Taranto: la terrible histoire d’opposition entre droit à la vie et droit au travail

Depuis 50 ans l’aciérie de Taranto est à la fois le plus important site industriel italien et la source de cancer chez les enfants et travailleurs. Mais la “raison économique d’Etat” a toujours privilégié cette raison. Depuis des années les gouvernements élude ce dilemme et maintenant on est à la lutte patrons et syndicats contre les habitants ? Pourquoi ne pas nationaliser et convertir?

Parmi les plus graves crises industrielles de ces dernières 30 années le cas de l’ILVA de Taranto (ex-Italsider) ne cesse pas d’être le gros problème que les gouvernements de droite et de gauche essayent de contourner ou palier sans jamais vouloir ou être capables de le résoudre. A la suite des privatisations, voulues par droites et gauche, l’usine de production d’acier de Tarente fut généreusement vendue à un patron qui n’avait aucun souci ni pour moderniser le système productif, ni pour la santé des travailleurs et des habitants des immeubles situés aux alentours de l’usine. En plus ce vieux genre de patron n’avait pas hésité à magouiller au point de tomber sous la foudre de la police financière et donc de la justice. Bref, les gouvernements ont dû remettre en jeu cette vente et chercher des acheteurs. Enfin le dernier à acheter a été la célèbre Arcelor Mittal, le plus grand producteur d’acier au monde, à l’origine de propriété du milliardaire indien Lakshmi Mittal, maintenant avec siège social à Luxemburg, classé 156e par Fortune Global 500.  Arcelor est né de la fusion de l’espagnole Acelaria, de la belge Arbed et de la française Usinor. Mittal-Acelor acquiert aussi d’autres grands groupes dans différents pays du monde.

En juin 2017, Arcelor Mittal avec Marcegaglia (amie de Renzi), reprend l'ILVA italienne, la plus grande aciérie d'Europe. Arcelor Mittal est dirigée depuis Rotterdam sur le plan opérationnel en dépit du siège au Luxembourg et de la résidence effective de M. Lakshmi Mittal - premier actionnaire- à Londres. Or, il semble bien qu’entre autres la société tend aussi à investir dans les spéculations financières et peut être à ne plus être centrée que sur la sidérurgie. Depuis début 2008 (voir ici), l'entreprise a été condamnée à dix reprises en France pour discrimination envers des représentants du personnel ou des membres de son personnel du fait de leur activité syndicale. Arcelor Mittal aurait aussi «transformé le système des droits d'émission en une technique pour obtenir des subventions gratuites», bénéficiant d'une «montagne de quotas» de CO2 de 202 millions d'euros, revendus au fur et à mesure de la mise à l’arrêt temporaire en Belgique des hauts fourneaux les moins rentables (selon le rapport d'Anna Pearson, pour le Système européen d’échange des droits d'émissions de CO2 -source citée). Étant concentré surtout en Europe, les reventes d’Arcelor-Mittal ont contribué à la division par cinq depuis 2008 du prix des quotas de CO2. Elles en ont profité pour acheter du charbon américain, déclassé par le boom du gaz de schiste. A cela s’ajoutent différents cas de traitement illicite des déchets toxiques de la part de Acelor-Mittal et des infos sur son activité de lobbying (en 2017 aux Etats-Unis ils ont dépensé pour ça 1 610 000 dollars -source citée). Remarquons qu'il est singulier que la page de Wikipedia en italien et en anglais ne dise rien de tout ce qui dévoile la page française qui en réalité ne couvre pas tout et en particulier pas ce qui ce géant de l’acier a provoqué en Italie.

Rappelons d’abord qu’avant meme que Arcelor Mittal achète l’ILVA italienne à Tarente (et quelques années auparavant à Gênes) avait explosé la mobilisation de familles ayant des morts et malades de cancer provoqué par cette industrie (par ailleurs nombre de fois source d’alarme pour les explosions du haut fourneau et le nombre de malades et blessés parmi ses travailleurs). La bataille de Gênes, malgré sa gestion en partie assez discutable- avait quand meme conduit à un bon résultat de la part des habitants et des écologistes : le système de production avait été reconvertit et dès lors on produisait à froid, c.-à-d. sans besoin du haut fourneau qui portant la matière première à très haute température produisait aussi des missions toxiques graves respirés par les travailleurs et par les habitants des immeubles à coté de ce fourneau ! Toutes les façades de ces immeubles étaient noires et ce furent les femmes du quartier les plus combattantes pour arriver à gagner cette bataille ! La meme bataille et meme beaucoup plus aiguë s’est déclenchée à Tarente où les morts et malades se multipliaient. Merci à l’engagement extraordinaire de médecins et épidémiologues et en particulier du médecin Alessandro Marescotti, président de peacelink.it, toutes les preuves de l’énorme massacre provoqué par l’usine à Tarente devint indiscutable. Enfin un juge de Tarente du décréter le séquestre judiciaire de l’usine pour grave attente à la santé publique. Ce fut comme la plus gigantesque tonnerre car le site de Tarente occupait presque 15 mille travailleurs et était le plus important site de production d’acier en Europe. L’alors chef du gouvernement Renzi eut la «géniale» idée d’adopter un décret pour permettre au site de continuer à produire sous condition d’un programme d’assainissement voir de progressive réduction des émissions toxiques. Les syndicats sont tout de suite très contents alors que les soupçons des écologistes sérieux ne manquent pas d’être dévoilés, notamment par peacelink, Medicina Democrtatica et nombre d’autres associations et comités des habitants.  Ainsi, le 18 septembre 2018 entre Ilva, Arcelor Mittal et cinq autres participant à l’achat signent le contrat le contrat de location avec obligation d’achat du site. Mais voilà que le gouvernement Renzi souscrit aussi une clause du contrat qui prévoit carrément la récession de la part des acheteurs au cas où le “bouclier pénal” (l’immunité) soit mise en question. Autrement dit, Arcelor-Mittal impose le droit à polluer voir à reproduire des morts et malades de cancer parmi les travailleurs et les habitants -dont notamment nombre d’enfants- des quartiers proches de l’usine. Cependant, la Cour constitutionnelles décrète de dé-séquestrer l’usine et donc légalise la reprise de la production. Dans un article de l’avocat Oggiano on souligne alors la flagrante contradiction de cette sentence de la Cour puisque elle établit la primauté du droit au travail dans un sens qui privilégie l’intérêt économique d’Etat aux dépens du droit à la vie que la Constitution elle meme protège comme protection de la santé des travailleurs et de la santé publique, objectif qui font aussi partie du droit au travail car celui-ci ne peut pas négligé le droit à la santé donc à la vie de tous.

