Quel sera l‘aboutissement du pari du pseudo souverainiste-populiste italien?

Le gouvernement M5S-Lega a voté le budget malgré la halte de l’UE; c’est le défi du souverainisme-populisme. Mais, les promesses de grand changement ne sont que des faveurs aux plus riches et aux fascistes, racistes et sexistes. L’incertitude est totale: attaques de la spéculation financière et la flambée du spread, plus que la sommation de l’UE, pourrait forcer M5S-Ligue à renoncer aux velléités

La première partie de la pièce de théâtre tragique-farce du gouvernement M5S-Lega concerne le Def, document économique et financier, qui est l’outil de planification le plus important en ce qui concerne les choix dans tous les domaines de l’action gouvernementale. De plus, comme d’habitude, ce document inclut toutes sortes de mesures relatives aux sujets les plus disparates et même de petites mesures spécifiques pour répondre aux attentes des différents lobbys, groupes d’intérêts et même de particuliers.

Malgré la halte de la part de la Commission européenne et pour en faire la réponse-défi le plus éclatant de la part des pseudos souverainistes-populistes, le gouvernement a approuvé la "Mise à jour du DEF", donc les promesses des principales mesures de son prétendu «grand changement» par rapport aux gouvernements précédents (des droites et de l'ex-gauche). Précisons d’emblée qu’il n’est pas du tout certain que les mesures qui par la suite devraient traduire le DEF dans le concret resteront fidèles à ce qui a été agité par les deux réels patrons du gouvernement (Di Maio pour le M5S et Salvini pour la Ligue). L’incertitude est totale: elle relève moins de la sommation de la part de la Commission européenne et de Draghi visant la modification du DEF selon leurs vœux; elle relève surtout des attaques de la spéculation financière et notamment de la flambée continue du spread, ce qui pourrait forcer le gouvernement à renoncer à ses velléités d'innovation souverainiste-populiste. Mais voyons d’abord ce que contient le DEF.

Il est divisé en trois sections, suivies d'annexes concernant des mesures spécifiques et l'allocation de fonds aux différentes régions. Le premier, édité directement par le Département du Trésor (très critiqué par Di Maio et Salvini), indique les objectifs de la politique économique et les prévisions pour les trois prochaines années, et donc les objectifs articulés par sous-secteurs des comptes des administrations publiques; il englobe également une mise à jour des prévisions et des écarts par rapport au programme de stabilité précédent; ensuite il fait le point sur la tendance internationale et les prévisions macroéconomiques pour l’Italie, c’est-à-dire la «croissance» du PIB (qui promet à 1,5 alors que les agences publient des estimations inférieures). La deuxième section, publiée par le Département de la comptabilité générale de l’État, concerne: le bilan des comptes de l’année passée et en cours (et les comptes de trésorerie de l’administration générale) ainsi que l’écart par rapport aux objectifs programmatiques indiqués dans le DEF; la tendance prévisionnelle et les hypothèses sur les modalités de couvertures des dépenses publiques. La troisième section, publiée par le Département des politiques européennes, comprend: l’avancement des réformes engagées; les déséquilibres macroéconomiques nationaux et les facteurs macroéconomiques influant sur la compétitivité; les priorités du pays et les principales réformes à mettre en œuvre, le calendrier de leur mise en œuvre et leur compatibilité avec les objectifs mentionnés dans la première section de la DEF. Selon le gouvernement actuel, au lieu de respecter les engagements pris avec l'Europe en limitant le ratio déficit/PNB à 1,6%, celui-ci devrait atteindre 2,4%. La différence (+0,8%) devrait être utilisée pour financer les mesures promesses par les deux partis de la majorité, c.-à-d. le soi disant «revenu de citoyenneté» (l’emblème du M5S), la réforme des retraites et la soi-disant flat tax pour les entreprises (voulus surtout par la Ligue).

