Brutalités et tortures dans les prisons italiennes

Terrible tabassage et tortures de la part des gardiens de prison à Santa Maria Capua Vetere (région de Naples); des faits qui se répètent depuis 2001. Les brutalités de toutes les polices se superposent à celles des caporaux qui super exploitent les travailleurs sans protection et au risque d’accident mortels: le sécuritarisme de la domination néo-libérale au mépris des insécurités ignorées

Depuis presque deux semaines nombre de médias italiennes ont découvert le terrible tabassage et les tortures de la part des gardiens de prison à Santa Maria Capua Vetere (région de Naples), faits connus seulement merci à l’alerte lancée par les parents des prisonniers et la prompte plainte du Garant régional des prisonniers, Samuele Ciambriello (qui n’a pas de pouvoirs mais seule la possibilité d’alerter la justice). Les faits sont devenus très médiatisés merci aux réseaux sociaux parce que quelques magistrats et des agents de la police judiciaire ont fait correctement leur boulot arrivant à saisir et divulguer les vidéos de ces faits. On y voit 300 agents qui se mettent en couloir pour passer à tabac les détenus y compris l’un de leurs handicapé sur la chaise à roulette et d’autres à s’acharner à user la matraque pour en violer quelques-uns. Tout cela parce les prisonniers avaient protesté contre le manque total de protection face à la pandémie (c’était le 6 avril 2020).  

Pour une fois les médias se sont comportés plus ou moins correctement relançant les vidéos, des articles d’informations et des entretiens avec les parents des prisonniers et les associations de soutien à leurs conditions de vie. C’est l’énième démonstration que pour “devenir virale” la nouvelle doit passer par des images “fortes”. Mieux que rien on peut dire; pour une fois les réseaux sociaux et les médias ont diffusé une information importante pour la protection et les droits fondamentaux de tous les êtres humains.

Mais cette découverte tardive d’un épisode si grave laisse l’amer à la bouche aux personnes qui depuis toujours s’engagent pour cette protection et trop souvent ne sont pas écoutés, restent marginalisés e aussi mis au ban comme des extrémistes (ici on fait allusion à l’Osservatorio Repressione, à l’Associazione Contro gli Abusi in Divisa (Acad), à “Verità et Justice pour les Morts en Prison”, à Antigone, à l’association A buon diritto, au livre Malapolizia de Adriano Chiarelli (2011).

En effet les brutalités et les tortures dans les prisons et les différents lieux de détention en Italie font partie de la pratique qui systématiquement se reproduit. Et chaque fois qu’en on découvre la violence inouïe il est toujours illusoire penser qu’elles ne se répèteront pas. Comme le montre le livre 20 ans après les brutalités policières du G8 de Gênes c’est depuis 2001 que ces brutalités se sont répétées provoquant un nombre impressionnant de victimes pas du tout connu dans les 20 années précédentes.  Les noms et parfois les prénoms de quelques-unes de ces victimes sont désormais assez connus: notamment Carlo Giuliani, Stefano Cucchi, Federico Aldrovandi, et ensuite les dizaines des moins connus. À ceux-ci s’ajoutent ceux de la liste della liste encore plus longue des morts “dans les mains de l’Etat”, comme dit l’Associatione A buon diritto, c.-à-d. des morts en prison ou en arrestation comme est arrivé récemment à Emanuel Scalabrin, mort dans une cellule de sureté de la Caserne des Carabiniers d’Albenga (Ligurie). Et encore c’est le cas des 13 prisonniers morts pendant la révolte dans la prison de Modène (voir l’appel du Comité de Vérité et Justice et les articles de Lorenza Pleuteri).

La recherche même partielle sur les informations repérables sur le web concernant les cas de brutalités pratiquées par des agents de toutes les polices fournit millier de résultats qui se confondent avec les cas de corruption, d’abus et même de leur criminalité mais il ne s’agit toujours que de ce qu’a été découvert. Les cas de la caserne des Carabiniers de Plaisanceest emblématique mais assez similaire à d’autres cas. Ces cas sont nombreux et souvent pas connus car leur découverte est toujours difficile puisque les auteurs de ce genre de brutalités font partie de cercles sociaux et professionnels autoréférentiels qui légitiment ces comportements comme socialement et moralement juste et pas simplement pour “esprit de corps”. Ces faits sont donc habituels comme des comportements banals, aussi parce qu’ils sont très rarement empêchés et punis; au contraire presque toujours il y a la quasi-certitude de l’impunité accordée aux bourreaux. On l’avait déjà vu à l’occasion des violences et tortures contre les manifestants qui s’opposaient au G8 de Gênes. Ils ont fallu 16 ans de procès et enfin l’arreté de la Cour de Cassation et de la Cour éuropéenne pour arriver à la condamnation mais uniquement de quelques responsables et auteurs ce ces pratiques et à des peines plutôt modestes. Comme le rappelles le juge Enrico Zucca le sabotage de l’enquete judiciaire fut systématique de la part de la hiérarchie des polices, des autorités politiques et même du chef du tribunal de Gênes. En réalité les brutalités et tortures à Gênes furent la première grande opération du nouvel cours violent de la gestion de la sécurité néo-libérale. 20 ans après on peut dire que l’ordre de tabasser les manifestants et même des bonnes sœurs, personnes âgées et très jeunes était ferme: il fallait écraser à tout prix l’opposition aux choix des dominants et à l’ordre néo-libéral. C’est la même logique qui ensuite a produit centaines de victimes aussi dans le quotidien des prisons, du soi-disant contrôle du territoire, de l’imposition violente de la part des caporaux sur le dos des travailleurs néo-esclavisés; tout cela sous l’oeil complice des polices qui ainsi garantissent le travail super exploité et à risque d’accidents mortels. La diffusion de la violence policière comme de celle des caporaux est emblématique de l’actuel contexte dans lequel s’impose la sécurité de la domination néo-libérale qui donc nie la protection des victimes des véritables insécurités qui sont le résultat de l’absence de protection et des droits fondamentaux des dominés. Et il n’est pas un hasard que l’orientation du gouvernement Draghi ne fait que confirmer le choix d’un sécuritarisme qui protège seulement les dominants: de fait il a pris que des mesures en faveur de dispositifs répressifs et pour augmenter les ressources au bénéfice des polices et aucune prévision pour renforcer la prévention, le personnel socio-sanitaire dans les prisons, les inspectorats du travail etc. Donc rien pour la protection des victimes des abus, des violences et même des tortures et rien pour créer une institution effectivement indépendante pour le contrôle des activités de toutes les polices, c.-à-d. pour abolir l’impunité jusqu’à maintenant toujours accordée aux forces répressives. Police partout justice nulle part disait Victor Hugo dans son célèbre discours. Et encore aujourd’hui on peut dire: toujours plus pour la répression et toujours moins protection pour les plus faibles.

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