La relance des armements contre la majorité de la population contraire

Contre la majorité de la population qui ne veut pas d’augmentation des dépenses militaires, Trump veut entraîner l’OTAN dans une nouvelle folle course aux armements, donc des guerres permanentes de plus en plus meurtrières et une menace pour l’écosystème de la planète. C’est le fait politique total du XXI s. le plus lourd de conséquences. Relançons la Résistance contre cette dérive réactionnaire.

Le 7 juillet 2017, 122 Etats  sur 196 ont voté à l’Assemblée générale des Nations unies l’adoption du Traité pour l’Interdiction des Armes Nucléaires –TPNW-, la première interdiction catégorique des armes nucléaires, qui s’ajoute à celles contre les armes de destruction de masse. Ce succès a été conquis grâce à la ténacité de nombre d’associations pour la paix et notamment par The International Campaign to Abolish Nuclear Weapons -ICAN à qui a été attribué le Prix Nobel pour la Paix 2017. Le seul pays qui a voté contre cette adoption a été le Pays Bas, un autre s’est abstenu (Singapore) et 69 Etats n’ont pas participé à la votation; parmi eux tous les Etats dotés d’armes nucléaires et donc tous les Etats de l'OTAN. Ça va sans dire que que les principales puissances mondiales sont hostiles à ce genre de traités. C’est notamment le cas des Etats-Unis (même avant Trump), de la Chine, de la Russie, de la France et de l’Angleterre tout comme d’Israel. Assez honteux est le comportement de pays qui n’ont pas d’armes nucléaires mais qui sont à la merci, voir à la botte de la principale puissance nucléaire, c.-à-d. les Etats-Unis. Il s’agit des pays dont le territoire est depuis la dernière guerre mondiale comme emplacement des bases nucléaires des Etats-Unis, c.-à-d. le Japon, l’Allemagne, l’Italie, la Bélgique, les Pays Bas et la Turquie. Rappelons que seuls les militaires USA ont la faculté d’accès et d’éventuel usage de ces armes. Par ailleurs, les sites de ces armements génèrent des contaminations radioactives sur tout le territoire de ces pays. Et c’est encore plus honteux vu que la large majorité de la population de ces pays est hostiles aux armes nucléaires et à ces bases.

A l’occasion du premier anniversaire de l’adoption du TPNW, the The International Campaign to Abolish Nuclear Weapons - ICAN, a réalisé un sondage dans les 4 pays européens où sont installés les armes nucléaires USA. Et voici le résultat:  72% des italiens ont favorables au TPNW et 65% demandent l’élimination des têtes nucléaires USA sur le sol italien. Ce pourcentage est de 71 au Pays Bas, 66% et 57% en Allemagne et de 66 e 56% en Belgique.

Comme d’habitude les gouvernants de ces pays comme des autres pays dotés d’armes nucléaires feignent ignorer ces sondages qui par ailleurs se répètent depuis très longtemps. Encore plus scandaleux est l’attitude des gouvernements qui, en dépit de ce qu’ils avaient promis juste après la catastrophe de Fukushima, ont relancé les programmes du nucléaire dit civil. Cela est le cas du Japon tout comme de la France et de l’Europe entière. En France, la présidente du lobby du nucléaire, M.me Lauvergeon, vante de pouvoir assurer la construction de 250 nouvelles centrales nucléaires; les contrats d’exploitation d’Areva se sont vite renouvelé après Fukushima (voir toutes les articles publiés à ce propos par Médiapart). Cela passe par l’augmentation de l’exploitation criminelle des mines d’uranium au Congo et prochainement au Niger , en Libye et dans d’autres pays sub-sahariens (voir les activités de l’association Asadho). La compétition entre France, Italie et d’autres puissances est acharnée et camouflée sous le soi-disant conflit sur la peau des migrants, outre que dans une perspective de nouvelle dévastation et pollution mortelle de bonne partie de l’Afrique.