Dans une excellente analyse du DEF proposé par l'économiste Andrea Fumagalli, avertissant que ce document pourrait changer, la manœuvre financière prévue avec le DEF pour 2019 devrait valoir (le conditionnel est obligatoire) 33,5 milliards, dont 27,2 par le nouveau endettement (le le déficit/PNB passerais de 1,6% à 2,4% en 2019, puis devrait tomber à 2,1% en 2020 et à 1,8% en 2021, alors qu’auparavant aurait du être 2,4 même en 2021; cette correction a voulu être un signal de bonne intentions de la part du gouvernement envers la Commission européenne). Au net de 12,5 milliards, afin de stériliser l'augmentation de la TVA à 24% (clause corde-au-cou ou licol héritée du gouvernement Monti, sans que personne le critique, ni à droite, ni à gauche ...), le gouvernement devrait disposer d'environ 21 milliards. Au net des coûts dits  non supprimables (pour la gestion courante des fonctions de l’Etat), et, nouvelles de la dernière heure, au net d’environ un milliard pour le recrutement d’environ 1000 nouveaux policiers (la répression n’est pas soumise aux contraintes budgétaires!), il reste environ 18-19 milliards. Cette somme devrait être répartie (le conditionnel est obligatoire) comme suit: 6,5 milliards pour le "revenu de citoyenneté"; un milliard pour la réforme des centres d'emploi; 1,5 milliards pour porter les pensions minimes à 780 € par mois, pour un total de neuf milliards €; sept milliards pour éliminer la réforme des retraites Fornero (qui devrait toucher entre 400 000 et 500 000 personnes, selon le calcul du quota de 100, -62 ans et 38 de contributions); deux milliards pour le taux d’impôt unique de 15% à environ un million de gens avec une «pauvre» TVA pour l'élargir ensuite aux entreprises (qui ont déjà bénéficié d'un allégement fiscal considérable par la dé-contribution, les financements aux soi-disant investissements et sur leurs bénéfices); un milliard (et pas 1,5 comme initialement déclaré) pour le remboursement des clients fraudés par les banques.

Du côté des recettes, la "paix fiscale" promise, c’est-à-dire la possibilité de régler la dette avec les autorités fiscales devrait se baser sur les revenus déjà déclarés au net de surtaxes et d’intérêts jusqu’à une limite maximale qui devrait atteindre 500 000 euros (pas encore sur). Mesure voulue à tout prix par la Ligue de Salvini qui ainsi satisfait bonne parie de son électorat notamment favorable à la fraude fiscale et récupère plus facilement l’électorat de Berlusconi mais aussi en partie de l’ex-gauche; i s’agit d’une des classiques amnisties (dite sanatoria) qui habituellement ont été jouées par les gouvernement italiens surtout des droites, ce qui prouve la continuité de ce gouvernement avec les précédents. Et c’est là l’un des éléments qui ont fait croitre la crise de consensus au M5S de la part de nombre de ses électeurs car ce parti avait toujours prêché la moralisation et le «jamais sanatorie». Selon Fumagalli: «il faut reconnaître que, effectivement, pour la première fois depuis de nombreuses années, il ne s’agit pas d’un DEF axé sur l’austérité, fondé sur des réductions de la demande et des subventions réservées aux entreprises. La réaction de la troïka et de l'oligarchie financière le confirme. Des mesures telles que l'abaissement de l'âge de la retraite ou le relèvement de la pension minimale à 780 € (si elle est confirmée) ainsi que des mesures plus décisives de lutte contre la pauvreté (bien que partielles et fortement conditionnées) constituent des mesures qui, analogues ou pas, devraient s'inscrire dans un programme de politique économique de gauche». Mais, non seulement l’incertitude est grande et on ne peut pas prévoir la possible métamorphoses de ces mesures; dans le cheminement de ce gouvernement il y a aussi grande confusion et le manque de transparence, ce qui sape toute possible efficacité (à supposer que celle-ci soit souhaitable). Le ballet sur les chiffres des effets sur la croissance du PNB est embarrassant. Le gouvernement augmente à 1,5 ou 1,6% le PNB comme condition sine qua non pour rendre la manœuvre durable. Mais cette estimation semble assez exagérée. Les mesures ne sont que partielles, cachent certaines astuces et sont ensuite compensées négativement par des interventions fiscales complètement réactionnaires et conservatrices, en partant de la proposition d'un impôt forfaitaire et d'une soi disant «paix fiscale» (au lieu de l'injection dans le système de plus de impôts progressifs et l’introduction d’une taxe sur les grands fortunes). A l'heure actuelle, 15% du taux d'imposition unique ne devrait s'appliquer qu'aux dettes des travailleurs avec TVA dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 65 000 euros de revenu imposable annuel; la paix fiscale prospectée n'est pas une amnistie fiscale au profit de ceux qui ont déclaré faux ou rien déclaré, mais seulement pour ceux qui sont en retard dans les paiements de l'impôt. Ce sont des mesures qui clignotent dans les bassins électoraux des deux partis au pouvoir, sur la base de stratégies que nous pouvons définir grossièrement, "un coup porté au cercle, un coup porté au canon".

