons que jamais les grandes firmes ont été mis en accusation pour la fraude communautaire que depuis toujours n’arrêtent pas de pratiquer (on ne peut produire à l’étranger que sous-douanes /off-shore que des produits semi-travaillé alors que la finition devrait être faite dans le pays dont il porte l’étiquette en revanche la marchandise part prête à aller directement dans les boutiques de n’importe quel pays avec l’étiquette «made in … les pays de la firme»).

La formation de ces professionnels des économies souterraines à l’échelle transnationale s’est accompagnée de la formation du caporalat lui aussi transnational ou dit ethnique en tant que recruteurs, chefs d’équipe ou de chantier, parfois faisant partie de "chaînes migratoires" ou en liaison avec des trafiquants de migrants. Et voilà que le caporalat dit ethnique arrive aussi à assurer la sous-traitance de plus en plus choisie comme l’aubaine pour les grandes et moyennes entreprises. Puis les comptables des économies souterraines et en partie avec un façade légale ne manquent pas pour assurer toutes les diverses pratiques pour échapper aux impôts et toutes sortes de taxes. Les professionnels sont capables de soudoyer les contrôles douaniers, les inspections fiscales ou du travail et autres au bon moment et dans le juste engrainage, aussi bien en Italie (comme dans le reste de l'Europe) qu'à l'étranger.

L'affaire Fincantieri mérite l'attention pour l'étonnante articulation des activités entre licite et criminel.

Alì Md Suhag, bengali âgé de 35 ans, est le propriétaire de Venice Group srl. qui a effectué des travaux sur de grands bateaux chez Fincantieri di Marghera (près de Venise). Il est devenu l'une des figures clés de l'enquête judiciaire qui a découvert une série de faits assez éclatants. Afin d'obtenir les contrats de Fincantieri, leur renouvellement et la couverture par les fonctionnaires de cette grande entreprise à l'égard de divers illicites, Ali Md Suhag a donné des cadeaux et des sommes considérables à ces personnages. De toute évidence, les questions qui se posent sont: comment ce Bengali de 35 ans est-il devenu le patron de cette entreprise, comment a-t-il établi des relations et des compromis avec les responsables de Fincantieri? Et pourquoi ces fonctionnaires ont-ils favorisé ce sous-traitant? Constatant que le même type de phénomène affecte également les autres sites de Fincantieri, force est de constater que l'habitude de privilégier le choix de ce type de sociétés sous-traitantes se développe depuis longtemps, tout d'abord parce qu'elles proposent des services à moindre coût que les sous-traitants italiens, une productivité plus élevée et aussi parce que les fonctionnaires tirent un avantage direct notable en cadeaux et en argent. Mais Ali Md Suhag, avec son savoir-faire ne tombe pas du ciel, est un entrepreneur qualifié qui a parfaitement appris à naviguer dans le monde libéral transnational, d'abord à travers l'expérience des délocalisations au Bangladesh puis dans le monde de l'immigration en Italie où il a bien compris comment l'offre de main-d'œuvre immigrée peut être très attrayante jusqu'à devenir une aubaine. La même chose a été découverte par les dirigeants de Fincantieri qui depuis des décennies ont commencé à préférer la sous-traitance, réduisant de plus en plus les employés directs à durée indéterminée et cultivant favorablement les sous-traitants qui emploient également des travailleurs italiens et étrangers, meme au noir. Et pour Ali Md Suhag il a été facile de se connecter avec des recruteurs de nouveaux immigrants prêts à supporter n'importe quel sacrifice, y compris la «drogue d'Hitler» pour augmenter leur productivité. Une drogue qui, comme par hasard, fournit un trafiquant d'immigrants bengalis qui trafique également la drogue. Et Ali Md Suhag a besoin d'une productivité maximale pour respecter l'accord avec Fincantieri et surtout pour maintenir la bonne entente avec les fonctionnaires afin qu'ils soient bien satisfaits et disposés à accorder encore plus. L’encadrement de ces travailleurs est celui de la «cage ethnique» qui oblige à accepter tout sacrifice, donc même 3-5 euros de l'heure et peut-être 12 heures par jour et avec un paiement forfaitaire à la fin du chantier. Ali Md Suhag réduit les coûts de main-d'œuvre au minimum et augmente la productivité avec le Yaba (la drogue d'Hitler) car, dit-il, il doit verser des pots-de-vin très élevés aux fonctionnaires de Fincantieri afin de ne pas perdre le contrat. Il convient de noter que cette drogue a des conséquences graves et, dans plusieurs cas, elle conduit au suicide comme cela a été établi dans le cas des Sikhs.