Or, l’arrivée au pouvoir du M5S a remise en question le choix d’accorder à Arcelor Mittal le droit à polluer, car c’est entre autres grâce à la promesse de le faire une fois au gouvernement que ce parti avait gagné la majorité des votes à Tarente et dans le Sud ainsi que parmi les écologistes et les gens de gauche sensible à ces questions. Alors que dans la période du gouvernement avec le fasciste Salvini le M5S n’avait pas osé proposer un décret gouvernemental pour révoquer la concession du droit à polluer, avec l’actuel gouvernement l’a imposé. En effet, en quelques sortes ce choix est le dernier rempart du M5S pour sauver un peu son image très ternie après sa collaboration avec Salvini et les concessions à des choix qui la plupart de ses électeurs ont perçu comme une flagrante trahison.

Mais voilà qu’explose à nouveau le tonnerre car Arcelor Mittal demande l’annulation du contrat à cause de la suppression de son droit à polluer. Tout de suite les droites et aussi le nouveau parti de Renzi et meme une partie du Parti Démocratique (au gouvernement avec le M5S) et les syndicats se sont déchainés accusant le gouvernement et surtout le M5S de casser l’économie du pays et de jeter à la rue plus de 10 mille travailleurs. Résultat : le gouvernement a été contraint à ouvrir une négociation avec Arcelor Mittal pour trouver un compromis. Entretemps on découvre qu’en réalité cette entreprise n’avait pas l’intention de réaliser meme pas le plan industriel qui avait promis et essaye de jouer au poker demandant le licenciement de 5 mille travailleurs. En effet, il apparaît fort le soupçon que Arcelor Mittal poursuit une stratégie de progressif abandon de ce site d’acier italien.

Or, la chose la plus grave est que les «productivistes à tout prix» ont réussi à faire apparaître le pays divisé entre favorables et opposés à donner le droit de polluer et ce droit est approuvé par la plupart des syndicats. Pourquoi on est arrivé à cette ignoble opposition entre droit à la vie et droit au travail, alors qu’ils sont deux droits établis dans la Charte Constitutionnelle tout comme dans la Déclarations des Droits de l’Homme ?

Pour répondre à cette question il faut tout d’abord rappeler que la «raison économique d’Etat» s’est imposée non seulement pendant la dictature fasciste (et nazie en Allemagne) car en particulier l’acier sert à la production d’armements. Cette «raison» s’est imposée aussi au nom du progrès ainsi que le culte du travail et du travailleur comme homme producteur, donc comme culte de la productivité. Et le fait le plus terrible est que c’est le mouvement ouvrier qui a épousé ce culte au point d’en faire son drapeau. La question courante : «faut-il mourir de faim ou de travail ?» a toujours la réponse escomptée : «d’abord le travail, puis on se battra pour la santé». Et voilà aussi pourquoi il y a une ambiguïté qui réside entre autres dans le fait que on relègue le droit à la santé comme un droit qui vient avec celui au travail et pas avant comme droit à la vie. Et là meme les juristes constitutionnalistes de gauche ou démocratiques de fait ont toujours glissé … et cela dans tous les pays dit démocratiques ne demandant jamais primo que le droit à la vie soit institué comme le premier devoir de tout Etat qui se veut démocratique ; deux que la protection de ce droit implique la poursuite de toute action le menaçant comme crime contre l’humanité car c’est ça qui est la production qui tue des travailleurs, des enfants et nombre d’habitants aux alentours des usines toxiques tels ceux de Arcelor Mittal, la pétrochimie, l’emploi du charbon ou di gas et les sites du nucléaire. L’Italie est l’une des pays du monde le plus à la merci de risques de désastres sanitaires-environnementaux et des économies souterraines, tous crimes dus aussi à la complicité criminelle de la part de politiciens de droits ou de l’ex-gauche ainsi que de fonctionnaires de l’Etat. La seule perspective soutenable du point de vue de la protection de la vie des travailleurs et de la population n’est que celle de l’assainissement de toutes les situations à risque ce qui veut dire en particulier reconvertir les production toxiques en activités saines (et cela tout d’abord dans le secteur de la sidérurgie, de la pétrochimie, de l’emploi du charbon et du gaz et de la production d'armements).

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