Synthèse de "20 ans après les brutalités policières du G8 de Gênes"

Un livre sur la portée des brutalités et tortures au G8 de Gênes et sur les pratiques et les aspects divers des polices en Italie avec une confrontation avec d’autres pays. Toutes les polices sont devenues de plus en plus violentes, corrompues et asservies aux dominants locaux, nationaux e transnationaux aux dépens et au mépris de la vie des victimes des abus et de la super-exploitation

20 ans après les brutalités policières du G8 de Gênes. Forces de police italiennes entre sécuritarisme et insécurités ignorées est un livre qui propose les résultats de 20 ans de recherche sur la portée des brutalités et tortures lors du G8 de Gênes et sur l’évolution des pratiques et des aspects différents des polices en Italie avec une confrontation avec d’autres pays (surtout la France et les Etats-Unis). Dès lors on y constate que toutes les polices sont devenues de plus en plus violentes, corrompues et asservies aux dominants locaux, nationaux e transnationaux aux dépens et au mépris de la vie des victimes des abus et de la super-exploitation.

Cette recherche est la continuation de celle sur les affaires militaires et de police, ensuite sur la criminalisation et les violences sur les immigrés (jusqu’à la thanatopolitique -le laisser mourir) et enfin sur les désastres sanitaires-environnementaux et économique et leurs victimes privées de protection et parfois même tabassées (des recherches résumées dans plusieurs publications -voir les références en note[1]). 

Les recherches sur les affaires militaires et de police réalisées surtout après la diffusion des “guerres permanentes” imposées par les Etats Unis et l’Otan avaient une lacune: elles négligeaient la question cruciale des “insécurités ignorées”.

En effet, la juste critique radicale des choix militaires et de police de la part des pays dominants ne saisissait pas le fait que les guerres permanentes contre le terrorisme pseudo-islamiste et le sécuritarisme exaspéré aussi à l’intérieur des pays dominants en particulier contre les immigrés, les Rom, les marginaux et les présumés subversifs, misaient tout d’abord sur le “détournement de l’attention” de l’opinion publique, pour occulter les vrais insécurités qui frappent la majorité de la population.

Ces insécurités sont soit les risques de désastres sanitaires-environnementaux et économiques (dont la précarité, le travail noir et le néo-esclavagisme), soit les causes de la grande majorité de la mortalité qu’on enregistre chaque année à l’échelle mondial et dans chaque pays (des morts dus surtout aux contaminations toxiques de l’air, des eaux, des aliments, des lieux de travail et de tous les espaces de vie, y compris les écoles des enfants); soit les abus, les violences et les brutalités des polices vis-à-vis de qui réclame protection et proteste contre les injustices économiques et sociaux.

Ainsi, de fait les polices agissent seulement pour protéger les dominants (patrons et caporaux des économies souterraines qui sont entrelacées avec toutes les activités économiques même dans les grandes entreprises surtout merci à la sous-traitance devenue dominante) arrivant jusqu’à réprimer brutalement les victimes de la super exploitation et ceux qui se révoltent à cela et aux choix de la gouvernance néo-libérale (voir la répression des luttes contre les grands travaux etc.).

Bref, les polices garantissent une sécurité d’une économie qui provoque victimes et nie à celles-ci la protection ou les réprime.

Les brutalités et les tortures du G8 de Gênes ont inauguré le nouvel cours de la gouvernance de la sécurité qui ne tolère pas la protestation. Le 20 et 21 juillet 2001 à Gênes on a imposé le principe que personne doit oser mettre en question les choix des dominants et depuis les protestations ou même les simples revendications de justice économique et sociale ont été réprimées violemment.

Dans les vingt ans avant le G8 (de 1981 à 2000) on n’avait pas eu les dizaines de tués par les polices ou dans les prisons, ni de migrants laissés mourir aux frontières terrestres et maritimes, ni les cas de torture répétés pendant les années 2001-2021 (détaillés dans le livre).

Déjà dans le précèdent livre Polizia postmoderna ainsi que dans Migrations critiques on a montré que depuis 1990 on a eu une montée des pratiques violentes et du racisme qui était précisément consubstantiel au développement néo-libéral. Ensuite la montée du néo-libérisme a été de plus en plus forte. Pour imposer la super exploitation et l’abolition de toute protection des dominés celui-ci choisi le recours à la force brutale (celle des caporaux et des polices qui les couvrent ou en sont complices et cela même dans les grandes entreprises multinationales comme Fincantieri merci à la prolifération de la sous-traitance souvent confiée aux caporaux “ethniques” recrutés par des dirigeants d’entreprise qui exigent d’eux des pot-de-vin très chers; de même il arrive dans la jungle des fausses coopératives dans le domaines de la logistique, du nettoyage et aux services tout comme  dans l’agriculture). Par exemple pour imposer des salaires de 3 ou maximum 5 euros par heure pour 12 ou 14 heures de travail par jour parfois y compris le samedi et dimanche il est indispensable la pratique de la domination violente.