Dans cette histoire, Fincantieri (de Marghera, Monfalcone et Gênes), il est clair qu'il ne s'agit plus du petit patrons et de son caporal, mais d'un système d'économie semi-souterraine cultivé par les grandes sociétés comme Fincantieri qui profitent du caporalat transnational capable même de droguer ses travailleurs pour augmenter leur productivité. Rappelons que jusqu'à présent, il a été affirmé que le caporalat n'était qu'un phénomène de petites propriétés, oubliant que les grandes marques ont des usines chinoises ou napolitaines qui utilisent ce système de surexploitation.
La même chose peut être dite pour les entreprises apparemment respectables de la "Valle della Gomma" qui produisent des joints pour les grandes marques de voitures européennes utilisant des familles à la maison "arrache joints" pour 2 euros pour mille pièces.

L'affaire Bolondi montre une pratique rodée de contourner les contraintes légales pour maximiser les bénéfices à investir dans l'immobilier (Bolondi est résident en Suisse). Le stratagème est à nouveau transnational dans le sens où il fait appel à une entreprise de travail intérimaire (fausse) située en Roumanie qui fournit le «contrat roumain» même pour les travailleurs italiens payés selon les tarifs roumains et sans aucune cotisation ou taxes. Les travailleurs ont donc été contraints d'accepter 300 euros par mois sinon ils étaient immédiatement licenciés. M. Bolondi, qui aurait évadé au moins 14 millions d'euros, avait ainsi accumulé des biens dans plusieurs villes (120 biens immobiliers saisis par la magistrature). Son habilité consistait à créer un réseau de consortiums et de coopératives à travers lequel recrutait de la main-d'œuvre à des conditions de surexploitation selon un faux «contrat roumain». «L'histoire criminelle» de Bolondi commence au début des années 1990, lorsque l'entrepreneur débute avec la collecte de ses premiers problèmes judiciaires pour des délits contre l'administration publique, le patrimoine et l'évasion fiscale, «mettant ainsi en évidence une capacité délinquante raffinée et obstinée» (écrit-il le police financière). Mais le recrutement dans les coopératives était évidemment assuré par des caporaux opérant dans la région de Pavie.

Bolondi était connu déjà au cours de ces dernières 25/30 ans; souvent il a été visé pour nombre d’articulations de sociétés de cet étonnant personnage, à l’occasion de procès en justice en défense des travailleurs. Il jouait aves des contrat et sous-traitances dans la zone est et sud de Milan; à l’époque il avait contacts avec l’alors puissant parti socialiste (de Craxi). A Pavia était connu comme le «ras des coopératives». A San Giuliano Milanese il avait fait l’objet de plusieurs contentieux syndicaux. Il a toujours mobilisé un nombre de bras de considérable dimension, s’appuyant presque toujours sur des dirigeants syndicaux disponibles à le suivre. Dans cde monde il y avait aussi un syndicaliste ex-responsable de la CGIL qui travaillait dans la zone sud avec ses coopératives. Il ouvrit aussi un night (For a king) à l’intérieur de l’Ortomercato (les Halles de Milan); il était associé avec Salvatore Morabito, de la famille de Giuseppe, l’un des boss de la ‘ndrangheta. Il semble qu’il avait mis de côté plusieurs millions d’euros en 2010 tirés de ses bénéfices sur les contrats de sous-traitance. Et il s’occupait aussi du rapport argent liquide-drogue. Il a été condamné à huit ans, désormais il devrait être en liberté. Voilà le monde quel frolait aussi Bolondi. Lui a toujours eu fureur de ramasser l’argent. En tout cas des gens comme Bolondi ou ceux de la ‘ndrangheta ne se posent pas des questions, pour eux à la limite il n’y a que des dommages collatéraux.

La justice et le ministère du travail n’ont jamais investigué à fond pendant trente ans sur les concrètes modalités et sur les rapports personnels qui lui ont permis l’acquisition des contrats. Il faut dire que Bolondi a été toujours très habile à cultiver les bons rapports avec les résidents des territoires dans lesquels il agissait, évitant de provoquer des fractures éclatantes parmi les travailleurs et se limitant à organiser des instruments sociétaires variés. Le network des coopératives d’évasion des contributions sociales permettait par ailleurs la pratique de considérables remises aux commanditaires des contrats. Mais ce n’était pas la seule raison. Je pense que suivant en détail le flux d’argent on puisse arriver à dénicher les dépôts au noir, voir l’argent caché. Un schéma (mais il n’est pas facile trouver la preuve) prévoit la surfacturation au commanditaire, des sorties d’argent simulées (achats, faux payements à des sujets inexistants, etc. etc.), crac de la sous-traitance, entrées de liquide, restitution au commanditaire/complice d’une partie des sommes surfacturées. Ainsi tout le monde dispose d’une réserve de contant au noir sans laisser trace. Dans la zone de San Giuliano sont présents aussi des structures de la mafia sicilienne et de la ‘ndrangheta calabraise qui se servent beaucoup des rapports avec les banques. Maintenant les juges ont séquestré 120 immeubles de Bolondi; mais il n’est pas dit que l’acte d’accusation résistera jusqu’au bout, vue le dense réseau qui tourne autour de l’argent en mouvement. Il est certain que Bolondi n’agissait pas seul à son propre compte.

