Italie: immigrés obligés à la “drogue d’Hitler” pour bosser comme néo-esclaves

Après d’autres cas une nouvelle enquête judiciaire découvre que des Bengalais usent la soi-disant “drogue d’Hitler” pour tenir dur les rythmes de travail chez les chantiers navals près de Venise tout comme les Sikhs dans les campagnes : voilà le travail des néo-esclaves dans le contexte libériste globalisé du néo colonialisme parmi les illégalismes de l’hybridation du pseudo-légal

Au cours de ces dernières années maintes fois on a découvert en Italie nombre de cas de travailleurs immigrés et meme italiens contraints à utiliser la drogue pour bosser dur, voir pour tenir des rythmes massacrants. Cela non seulement dans les economies au noir (ou souterraines) mais aussi dans les grandes usines telles celles des chantiers navals près de Venise (il y a plein de vidéo et reportages voire la liste des link à la fin de l’article).

Il y a quelques années un vidéo reportage montrait un ouvrier italien travaillant dans les chantiers de construction à Milan qui pendant l’intervalle prenait de la cocaïne pour rester très productif et gagner plus dans son travail à la tâche. De meme nombre de jeunes dans l’informatique et notamment parmi les traders et les employés dans le monde à la mode, des tv et des maisons d’éditions de cette ville.

A nouveau en mai 2018 on a découvert le cas des immigrés Sikh (les "campesinos" du kiwi italien) contraints à assumer héroïne au point de suicider: ils travaillaient 14h par jour pour 3 euros l'heure, marchand bulbes de coquelicots pour ne pas sentir la fatigue, et ensuite ils ont commencé à être habitués à l’héroïne. Comme dit le médecin qui ne soigne quelques-uns: “Ils ne cherchent pas l’“évasion” ou le trip de drogue, le font pour combattre la fatigue d’un travail massacrant". Ceux qui n’y arrivent pas se pend dans les serres.

Le dernier cas découvert c’est celui des Bengalais et d’autres immigrés qui travaillent dans les chantiers navals près de Venise: ils touchent 5 ou 6 euros l’heure et sont contraint à tenir des rythmes très durs autrement risquent d’être mis à la porte par les sous-traitants de Fincantieri qui les emploient, ce qui impliquerait la perte du permis de séjour. C’est depuis presque trente ans que les grandes industries font de plus en plus recours à des entreprises sous-traitants qui font le meme boulot que les employés fixes à temps indéterminé, parfois faisant travailler meme des sans-papier ou italiens au noir. Cela fait partie du développement de l’univers de l’hybridation entre légal et illégal selon un processus qui a été de plus en plus favorisé par le libérisme globalisé et son néo-colonialisme. La drogue assumée par ces immigrés ce sont des comprimés Yaba (drogue synthétique à base de méthamphétamine); on l’appelle la “drogue d’Hitler” puisque durant la Seconde Guerre Mondiale les soldats allemands les prenaient en grandes doses afin de résister à la fatigue. Mais elle est aussi une drogue qui rend fous car elle provoque des graves dommages au système nerveux, génère anxiété et dépression, jusqu’à pousser au suicide.  Drogue synthétique à base de méthamphétamine qui provoque un état de iper-excitation, réduisant aussi la fatigue et la faim.

Par ailleurs la police financière italienne vient d’inculper 34 dirigeants de Fincantieri34 dirigeants de Fincantieri et d'entreprises sous-traitants pour exploitation illégale de main d'œuvre er corruption (opération “Paye globale”). A début d’octobre les carabiniers avaient arrêté un gros marchand bengalais, Loftor Mohammad, lui séquestrant 31mille comprimés de Yaba (environ 200mille euros de valeur de la vente en détail). On découvre ainsi qu’il y a une organisation qui s’occupe non seulement du recrutement et de l’émigration et immigration mais aussi de droguer les ouvriers pour les faires bosser comme esclaves. Bref une sorte de caporalat transnational. L’opération “Yaba Smuggler” des carabiniers s’ajoute donc à celle “paye globale”  de la police financière. L’un des causes des rythmes de travail massacrants est que les entreprises sous-traitantes s’engagent à réaliser leurs taches dans des temps assez réduits ce qui donc se traduit dans la hyper exploitation de leurs ouvriers. En plus comme écrit le juge dans la mise en accusation des entreprises: “les travailleurs ont travaillé à toutes sortes de boulots mais ils ont été payés avec des modalités non conformes aux normes sans aucun rémunération ni des heures extraordinaires ni des congés, ni du travail pendant les jours fériés ou les absences pour maladies” et souvent par un forfait donné à la fin du chantier. Voilà donc comment fonctionne le néocolonialisme qui exploite les migrants. Mais lorsque des travailleurs ont essayé de lutter pour conquérir leurs droit et une condition régulière c’est la mafia qui les a menacés. C’est le cas des Sikhs de la région de Rome où meme un militant sociologue, Ormizzolo, a été attaqué par la mafia et a dû quitter cet endroit. Et la meme situation s’est crée en Calabre lorsque les ouvriers agricoles africains se sont révoltés contre des conditions de travail et de logement insoutenables.   