 

Et voilà la folle relance de l’armement du XXI siècle

            Après le dangereux plan de réarmement passé sous la gestion Obama, Trump prétend imposer dix fois plus et demande à tous les pays OTAN d’augmenter à 4% le pourcentage de leur PNB destiné à l’armement et dans ce cadre aux armes nucléaires de l’OTAN (qui, en plus, restent toujours sous la maitrise exclusive des militaires USA).

     Selon les données fournis par la Fédération des Scientifiques Américains (FAS) – les USA disposent aujourd’hui de 130 bombes nucléaires B61 dans 4 pays européens: 70 en Italie (50 Aviano et 20 à Ghedi-Torre, près de Venise –et probablement encore plus en Sicile), 20 respectivement en Allemagne, Belgique et Pays Bas, plus encore 50 en Turquie. Comme l’atteste la U.S. Air Force même, les USA sont en train de développer les bombes nucléaires B61-12, destinées à substituer dès 2020 les actuels B61. Toujours la FAS communique que la B61-12 n’est pas simplement une version plus moderne de la B61, mais une nouvelle arme nucléaire avec un système de guide qui permet le lancement à distance, avec une tête à quatre options de puissance qu’on peut sélectionner, avec la capacité de pénétrer le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement en cas d’attaque nucléaire à surprise (entre autres voir les documents dans le site SIPRI). Ainsi, Allemagne, Italie, Belgique et Pays Bas violent le Traité de non-prolifération des armements nucléaires (de 1969, ratifié en 1975, dont l’Art. 2 établit: «Chaque Etat militairement non-nucléaire, qui signe le Traité, s’engage à ne plus recevoir des armements nucléaires ou autres engins nucléaires, ni le contrôle sur tels armements et engins explosifs, directement ou indirectement». Par ailleurs après 1945 ces quatre pays ont adopté une constitution qui interdit tout dispositifs et armements offensif limitant. Remarquons, en passant, que ces aspects sont assez négligés même de la plupart des intellectuels dits démocratiques et de gauche. En particulier, c’est l’accroissement de l’étroite connexion entre affaires militaires, désastres sanitaires, environnementaux et économiques provoqué par le néo-libérisme qui continue à être négligé ou snobé à la fois par désenchantement et par ignavia ou indolence.

     Selon le SIPRI dans les prochaines années en vertu des engagements pris, tous les pays de l’OTAN seront contraints à augmenter leurs dépenses militaires. En effet c’est depuis le 7 novembre 1991, juste après la première guerre du Golfe que fut signé le Nouveau Concept Stratégique, adopté officiellement au sommet d’avril 1999 (comme une sorte de serment pour garantir les guerres permanentes). Dès lors les pays OTAN s’engagent à conduire des opérations militaires même en dehors du territoire de l’Alliance, donc au delà de la pure défense mais pour des raisons de sécurité globale, voir économique, énergétique et migratoire. L’OTAN s’est donc transformé d’alliance qui aurait du servir uniquement à la défense des pays membres en cas d’attaque contre eux en alliance pour des guerres externes comme a été le cas en 1994-1995 e 1999 en Yougoslavie, en 2001-2015 en Afghanistan, en 2011 en Libye et encore aujourd’hui dans d’autres théâtres de guerre. Rappelons aussi que chaque année la plus fréquentée foire d’armements du monde (la dernière: IDEX 2017 - International Defense Exhibition) se tient dans les Emirats; y participent des centaines de sociétés du secteur des pays de l’OTAN outre aux russes et chinois. A travers différents intermédiaires, parmi lesquels les mafias, une bonne partie de ces armements finissent dans les mains de Daech qui acquière aussi les connexions satellitaires vendus par des société de pays del ‘OTAN en Turquie (fait révélé par der Spiegel et autres médias) ou les pick-up à travers des intermédiaires dans les émirats ou dans des pays du MO et d’Afrique, trafiquant pétrole et drogues. Parmi les faits les plus éclatants rappelons le cas de la multinational française du ciment, Lafarge, qui a donné 15 millions de dollar à Daech pour continuer son activité en Syrie (pot de vin négocié par un fonctionnaire de la société et aussi fidèle supporteur de M.me Le Pen). Et rappelons aussi que l’Italie et quelques sociétés italiennes tout comme celles d’autres pays élargissent des millions à des bandes criminelles libyennes et d’autres pays sous prétexte de “contraster le trafic de migrants”, mais surtout pour ne pas avoir des obstacles aux activités dans différents pays. La reproduction des soi disant guerres locales ou de la guerre au terrorisme est donc constamment alimentée par les pays dominants ; les médias donnent crédit à l’idée qu’il s’agit toujours de “guerres tribus”, de “guerre entre sauvages qui ne savent pas jouer la démocratie et transforment l’indépendances et l’émancipation dans des pratiques de carnage pour la domination des uns sur les autres” et en même temps on justifie la relance des dépenses militaires. Aux dominants corrompus des pays pauvres, tout comme aux différentes bandes criminelles éparpillées depuis des décennies dans les pays sans Etat (que l’on pense à la Somalie), on vend des armements qui favorisent leurs guerres dites ethniques ou de clan. Et ce n’est pas un hasard que l’on découvre que les industries d’armements utilisent aussi les paradis fiscaux.