Le dépassement (partiel) de la loi Fornero sera bien apprécié par un nombre très limité de retraités du nord du pays, voir les électeurs de la Ligue et il en va de même pour ce qui est de la TVA à taux d'imposition unique. Quant aux revenus et la pension de citoyenneté ce sont une mesure en faveur surtout des gens du Sud de l’Italie qui a voté à la majorité pour le M5S. Encore une fois, continue Fumagalli, le champs qui l’on prétend - à tort - comme progressiste a été dépouillé des thèmes qui devraient être les leurs, confirmant son alignement aux pouvoirs économiques néo-libéristes.

Le «revenu de citoyenneté» devrait atteindre 780 euros par personne (égal au seuil de pauvreté absolue); il devrait augmenter selon le nombre de membres de la famille sur la base des tableaux de l’ISTAT (l’Insee italien). Si cette mesure sera appliquée à toutes les personnes ayant un revenu inférieur à ce niveau (environ 5 millions de personnes vivant dans 778 000 familles), comme cela a été calculé à plusieurs reprises également par l’ISTAT, le coût total serait supérieur à 10 milliards d'euros. Les ressources sont donc insuffisantes et des limites d'accès ont été introduites pour résoudre ce problème. Le premier - et le plus odieux - est la discrimination par nationalité: seuls les citoyens italiens y auront accès. Mais il n’est pas exclu que cela puisse être jugé inconstitutionnel: même les résidents étrangers citoyens UE seront exclus même s'ils remplissent les conditions requises. La seconde limite est plus subtile: il y aurait un double seuil de pauvreté pour y accéder, le revenu et les avoirs du demandeur seront vérifiés et, dans ce calcul, la propriété de la maison d'habitation sera également prise en compte par le biais de l'indicateur Isee. Dans ce cas, l'audience des ayants droit diminuera considérablement et, avec elle, la contrainte des ressources. De plus, cette répartition des revenus est fortement conditionnée par des obligations de comportement et de consommation (il est interdit d'acheter des téléviseurs à plasma ...). Les deux milliards alloués au renforcement des centres pour l'emploi (s'ils sont confirmés) ont donc pour objectif d'accroître les mesures de contrôle social du comportement des "pauvres", en les orientant «sur la bonne voie», les obligeant à fournir 8 heures gratuites de travail socialement utile dans le secteur social de la commune de résidence. Autrement dit, les agences pour l’emploi et les services sociaux seront appelés à agir comme sbires pour «dénicher les fainéants", sous menace de suppression de l’allocation. Voilà donc une sorte de restauration de la biopolitique et du surveiller et punir décrits par Michel Foucault; les soi-disant "pauvres" ne peuvent pas être autonomes dans les choix de vie et de consommation mais ont besoin d'un «guide moral» (établi par … Di Maio et Salvini! SIC!). Fumagalli rappelle que le paramètre de référence pour une libération effective du chantage économique, ou une véritable allocation de revenu de base, devrait faire référence au seuil de pauvreté relative (qui en Italie touche environ 11 millions de personnes) et pas à la pauvreté dite absolue. Avec la mesure prévue par le DEF on rationaliser et valorise (en termes de business) la gouvernance de la pauvreté, sans l’éliminer: c’est l’une des pièces maîtresses du système du workfare (celui qui avec le néo-libérisme substitue le welfare); une protection sociale minimale et insuffisante de dernier ressort (et même partielle) en échange de travail. En l'absence de toute mesure concernant l'introduction d'un salaire horaire minimum sur base horaire (les travailleurs d’Amazon viennent d’obtenir un salaire minimum de 15 $, montant minimum à élargir à toutes les situations de travail en Italie - où cela n'existe pas!-, Etats-Unis, Europe, Amérique du Sud, Afrique et Asie), un revenu insuffisant pour sortir de la pauvreté relative et conditionné par l’obligation de travail gratuit et/ou sous-payé n’est rien de plus que l’antichambre du développement du business de la pauvreté (plus légal que les économies souterraines, voir une forme de néo-esclavagisme légalisé comme celui qui impose au réfugiés de travailler gratuitement et même aux étudiants de travailler sous la façade des stages école-travail). Bref une biopolitique de l'accumulation sur la peau de ceux qui sont en situation de besoin et à la merci du chantage maximum. Par ailleurs, rappelle encore Fumagalli, une autre approche serait nécessaire: le revenu de base pourrait être un instrument de changement et de progrès social si considéré comme revenu primaire et est donc fourni de manière inconditionnelle et à un niveau minimum égal au seuil de pauvreté relatif, sous une forme individuelle et accompagné de l’introduction d’un salaire minimum légal (y compris pour les femmes –et le famille en général- que le système social charge du travail –non payé- de «reproductrices» de la population, et donc de main d’œuvre et citoyens qui payent les impôts).

