Début 2019: déjà 300 noyées. Millions aux Libyens pour l’ordre «laisser mourir»

Depuis le début de 2019 on compte 300 noyés et chaque jour encore. Salvini dit que c’est la faute des ONG retournés en mer et confirme son ordre de laisser mourir les migrants. C’est la thanatopolitique néo-libériste mêlée au fascisme, racisme et sexisme des souverainistes-populistes. Mais la résistance à cette dérive réactionnaire se développe rapidement partout.

Aujourd’hui 20 Janvier encore un SOS dramatique: une barque avec enviorn 100 personnes en grave difficulté dans les eaux libyennes à 60 mille au large de Misurata. La garde cote libyenne ne répond pas. C’est le meme scénario tragique qu’on a vu jouer plusieurs fois depuis le début de 2019. 170 noyés dans deux naufrages la semaine dernière, un près d’Alboran (53 morts) entre l’Espagne et le Maroc, le deuxième au large de la Libye (117 morts selon les trois seuls survivants. Et désormais on compte 300 morts sans les derniers 100 de ce matin.

La capacité de gestion de leur aire Sar (Search and Rescue) de la parte des autorités libyennes s’est révélée NULLE. On le savait et c’est pour cela que nombre d’experts et ONG avaient critiqué voir condamné les choix de l’alors ministres de l’intérieur italien du Parti démocratique, Minniti, qui avait convaincu meme Merkel et Macron à donner pleine confiance aux Libyens (voir Carine Fouteau). A ceux-ci l’Europe et l’Italie ont donné presque 400 millions d’euros et aussi d’autres millions à des bandes criminelles comme la milice 48 de Ahmed Dabashi.

Les militants de Sea Watch qui le 19 janvier ont sauvé 47 migrants, dont 8 enfants seuls, racontent: "On est encore dans la zone Sar libyenne mais personne ne répond et personne ne prends la coordination de l'opération de sauvetage". Cela n’empêche pas le ministre Salvini de crier que s’il y a des noyés c’est la faute aux ONG et de ceux qui veulent la réouverture des ports et favorisent le trafiquants … et lui confirme avec le maximum de fermeté qu’il n’est pas question de changer son choix de fermeture totale et de condamnation des ON, des trafiquants et des gens qui veulent des ports ouverts. Se promenant partout et tous les jours avec les divises de la police d’Etat ou d’autres polices, ce ministre n’arrête pas de jouer le sbire improvisé aux prises avec ses performances d’agitateur de haine envers les migrants faute d’arguments crédibles et de dignité de politicien et dans la fougue de cacher ses mensonges. En effet, il semble assez difficile que les promesses du gouvernement M5S-Ligue puissent être maintenues malgré déjà très réduites à cause de la menace de la part de la Commission européenne et de la troïka. Le dernier coup probablement le plus dur vient de la Banque d’Italie qui a communiqué la forte chute du PNB désormais prévu à 0,6% et meme pas 1% et pas de tout 1,6 comme avait imaginé le gouvernement. Bref, il n’y aura pas d’argent pour financer les pseudo-grandes réformes promises destinées donc à rester lettre morte. Et voilà alors pourquoi Salvini n’arrête pas de continuer avec sa démagogie anti-migrants, dans son illusion de pouvoir garder le consensus rapidement acquis depuis mars dernier. Remarquons que cette illusion semble alimentée par le fait que la majorité des médias et des social networks continuent à lui donner une place autant considérable qu’à tous les autres post de l’idiotie de masse (influencers de toute sorte y compris les joueurs de foot, les gossip etc.). Mais il est peut-être probable que cette hyper exposition médiatique confuse avec celle des idioties va le conduire à une chute de sa popularité autant rapide que sa montée. Par ailleurs les derniers sondages montrent que la majorité de l’opinion publique considère que les problèmes les plus graves du pays sont ceux d’ordre économique et pas l’immigration. Remarquons aussi que Salvini manque de «preuves à l’appui»: il ne peut pas crier contre l’augmentation de la criminalité car depuis quelques années on a une baisse continue et qui dure depuis plus de vingt ans pour c qui st des délits les plus graves. L’Italie est à l’échelle mondiale et européenne l’un des pays avec le plus bas taux d’homicides et on enregistre aussi une baisse d’holdup et vols et cela malgré les forces de police ont été poussées à gonfler leur «production». En plus, nonobstant l’incitation à la criminalisation raciste, les statistiques officielles elles-mêmes montrent que les immigrés ne sont pas auteurs de plus de délits que les Italiens et ils sont auteurs de délits mineurs par rapport aux autochtones. A cela s’ajoute un simple calcul (assez disqualifiant pour le ministre sbire improvisé) : l’augmentation des immigrés (en 2018 un peu plus de 5 millions et environ 500 milles irréguliers alors qu’en 1990 on avait meme pas un million) a fait baisser le nombre de délits et en particulier de ceux plus grave et c’est très rare que les étrangers soient auteurs de délits graves (la plupart des environ 400 homicides dans l’année sont «en famille» -notamment les «femminicides»/homicides de femmes- ou des règlement de comptes dans la criminalité organisée italienne). C’est pourquoi M. Salvini a fait de l’extradition de l’ancien fuyard Battisti l’occasion pour célébrer son prétendu triomphe de sa chasse à l’ennemi. Battisti a été montré comme une sorte d’animal dangereux enfin capturé par des polices dirigées par un ministre sbire zélé style Torquemada.

En meme temps, Salvini croit pouvoir jouer le meme pari qu’est en train de jouer Trump avec son pari du mur anti-immigrés. Leur acharnement contre l’immigration n’est pas une affaire d’entêtement délirant ; au contraire, il semble se situer dans le meme registre de leur refus catégorique des savoirs scientifiques concernant le réchauffement climatique et donc de la nécessité d’arrêter l’exploitation du charbon, du pétrole et du nucléaire. Bref, leur idéologie est la pure et simple logique néo-libériste au bénéfice des grand travaux et des profits des dominants à toute les échelles. Et leur haine envers les immigrants et celle contre l’augmentation de la population mondiale, un spectre qui les fait paniquer pour la simple raison qu’ils ne veulent absolument pas partager la richesse, le pouvoir et les savoirs des dominants afin que meme dix milliards de personnes puissent vivre sur la planète. Bref, ils raisonnent comme les riches décrits par Evan Osnos qui se préparent à la fin du monde et qui envisagent une sorte de mors tua vita mea, ou la thanatopolitique, le laisser mourir le plus possible de gens qui, comme pensent les économistes libéristes, de toute façon ne sont pas capables de survivre.

Or, le vent de colère qui semble souffler à Banja Luka, Belgrade, Budapest et Tirana et aux funérailles du maire de Gdansk va passer les Alpes et frappera dur le gouvernement de l’imposture aujourd’hui en place en Italie et en particulier son ministre de l’intérieur qui ne sait qu’inciter à la haine raciste, fasciste et sexiste. Mais, il n’est pas exclu que quelque immigré va le sauver de la colère de ses propres électeurs.

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