A Milan comme à Barcelone, personne n'est illégal

Milan comme Barcelone. Ensemble sans murs et contre la criminalisation raciste des migrants et des pauvres. Pour un réseau international des villes antiracistes.

Samedi 20 mai 2017 à Milan. Samedi 20 mai 2017 à Milan.

A l’instar de Barcelone, où le 18 février dernier 160 000 à 300 000 personnes se sont mobilisées en soutien des droits des migrants et pour un réseau international des villes contre le racisme et pour l’accueil des immigrés, environ 100 000 personnes ont manifesté samedi 20 mai à Milan. L’appel à la manif (en italien, anglais, français, espagnol et arabe) a été lancé par la mairie de Milan, nombre de personnalités de tout bords, 600 associations, ONG et institutions et 70 communes italiens.

L’importance de cette manifestation est particulièrement considérable car elle a été une magnifique occasion de permettre une mobilisation commune des gens et organisations allant de la gauche la plus modérée jusqu’à la gauche la plus radicale, de gens sans partis, des écoliers jusqu’aux gens de différentes organisations religieuses ou petits groupes d’immigrés et d’Italiens, tous unis contre le racisme et pour les droits de tous à vivre en paix et se frayer le chemin de l’émancipation.

Devant la cathédrale de Milan. Devant la cathédrale de Milan.

On pourrait dire que ça été une sorte de remake de la victoire du non au référendum de novembre 2017, avec en plus une large participation d’immigrés (surtout jeunes et de toutes les nationalités) et le passage de nombre de gens qui avaient voté du coté de Renzi dans le front de ceux qui, de facto, sont en contraste avec la politique du gouvernement italien et de son actuel ministre de l’intérieur.

Ainsi, le maire de Milan, le seul d’une grande ville à être du côté de Renzi, a affirmé à la fin de la manif : « La mairie ne se mobilise pas contre les lois mais pour changer les lois ; je sais que tenir les promesses est très difficile, mais je m’engage à ne jamais me tourner de l’autre côté, face à la nécessité indiscutable de garantir les droits des immigrés et des pauvres. La solidarité et l'accueil assurent la justice... il faut garantir les droits de ceux qui arrivent et de ceux qui sont déjà ici. Comme citoyen et maire, je ne veux pas vivre dans une ville trop cynique qui ne pense qu’à elle-même. Je veux être un constructeur de ponts et pas de murs. » Et le président du Sénat, Grasso, prenant la parole après le maire, a affirmé: « Qui est né en Italie est italien ».

Ces mots sont de toute évidence en oppposition non seulement avec la droite fasciste ou berlusconienne, mais aussi avec avec la gauche au gouvernement, qui n’a jamais voté la loi pour accorder la nationalité italienne aux enfants d’étranger nés en Italie (l’Italie n’a que le jus sanguinis –  depuis plusieurs années nombre de sondages ont pourtant montré que la majorité des Italiens éaient favorables à donner la nationalité italienne aux enfants d’immigrés et même le droit de vote aux élections locales à tous les immigrés), et avec droite et gauche gouvernementale qui n’ont jamais arrêté d’adopter des mesures de renforcement du prohibitionnisme des migrations. Et c’est exactement ce que vient de faire le ministre Minniti, un homme du parti de Renzi mais qui aspire à aller plus loin proposant une “gauche” sécuritaire (à l’instar de Valls en France).

Rappelons qu’aucun gouvernement de (pseudo) gauche n’a jamais envisagé d’assainir la situation terrible des centaines de milliers de travailleurs immigrés et aussi d’Italiens contraints d’accepter des boulots au noir et des conditions de néo-esclavagisme. En revanche, droite et gauche n’ont pas arrêté de surenchérir sur les mesures prohibitionnistes et la criminalisation raciste des immigrés et des Roms. La Ligue du Nord et le milieu berlusconien ont durement attaqué cette manifestation, car ils ont bien compris qu’elle a été une occasion très forte de mobilisation unitaire d’un éventail très large de l’opinion publique, y compris des gens du centre plutôt modéré en faveur d’une orientation nettement opposée au train train prohibitionniste et de criminalisation raciste qui a dominé depuis longtemps.

Et cette manif a mis en échec aussi les contestations de la gauche radicale car tout le monde a pu constater que l’adhésion même des maires qui avaient été du côté de Renzi les a amenés à soutenir l’antiracisme et l’anti-prohibitionnisme. De son côté, le Mouvement 5 Etoiles (dont le père-patron Grillo désormais a de la peine à faire la une de tous les médias) est allé à faire sa petite marche à Assises « pour le revenu de citoyenneté », après maintes prises de positions anti-immigrés et pour la « tolérance zéro » visant clairement à concurrencer la droite fasciste et la Ligue nord.

La manifestation de Milan acquiert aussi une importance internationale car elle rejoint la promotion du réseau mondial des villes antiraciste et contre le prohibitionnisme des migrations: après Barcelone, New York a déjà organisé le NYC Immigrant Heritage Week, Boston l’Immigrant Heritage Month-I am an Immigrant, Chicago, dont le maire, Rahm Emanuel, a lancé le compte Twitter @ChiNewAmericans pour donner la bienvenue aux migrants, et encore Madrid qui est en train d’organiser une manif comme celle de Milan. A ce réseau ont adhéré aussi Londres, Amsterdam, Athènes, Berlin, Grandsk, Los Angeles, Montreal, Paris, Stockholm, Toronto, Varsovie. Hélas, le même jour ce cette manifestation, un Malien de 30 ans a été trouvé morts à la gare de Cannes la Bocca, sur un train venant de Vintimille. Il avait cherché à se cacher dans l’espace du cadre électrique du train. Depuis 2015, des dizaines d’immigrés sont morts dans la tentative de passer de Vintimille en France.

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