Minniti, Salvini et Draghi: la continuité du néo-colonialisme italien

Le discours tenu par M. Draghi à Tripoli le 5 avril 2021 est une nouvelle page honteuse de l’histoire italienne soit parce que c'est une horrible insulte aux nombreux migrants morts ou torturés in Libye, soit parce qu’il représente la velléité de relance du néo-colonialisme italien

Le discours tenu par M. Draghi à Tripoli le 5 avril 2021 est une nouvelle page honteuse de l’histoire italienne soit parce que c'est une horrible insulte aux nombreux migrants morts ou torturés in Libye (voir sur Médiapart les article de Carine Fouteaux et de moi-même), soit parce qu’il représente la velléité de relance du néocolonialisme italien. En évidente concurrence vis-à-vis des visées russes, turques et françaises, Draghi est allé à Tripoli en soutien au nouveau gouvernement libyen, en accord avec les Etats-Unis.

Le néo-chef du gouvernement italien confirme ainsi sa cohérence néo-libérale et fait sienne aussi la volonté de continuité de l’objectif de défendre à tout prix les intérêts des multinationales italiennes à l’étranger. ENI et Leonardo sont ainsi rassurés : les installations pétrochimiques seront protégées, le commerce des armements sera soutenu, les visés pour l’accaparement des “terres rares” et autres ressources naturels en Libye et ailleurs seront encouragées.

Ça va sans dire que ces objectifs ne seront en rien embêtés par des préoccupations humanitaires. Avec mépris effronté pour les droits humains et la vie des migrants mister Draghi s’est empressé d’exprimer “satisfaction pour le travail de la Libye avec les sauvetages”; il a donc donné preuve d’incarner pleinement l’esprit néo-libérale qui renouvelle le principe: business is business; car ensuite lui -en tant que bon jésuite, ne manque pas d’aller se faire bénir par le Pape comme il a fait la semaine dernière, tout comme il n’a pas manqué de faire l’éloge des ONG que en Italie distribuent des aliments aux pauvres; bien sûr il ne remercie pas les ONG qui sauvent les migrants à risque de se noyer ou à risque d’être attrapés par les militaires ou les bandes criminelles libyennes (les deux souvent complices). On verra si le Papa et l’église catholique auront le courage de dénoncer le néo-libéralisme néocoloniale. Il est évident qu’avec le gouvernement Draghi l’Italie semble arrimer à une coalition nationale qui renoue l’ambition des velléités néocoloniales. Le destin des migrants apparait donc encore plus obscur, voir sous l’emprise de la thanatopolitique (le laisser mourir) de la part des dominants … La nécessité d’une nouvelle mobilisation pour les droits humains, contre le néo-colonialisme est plus que jamais urgente. 

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