Le rapide démasquement des affaires M5S-Ligue ou l’escroquerie du «grand changement»

Ça a duré très peu la crédibilité du gouvernement M5S-Ligue dont les leaders Di Maio et Salvini avaient promis aux Italiens le plus « grand changement politique depuis 1945 ». La continuité quasi totale avec les affaires de corruption s'est imposée. La conjoncture politique italienne semble s’acheminer vers un gouffre de plus en plus dangereux.

Ça a duré très peu la crédibilité du gouvernement M5S-Ligue dont les leaders Di Maio et Salvini avaient promis aux Italiens le plus grand changement politique depuis 1945. Ils n’arrêtaient pas de continuer avec les slogans de la campagne électorale qu’ils allaient balayer toute la "pourriture" des gouvernements passés, toute corruption, tous les mécanismes des faveurs aux acteurs forts, qu’ils n’auraient jamais permis l’accès au pouvoir à des gens sous procédure judiciaire …

Et voilà que dès la nomination des ministres, on commence à découvrir le conflit d’intérêt de la ministre de la défense et du chef di gouvernement lui-même, les affaires d’autres (parmi lesquels le ministre Savona). Pire, avec la nomination des vice-ministres et sous-secrétaires la liste de ceux qui ont été mêlés à des affaires louches et même condamnés avec négociation de la peine (donc définitivement pour celui qui passe pour le “génie” de la flat tax) est longue. Encore plus éclatante est la nouvelle du 14 juin: le boss de l’immobilier romain, Parnasi, a été arrêté ainsi que le président de la société de transport de Rome (Lanzalone du M5S) et d’autres pour des combines concernant le projet du nouveau stade de foot de Rome et d'autres projets.

De plus, tous les médias révèlent que les magistrats ont des écoutes téléphoniques et les preuves de ce que Parnasi disait à son collaborateur: « c’est moi qui compose le gouvernement »! C’est lui qui aurait négocié l’accord entre M5S et Ligue lors des réunions avec Giorgietti, l’homme fort de la Ligue (de fait le guide de Salvini) et avec Lanzalone, le fidelissime homme de confiance de Di Maio. Parnasi a aussi donné différentes sommes d’argent à tous les candidats de tous les partis, de droite à gauche y compris le M5S, alors que celui-ci a toujours prétendu être le parti «pur par excellence». Et déjà bien avant, Parnasi avait financé une fondation liée à la Ligue, d’où la déclaration de M. Salvini le 14 juin : "Parnasi est una persona perbene" (une personne bien) et il a même eu le culot d’ajouter qu’il y a trop de lois qui compliquent les procédures et créent des problèmes; bref, à l’instar de sa collègue –sorte de talibane fasciste néo-libériste– Mme Santanché, qui, comme de son habitude, dans un talk show a crié: « les M5S nous cassent les c. …criant toujours honnêteté, honnêteté …». En outre, il n’est pas étonnant que dans cette affaire apparaît aussi M. Bisignani, l’homme qui depuis des décennies a été au cœur de nombre de magouilles et qui reste sur la brèche en vertu de ses relations avec Parnasi, des gens du M5S, de la Ligue et de tous les partis. On a là une continuité extraordinaire avec le passé des temps de Andreotti etc.

A noter que c’est que depuis l’accord M5S-Ligue que différents médias ont commencé à sortir des articles à propos des ombres ou « squelette dans le placard » de ces deux partis. Ainsi, Tizian et Vergine sur l’Espresso-Repubblica et ensuite Sansa sur Il Fatto quotidiano et Preve su Repubblica et Indice de La Stampa ont illustré le circuit très tortueux par lequel la Ligue de Salvini a placé ses avoirs au Luxembourg ou ailleurs pour éviter que la justice séquestre les millions volés par la Ligue de Bossi. Et maintenant on apprend aussi que le M5S a reçu des financements –on ne sait pas encore si c'est légal ou pas– par Parnasi, notamment pour la campagne électorale régionale du Latium.

Cependant, pour l’instant, personne ne demande la démission de ce gouvernement ou pose des questions sur comment se fait-il qu’on a laissé élire et nommer à des postes de gouvernement local et national des gens impliqués dans des affaires pénales. Comment expliquer que le Président de la République qui avait été si sévère dans l’exclusion d'un ministre de l’économie connu comme «eurosceptique» a ensuite nommé ce monsieur ministre des affaires européennes; et il n’a rien dit sur son passé peu net du point de vue de l’étique dans les activités professionnelles en faveur de sociétés financières. Encore plus éclatant est que ce même Président de la République a nommé comme ministres, vices-ministres et sous-secrétaires des gens qui ne sont en rien des exemples de rigueur éthique et, au contraire, ils sont parfois impliqués dans des affaires pénalement graves.

La seule explication du fait que personne n’ose demander les démissions de ce gouvernement est que tous les partis –de droite à gauche– sont mouillés dans cette dernière affaire et aussi dans les précédentes connues ces dernières années. Par ailleurs, le Président de la République n’ose plus refaire le geste d’arrêter un gouvernement soutenu par une forte majorité du Parlement à peine élue (alors que lui avait été élu par un Parlement illégal car en place sur la base d’une loi électorale déclarée inconstitutionnelle par la Haute Court).

Entretemps, Salvini n’arrête pas de gueuler contre les immigrés et veut criminaliser les ONG et tous les solidaires. Il est même pour le droit à la «légitime défense» (à user les armes): «il ne devrait plus exister le délit d’excès de légitime défense» parce que «si un délinquant, peut être armé, entre chez moi, dans ma boutique, dans ma propriété j’ai le droit de me défendre et lui doit savoir que, s’il est entré debout peut sortir allongé». De sa part, Di Maio n’arrête pas de promettre moins de harcèlement fiscal, la révision du job act qui devrait être en faveur des précaires et d’autres mesures pour les travailleurs sans protection.

Entretemps, nombre d’experts soulignent que la flat tax ne sera qu’au bénéfice des plus riches. De sa part, le néo-ministre de la famille, Fontana (Ligue) n’arrête pas de bannir les couples qui ne sont composés d’un homme et d’une femme et qui ne sont pas chrétiennes; bref la mise au ban de tous les revendications LGBTQIA. A ces perles s’ajoutent les proclamations d’autres ministres qui ne peuvent qu’inquiéter les travailleurs et aussi les entrepreneurs du tourisme comme des services.

Enfin, la conjoncture politique italienne semble s’acheminer vers un gouffre de plus en plus dangereux pas tellement à cause des oscillations du spread ou la méfiance du marché financier, mais parce qu’on n’entrevoit point d’alternative. Le pessimisme semble accabler nombre de gens de gauche alors que la droite de Renzi-Berlusconi ne sait pas encore comment se relancer.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.