Cela on l’a connu aussi par le passé et le néo-libérisme fait retourner au XIXe siècle misant sur le démantèlement des conquêtes des travailleurs et de luttes populaires des années 1968-80 et maintenant profite aussi de la pandémie pour éroder davantage les possibilités d’agir publique, voir l’action collective.

Ainsi le néo-libéralisme ne fait qu’asservir de plus en plus l’Etat à ses objectifs et donc les polices qui redeviennent des forces violentes de la répression en défense du patronat et en général de la domination visant augmenter de plus en plus le profit.

C’est pourquoi les polices sont la composante la plus privilégiée de l’appareil de l’Etat: de fait tous les gouvernements s’empressent à satisfaire leurs revendications et aucun gouvernent ose proposer une rationalisation démocratique dont l’urgence est éclatante (notamment en Italie).

Comme le montre le livre ici présenté il est déroutant constater le gâchis de forces, de ressources et de moyens (voir la duplication de taches et moyens dans le contrôle du territoire, dans la gestion de l’ordre publique etc. etc.) et aussi la prolifération des délits commis par une partie du personnel des polices ... mais ces délits sont tolérés comme un gage conféré aux polices en échange de leur prompte zèle répressif. Tout cela est parfaitement fonctionnel à accorder aux polices le privilège de perpétuer les différents petits fiefs d’emplois inutiles, bref une base de masse “fidèle à travers les siècles” à un Etat qui demande toujours plus répression violente.

En Italie on a non seulement trop de polices et de leurs personnels, mais aussi des pouvoirs, une autonomie et une impunité conférés à elles qui sont la négation éclatante de ce qui devrait être l’Etat de droit démocratique. La prolifération des cas d’abus, de violence et de corruption recensés dans le livre montre à quel point ces polices jouissent de privilèges autrefois typiques de la garde prétorienne ou des conquéreurs d’une nouvelle domination.

En réalité c’est ici que réside la démonstration que la démocratie ne peut être qu’un leurre et qui de fait n’est toujours que coexistence d’autoritarisme sinon de fascisme et de pseudo privilèges de sécurité accordés à certains, c.-à-d. aux citoyens qui incarnent bien la domination néo-libérale.

Il apparait alors plus que juste la revendication du mouvement étasunien Black Live Matter de réduire les ressources affectées aux polices pour augmenter les services sociaux effectivement efficaces ainsi que les institutions chargées de la prévention et du contrôle (tels les inspectorats du travail, de la santé et en général les travailleurs socio-sanitaires, tous réduits en Italie à des dimensions ridicules). De fait en Italie on a un nombre absurde de personnels des polices (locaux et nationaux) qui ne s’occupent guère de prévention et contrôle des risques sanitaire-environnementaux ; même l’actuel Recovery Plan du gouvernement Draghi ne prévoit presque rien pour augmenter les ressources des agences de prévention et contrôle. Avec nonchalance ce gouvernement a ignoré que l’Italie est marquée par 35% du PNB dû aux économies souterraines, soit environ huit millions de travailleurs qui oscillent entre mi-précariat, travail au noir et néo-esclavagisme.  Mais, en Italie, mis à part le fait qu’on a plus de gauche dans le Parlement, même les syndicats ignorent et n’ont jamais revendiqué la réduction forte du financement des police et l’augmentation des ressources pour les agences de prévention et contrôle et pour les services sociaux de l’Etat (et pas pour ceux en sous-traitance à des fausses coopératives).

Ça peut surprendre mais l’Italie est l’un des pays les plus sur du monde du point de vue de la statistique de la délinquance ! Il suffit regarder les données de ces deux dernières décennies. Les prisons sont pleines de personnes qui dans leur large majorité devraient être confiées aux services pour leur insertion économique et sociale ou les soins socio-sanitaires (car un haut nombre de prisonniers est constitué par des toxicomanes ou personnes affectés de problèmes psychiques -services qui en Italie ont été démantelés systématiquement depuis 1990 et cela dans les prisons et à l’extérieur).

La lutte contre des polices forgées pour la répression brutale devrait être une lutte de tous parce que c’est une lutte contre les risques de mort pour contaminations toxiques (qui ne sont pas poursuivis comme un délit grave), la super exploitation, les abus, les violences, et pour la justice économique et sociale, la protection de la vie et des droits fondamentaux de tous les êtres humains !

Donc: réduire les dépenses publiques pour les affaires militaires et les polices; instituer un contrôle effectivement indépendant de leurs activités et en abolir l’impunité; augmenter les ressources, le personnel et les moyens pour les agences de prévention et contrôle (inspectorats du travail, de la santé etc.) et augmenter les ressources pour les services sociaux et socio-sanitaires (éliminant la sous-traitance aux coopératives).

[1] Entre autres, voir Polizia postmoderna, Feltrinelli, 2000; Mobilità umane, Cortina, 2008; Migrations critiques, Karthala, 2011 (aussi en anglais, italien et espagnol); Conflict, Security and the Reshaping of Society: The Civilisation of War, Routledge, 2010; Governance of Security and Ignored Insecurities in Contemporary Europe, Routledge, 2016; Resistenze ai disastri sanitari, ambientali ed economici nel Mediterraneo, Derive&Approdi, 2018).

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