Scandale Oxfam: où est la prévention?

Le scandale qui frappe Oxfam s'ajoute à une longue liste. Comme le rappellent les enquêtes du collectif Zero Impunity, les scandales liés aux cas d’abus sexuels commis par des casques bleus ou par des fonctionnaires de l’ONU marquent lourdement l’histoire récente de cette institution.

Comme le rappelle l’enquête du collectif Zero Impunity (en français et en anglais), les scandales liés aux cas d’abus sexuels commis par des casques bleus ou par des fonctionnaires de l’ONU marquent lourdement l’histoire récente de cette institution (que l’on songe au cas de Pristina pendant la guerre de Bosnie).

Ceci vaut aussi pour nombre de travailleurs des ONG éparpillés dans le monde, et aussi pour de nombreux travailleurs sociaux, religieux et éducateurs d’enfants et adolescents habitués à des pratiques de pédophilie.

La «découverte» que même Oxfam soit affecté pat cette "classique maladie" n'est donc pas surprenante, alors que quelques-uns s’étonnent d’une "faillite morale" difficile à comprendre. Certes, il apparaît assez déroutant que les financements donnés à cette ONG et à d'autres, destinés à aider des populations parmi les plus malheureuses du monde (que l’on pense aux Haïtiens), soient utilisés pour payer des prostitué•e•s même mineur•e•s à des fontionnaires venus des pays dominants ou des employés des ONG de ces pays.

Remarquons que ce dernier scandale ne concerne que des ONG britanniques, parce que évidemment quelques bons journalistes y ont travaillé sérieusement, alors qu’on ne sait pas beaucoup de ce qui concerne les autres ONG et leurs sections nationales.

Mais si cet horrible phénomène se reproduit depuis toujours, n’est-ce pas parce que personne n’a réussi à mettre au point un solide et efficace système de prévention? Attention: on peut dire la même chose au sujet de la corruption, des abus et des crimes dans les rangs de toute administration publique.

Evidemment, prévention ne veut pas dire mettre un contrôleur derrière chaque personnel d’ONG ou chaque fonctionnaire et employé de l’administration publique (voir en particulier forces de police, militaires, magistrature, etc.). Pour la prévention, il faudrait tout d’abord comprendre que ce phénomène se produit et se reproduit à travers les cercles de reconnaissance morale et sociale qui sont typiques entre camarades de toute sorte de profession. C’est au sein ce ces cercles que se légitiment les idées et les comportements qui pour ses composantes sont normales (selon les règles ou normes partagées par les appartenant au cercle), au-delà du fait qu’ils soient des crimes selon l’Etat de droit démocratique et la morale des gens attachés aux droit fondamentaux de tous les êtres humains.

Même les mafieux ont leur cercles de ce genre, tout comme à l’opposé existent des cercles antisexistes, antiracistes, antiracistes et pacifiques, voire pour l’égalité, la solidarité et la fraternité.

Alors, comment est-il possible qu’une ONG ou une institution publique puisse permettre la formation de cercles de gens qui ont des idées et des comportements criminels? Qui a recruté ces gens? Quelle transparence y a-t-il de l’action des individus et encore plus des unités d’une institution engagée dans des missions particulièrement difficiles? Quelles possibilités sont offertes aux gens potentiellement destinataires de ces aides pour évaluer cette action? Si chaque institution a son code déontologique, comment en est vérifié le respect rigoureux? Quelle protection est assurée à ceux qui éventuellement dénonce des comportements suspects? (évitant aussi le risques de fausses accusations). Qu’est-ce qu’on fait quand on découvre des comportements illicites voire criminels?

Répétons-le, si le phénomène se reproduit depuis toujours, c’est parce que on n’a jamais fait rien d’efficace pour le contrarier ou on a même préféré “sauver le bon nom de la maison” et assurer même l’impunité. Ce n’est pas vrai qu’on a qu’à se résigner à la reproduction de la corruption, des abus et de la criminalité dans les rangs des institutions. C’est une affaire de volonté politique et de mobilisation collective des personnes correctes avec les victimes.

Un maximum de protection des victimes est alors nécessaire, leur donnant aussi la possibilité de rachat effectif (mais cela nombre de juristes semblent avoir difficulté à le comprendre). Rappelons que les «illégalismes tolérés» pratiqués par une partie des la population sont toujours une concession des dominants pour légitimer leurs crimes biens plus graves. Les scandales des ONG d’aujourd’hui semble aussi l’effet d’une contamination pervasive de ce qui est la diffusion des actes de corruption, abus, violences et crimes contre l’humanité pratiquées par une partie des militaires et policiers et en général des dominants un peu partout dans le monde. C’est l’une des conséquences du néo-libéralisme globalisé.

Lire aussi: Zero Impunity: contre l'impunité des violences sexuelles dans les conflits armés

Voir le site de Zero Impunity en français (et en anglais)

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