Juste une mise à jour:

Lors de son interrogatoire par le juge l'une des chefs des entreprises sous-traitantes qui a été arrêté a déclaré et donner les preuves que lui -comme les autres- étaient obligés à donner tout le temps des pots-de-vin à des cadres de Fincantieri (la société italienne des chantiers navals) pour avoir la sous-traitance. En plus ils étaient contraints à accepter des taches à remplir dans des temps très serrés et à des prix insoutenables. Bref c'est aussi cela la cause des bas salaires et de la drogue aux travailleurs traités donc comme des esclaves narcotisés. On a dons le soupçon que toute la filière de cette sous-traitance correspond à un mécanisme emblématique du néocolonialisme transnational: du recrutement à l'origine, à l'encadrement, à la drogue, tous ces aspects contribuent à fournir main d'œuvre esclavisée (voir encore ici)

PS : pour une longue liste de reportages vidéos sur les cas de néo-esclavagisme d’immigrés et parfois aussi d’Italiens voir ici :

http://contropiano.org/documenti/2018/04/15/neoschiavitu-mortalita-malattie-al-lavoro-e-fuori-0102908 et aussi: http://www.labottegadelbarbieri.org/neoschiavitu-mortalita-malattie-al-lavoro-e-fuori

e ancore: http://www.la7.it/piazzapulita/video/lo-sfruttamento-nella- valle-della-gomma-21-03-2018-237090

- http://bergamo.corriere.it/notizie/cronaca/17_settembre_07/al-lavoro-balconi-garage-cortili-nero- valle-gomma-bergamo-af15168e-9397-11e7-8bb4-7facc48f24a3.shtml

- http://ricerca.repubblica.it/repubblica/archivio/repubblica/2002/07/11/mafia-padana-organizzata- feroce.html?ref=search.

- Femmes esclavisées aussi sexuallement et contraintes à avorter: http://espresso.repubblica.it/inchieste/2017/06/30/news/sfruttamento-stupri-e-aborti-le-braccianti- rumene-in-sicilia-continuano-a-vivere-come-schiave-1.305380

la bidonville de l’indigence et de la mort à Rignano: http://effimera.org/lordine-regna-rignano-salvatore-palidda/

Foschini, G. et Pleuteri, L. 2006. “Quei 119 spariti dalla Polonia e adesso scomparsi in Puglia”: http://www.repubblica.it/2006/09/sezioni/cronaca/scomparsi-polonia/scomparsi-polonia/scomparsi-polonia.html;
“Il tempo delle arance: immigrati e apartheid a Rosarno” – Parte 1 di 3: http://www.youtube.com/watch?v=mRY49ue5ZL0;
Menace au sociologue anti caporalat Marco Ormizzolo: http://www.radiopopolare.it/2018/03/caporalato-omizzolo- minacce-lazio-braccianti/; https://www.zeroviolenza.it/archivio-news/item/67277-marco-omizzolo; Giustizia per i lavoratori sikh;

Castaldo, A. 2015. “Il racconto della bracciante rumena schiavizzata”, in Corriere, http://video.corriere.it/mi-diceva-sei- schiava-l-incubo-erika-sfruttata-serre-costretta-quattro-aborti/4de492be-0e78-11e5-89f7-3e9b1062ea42?refresh_ce-cp; - http://www.inmigrazione.it/UserFiles/File/Documents/87_DOPARSI%20PER%20LAVORARE%20COME%20SCHI A VI.pdf;

Flai-CGIL Campania: http://comune-info.net/2014/03/schiave/;
- jeunes ouvriers italiens contraints à mourir d’amiante: https://www.youtube.com/watch?v=jMkzqNtBP9I&t=18s
- “Caporalato, in 400mila lavorano nei campi per meno di 2,5 euro l’ora”: http://www.repubblica.it/economia/2016/02/23/news/caporalato_in_400mila_lavorano_nei_campi_per_meno_di_2_5_e uro_l_ora-134042758/?ref=HRER2-1;
“Travail noir des étrangers”: http://www.youtube.com/watch?v=hOm3bAeGw2Y; http://www.youtube.com/watch?v=ZGp100D1M8c;
- http://inchieste.repubblica.it/it/repubblica/rep-it/2013/04/30/news/lavoro_nero-57761041/;
- http://inchieste.repubblica.it/it/repubblica/rep- it/2014/03/28/news/i_nuovi_schiavi_dell_agricoltura_tre_euro_l_ora_piegati_sui_campi-82159113/;
- “Saluzzo. Rosarno arriva in Piemonte”, http://www.youtube.com/watch?v=gpUTHawCKd8;

- “Immigrés saisonnoers en Piemont” logements pires qu’à Rosarno”, Il Fatto quotidiano, http://www.youtube.com/watch?v=zZrjFeTgqsc

- http://www.inmigrazione.it/it/dossier/2014—doparsi-per-lavorare-come-schiavi

- http://www.huffingtonpost.it/2015/08/27/martina-piano-contrasto-caporalato_n_8049052.html

- Sikh alle porte di Roma. http://www.inmigrazione.it/UserFiles/File/

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