Pour ce qui est de l’élimination de la réforme des retraites Fornero et de la pension de citoyenneté il y a le gros problème de calcul de son coût. La seule certitude est le quota 100 en tant que limite minimale, ce qui signifie que l'âge minimum pour prendre sa retraite serait de 62 ans, à la place des 67 ans actuels. Mais, voilà qu’on découvre que ceux qui peuvent en profiter doivent accepter une réduction de l'allocation de pension égale au nombre d'années de réduction (de 15 à 20%). Pour une retraite à 67 ans estimée à 1 500 euros par mois, un départ à la retraite à 62 ans la réduirait à 1 200 euros. Ça va sanas dire que seuls les plus riches en bénéficieront le plus. Environ 450 000 travailleurs sont concernés, mais il n’y a pas de certitude raisonnable à ce sujet. Au contraire, il est probable que, même en supposant le départ à la retraite d'un nombre aussi important de travailleurs, cela ne se traduise pas automatiquement par une augmentation égale des possibilités d'emploi pour les jeunes. Sur la base des caractéristiques du système économiques italien, caractérisé par une forte proportion de petites entreprises, il est connu que le turnover est toujours inférieur à 100%. Alors les entreprises en bénéficieront davantage: ne remplaçant pas le retraité on économise sur le nombre des employés et, même si on embauche un* jeune, la typologie contractuelle choisie (lois genre celles de Macron) permettra une réduction du coût de la main-d'œuvre. Par contre, en ce qui concerne la pension de citoyenneté, on pourrait dire que pourrait être une bonne mesure, vue que l'Italie a un niveau de retraites moyen parmi les plus bas d'Europe. Toutefois, rappelons qu'une mesure similaire avait été adoptée par le gouvernement Tsipras et qu’elle avait été la cible principale de l’attaque de la troïka. Que va-t-il se passer en Italie?