     Enfin, l’agenda européenne de l’OTAN confirme le complet assujettissement de l’UE aux logiques OTAN entièrement dominées par la lobby militaro-policière et des nouvelle technologies dans la production d’armements, infrastructures et dispositifs pour la reproduction des guerres permanentes. Au centre de cette agenda il y a la création de PESCO (Coopération Structurée Permanente) de l’Union européenne entre 23 des 27 Etats membres. Le but est «que la défense européenne doit être développée pour être non pas compétitive mais complémentaire à l’OTAN». Outre aux “engagements plus stricts, tels l'augmentation périodique du budget militaire”, l’UE destinera 1,5 milliards d’euros par année pour financer des projets de recherche dans des technologies militaires et acquérir systèmes d’armements communs, chiffre qui doit croitre. Rappelons que déjà le programme Horizon 2020 a élargit financements importants même à des projets de réseaux de recherche comprenant ministères de la défense et de l’intérieur et même des sociétés privées du secteur militaire et de la sécurité intérieure (y compris pour mieux maitriser l’interception des barques de migrants). Ainsi, les marges pour la recherche autonome seront de plus en plus réduits contraignant les chercheurs à s’assujettir au business des affaires militaires et de police presque toujours destinés à la reproduction des guerres permanents tout comme de la guerre sécuritaire à l’intérieur de chaque pays. Dans cette perspective on prévoit aussi: “le développement de nouvelle capacité et la préparation à participer ensemble (les 23 pays UE) à des opérations militaires” et pour ce faire l’“amélioration des infrastructures civiles –routes, ports, chemins de fer, ponts, aéroports etc. – les adaptant aux exigences militaires de l’OTAN” (cft. Dinucci, il manifesto 21 nov 2017). Bref, un programme riche qui confirme la frase de Bruno Latour: “on est en guerre et on ne s’est pas aperçus” (mais lui l’a dit à propos du risque de catastrophe écologique), phrase qui est utilisé entre autres par l’ex-général Fabio Mini (2017).

            Même si les européens semblent ne pas jouer tout court les larbins des USA de Trump, en réalité tous les pays sont à la merci de la lobby militaro-policière qui est interconnectée avec celle des nouvelles technologies et d’autres groupes financiers. Mais voilà qu’aux sommets COP 21, 22 et 23 on n’a même pas évoqué que cette nouvelle course aux armements est une gravissime menace de guerres permanentes de plus en plus meurtrières et à la fois une menace pour l’écosystème de la planète. C’est là que la dérive réactionnaire qui semble s’imposer à l’échelle mondiale se configure comme le fait politique total du XXI siècle le plus lourd de conséquences, ce qui appelle à un renouveau profond et tenace de ce qui fut la Résistance aux nazisme, aux fascisme et aux divers totalitarismes.

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