Le système Bolondi est probablement plus répandu qu'on ne le pensait, à tel point qu'en 2015, une agence d'intérim à Modène avait même lancé une campagne de publicité pour proposer aux travailleurs à «contrat roumain» disant: «Sortez de la crise! Réduisez les coûts! Avec des intérimaires sous contrat roumain ... Qu'attendez-vous pour économiser 40% et bénéficier d'une flexibilité maximale. Aucune cotisation sociale. Aucune indemnité de départ, treizième et quatorzième salaire éliminés. Votre entreprise n'a qu'à payer 11 mensualités et pas 14 plus Traitement de fin rapport de travail comme vous le faites. Et en tout cas pas d'avance par TVA car nos factures sont des factures communautaires».

Comme le raconte Franco Zavatti, de la CGIL Émilie-Romagne, il s'agit d'une embauche illégale. Le W.S. Agency était une agence de travail temporaire agréée par le ministère du Travail, de la Famille et de la Protection sociale (avec l'ancien ministre Poletti du gouvernement Renzi, l’inventeur du job act, ancien cadre des coopératives autrefois «rouges»). L'agence de placement temporaire utilise le fait que: "Le sujet, qui opère dans toute l'Italie, est enregistré en Roumanie et agit - de manière illégitime - dans le cadre de la législation de l'UE, se faisant passer en société européenne. En réalité, pour opérer en Italie, l'entreprise doit se conformer aux lois italiennes. Mais il ne manque pas d'entreprises qui acceptent l'offre de ce genre d'agences d'intérim car d’autres le font et les contrôles de la Guardia di Finanza et des enquêtes judiciaires sont rares. Cela prouve que les contrôles sont absolument inadéquats malgré le fait que depuis des années les gouvernements tentent de lutter contre l'économie souterraine, la fraude fiscale, etc. Le genre d'agences d'intérim tel que celle mentionné est prêt à proposer également d'embaucher les salariés de l’entreprise qui s’adresse à eux «en devenant le nouvel employeur de vos salariés actuels, et pour ce qui concerne les salaires -presque divisées par deux-, ils respecteraient le payement grâce à une "garantie bancaire constituée» auprès d’une banque italienne. Les 5 secteurs couverts par cette offre sont "comme par hasard -selon la CGIL- les plus exposés aux malversations et au recyclage avec les triangulations internationales: transport routier, tourisme, construction, mécanique et secteur de la santé, avec médecins, infirmières et soignants". "Ces formes illégitimes d'extorsion ne circulent pas seulement en Émilie-Romagne", explique la Chambre de travail de Modène. Selon les données recueillies par le bureau de légalité de la CGIL, «il apparaît qu'en Italie du Nord ils existent 6 à 7 agences de ce type. A tout cela s’ajoute l'utilisation de plus en plus fréquente de l'offre directe de main-d'œuvre déjà bien exploitée, comme les équipes qui ont travaillé dans les sites du tremblement de terre d’il y a quelques années en Émilie, à 8 € de l'heure tout compris, et les équipes calabraises de sous-traitants. L'enquête Aemilia a mis en évidence les liens directs avec la ‘ndrangheta, un phénomène similaire à ce qui a également été découvert en Lombardie et à celui relatif à la main-d'œuvre casalese envoyée pour gérer des segments de production entiers dans le secteur agroalimentaire. Remarquons que meme Zavatti déclare enfin qu'il y a une forte pénétration criminelle de la mafia dans les économies locales du Nord et la déréglementation massive des relations et des méthodes de travail. Recyclage, création d'entreprises fictives, fausses coopératives, corruption, délits environnementaux, recours à l'embauche illégale: "Toutes les activités économiques illégales - dit Zavatti - qui frisent les affaires des mafias importés et indigènes" ou, dirions-nous, bien intégrées dans l'humus des régions riches.

Et ici on a la confirmation du fait que c’est en Lombardie et dans le Nord que se situe le gros de l’évasion fiscale d’Italie, comme le montre l’image qu’on peux voir dans ce Link.

Malheureusement, on n’a pas de recherches approfondies sur cet univers d'économies souterraines et sur la façon dont les grandes entreprises, les lobbies et les autorités politiques et financières sont tous complices et bénéficiaires de cet univers qui n’est pas officiellement comptabilisé -même si pas entièrement- dans le PNB national de chaque pays. Rappelons que Marx et certains marxistes ont suggéré que le capitalisme se nourrit toujours de l'entrelacement du légal et de l'illégal ou de ce que nous pouvons appeler l'anamorphose de l'État de droit qui légitime aujourd'hui le néocolonialisme même au sein des pays dominants. Contrairement au slogan «fureur de vivre» que propose l’institut de recherche (mainstream) Censis dans son dernier rapport annuel comme synthèse de la situation actuelle, on devrait parler plutôt de "fureur de tuer", comme la caractéristique du libérisme qui aujourd'hui met de côté même la biopolitique et favorise la thanatopolitique, c.-à-d. le laisser mourir les travailleurs dopés pour mieux les exploiter et les migrants qui tentent d'échapper aux dévastations de leurs terres d’origine.

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