Les mesures fiscales sont le chapitre de la DEF le plus discutable voir encore plus révélateur d’une orientation en faveur des couches aisées et surtout des riches provoquant aussi des effets fortement régressifs et de récession. C’est aussi la mesure la plus alignée sur les lois de stabilité antérieures, dites Monti-Renzi-Gentiloni. Les deux dernières lois des finances ont établit des réductions d'impôts sur les bénéfices (réduction de l'IRE à 21% -impôt sur le revenu), une augmentation de la TVA à 22%, des incitations à recruter des travailleurs (job act / loi sur l'emploi), la de-contribution pour l'emploi des jeunes, la fiscalisation des investissements (toujours en faveur des patrons). La valeur de telles subventions (car tels elles sont) réservées aux entreprises était supérieure à 25 milliards en trois ans. Le nouveau gouvernement avec la proposition de l'impôt uniforme se prépare maintenant à faciliter les ajustements fiscaux pour des revenus les plus élevés, après avoir réduit l'impôt sur les bénéfices, confirmant sans équivoque le classisme pro-patronat de sa réforme fiscale. A ce propos le Parti Démocratique ne dit rien car il est d’accord et il n’a jamais voulu discuter de progressivité des taux de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de l’instauration d’un impôt sur le capital sur les nouveaux avoirs patrimoniaux (finances, territoire gentrifié, propriété intellectuelle). Pour ce qui des investissements l’une des critiques les plus récurrentes de la DEF est l’absence de politique structurelle d’investissement. En réalité, les seules mesures concrètes semblent être l’accélération des grands travaux déjà financés, y compris ceux très contestés (tels la TAV, la TAP, le troisième tunnel à Gênes et maintenant la reconstruction du pont qui s’est effondré à Gênes). A noter que par le passé le M5S avait déclaré sa totale hostilité à ces grand travaux: une autre très fort élément qui alimente la crise de consensus de ce parti alors que ceux pour la Ligue montent car Salvini réussit à récupérer la majorité des électeurs jadis de Berlusconi. Remarquons aussi que ce choix du oui aux grand travaux, de fait, est l’un des plus grands cadeaux aux lobbies, aux grandes entreprises italiennes mais aussi aux mafias comme le soupçonne la haute autorité contre la corruption car le décret pour la reconstruction du pont n’établit aucun garde-fou à ce propos tout comme était le cas de la TAV Turin-Lyon et tout comme il blanchit les constructions abusives dans plusieurs endroits de la péninsule.

Mais quels pourraient être les investissements à moyen et long termes capables d’être plus productifs aujourd'hui et permettre une croissance plus forte du PNB dans le but d'influencer de manière positive la réduction du ratio dette/PNB? Selon Fumagalli, dans le contexte actuel de valorisation capitaliste, elles se concentrent principalement sur deux axes: le maintien de l'environnement et le maintien de la vie humaine. Quant au premier, rien de nouveau, juste que des bavardages ou boutades démagogiques et pas de faits. Pour ce qui est du second axe, on sait que les secteurs du welfare sont aujourd’hui les plus productifs: santé, apprentissage, connaissance, temps libre, activités culturelles sont des sources de valorisation: dans la pensée économique mainstream on parle de "capital humain". L’investissement dans le capital humain est peut-être aujourd’hui le plus valorisant, même s’il est immédiatement moins voyant. Mais cela à deux conditions: réduire la précarité et assurer la continuité des revenus. Partisan du commonfare et du commun, Fumagalli écrit que si l’on veut imaginer une politique économique de gauche, on devrait penser de transformer la précarité actuelle dans une flexibilité active, ce qui signifie, outre garantir un revenu minimum inconditionnel, l’accès à des actifs communs immatériels, à la mobilité, à la formation, à la socialisation, au logement et à la santé. En d’autres termes, il faut imaginer un bien-être commun (commonfare). Cette perspective est à des années-lumière de la culture «du travail, pour le travail, dans le travail» (travailliste au sens le plus capitaliste) et de la culture développementiste qui anime une grande partie du soi-disant front progressiste et syndical et veut justifier cette DEF (avec croissance estimée à 1,6%). Mais elle est tout aussi éloignée des mesures de la DEF, qui tout en envisageant des mesures de transfert et donc de changement par rapport aux politiques d'austérité, en fin des comptes elles sont inadéquates et excessivement conditionnées par une éthique «travailliste», répressive et de contrôle.

Fumagalli rappelle aussi que, jusqu'à présent, la limite infranchissable du ratio déficit/PNB fixée fictivement par le pacte de stabilité d'Amsterdam est de 3% et que certains pays (la France en premier lieu) l'ont ignorée pendant certaines périodes. Bref, il y a une relation de pouvoir ou de rapport de force. Entretemps, la spéculation politique s’ajoute à la spéculation financière. La seconde est jouée par l'oligarchie financière (qui est un "vrai" pouvoir), la première par l'idéologie souverainiste-populiste, qui n'a pas de "vrai pouvoir" et sans s'en rendre compte, il joue un rôle accessoire dans la hiérarchie actuelle du capitalisme financier: le rôle de l'"idiot utile".

 

Le grand business de la dette publique italienne

L'étude, réalisée par Cadtm Italia (La question de la dette globale) -le premier centre d'étude sur l'endettement auto-organisé par le bas- a pour objectif de fournir des informations sur la structure du système fiscal italien et sur les effets que les contre-réformes des années passées ont eu sur les recettes de l'État et donc sur la dette publique. La principale cause de l'augmentation de la dette publique italienne dépend des dépenses dues aux intérêts, dont la dynamique de ces dernières années a été de plus en plus conditionnée par la spéculation financière. Si nous ne considérons que trois épisodes spéculatifs (1992-93, 2007-2007, 2011-2012), nous constatons que la spéculation financière a coûté à l'État italien 467,3 milliards d'euros, soit 20,6% de la dette publique totale en 2017. Cela a grossi le ventre des multinationales, de la finance et des banques et peu celui des épargnants italiens, qui ne détiennent que 5% de la dette totale. Selon le Cadtm, si l'on considère le manque de recettes dû à la progressivité réduite des réformes fiscales et au non-cumul, on obtient une perte pour l'État, seulement en 2016, de 8,3 milliards d'euros, soit 4,5% des revenus d'Irpef (impôt sur le revenu des personnes physiques). En appliquant le même calcul aux 34 dernières années (de 1974 à ce jour), la perte totale de revenus s’élève à 146 milliards de dollars. Ce manque à gagner a été comblé par l’émission des différentes obligations ou emprunts d’État (qui, en raison des intérêts composés, ont dégagé une dette de 295 milliards d’euros, soit 13% de l’ensemble de la dette accumulée. Une énième faveur pour les couches les plus riches qui a coûté très cher à tout le pays! Seulement par l’effet des spéculations à l’étude et d’un Irpef inique plus de 762 milliards d’euros, soit près de 34% de notre dette, peuvent être considérés comme causés par des dynamiques internationales et nationales qui n’ont rien à voir avec les choix conscients des habitants d’Italie. Mais cela est totalement ignoré par le souverainisme-populisme des leaders du M5S et de la Ligue qui ainsi confirment leur alignent sur les logiques néo-libéristes.

L’actuelle proposition de manœuvre financière (DEF) qui exalte la flat tax (impôt uniforme) ne fait que contribuer à la prospérité de ce business. Seules la restauration d'une imposition globale et unique pour tous les revenus et le retour à une plus grande progression de l'impôt peuvent contribuer non seulement à l'équité fiscale, mais également à réduire la dette publique. Le dossier sur le fisc et de la dette montre comment on peut trouver des solutions suivant d’autres chemins, à vrai dire pas nouvelles, mais abandonnées depuis un certain temps car on a perdu de vue la Charte Constitutionnelle et son appel à la justice sociale, à l’égalité des chances et au respect des droits fondamentaux de tous les habitants.

Ajoutons enfin, que la dérive néo-libériste du gouvernement M5S-Ligue relève son coté encore plus inquiétant dès qu’on constate les aspects suivant :

1) contrairement aux discours passés du M5S le gouvernement Conte-Di Maio-Salvini «persiste et signe»e faveur des engagements militaires et dans la production et commerce d’armements selon les veux de Trump. A cela s’ajoute la continuation de la guerre aux migrations à travers son externalisation donnant légitimité, armements et financements à des dictateurs déjà condamnés pour crimes contre l’humanité ainsi qu’aux bandes criminelles libyennes. Derrière la guerre aux migrations se cache aussi la nouvelle compétition entre l’Italie et la France pour l’accaparement du pétrole, du gaz et des nouveaux métaux précieux en particulier Libye, Egypte, Niger et Algérie et aussi ailleurs. Les victimes de tout cela sont toujours les migrants et les populations de ces pays de plus en plus dévastés.

2) Pour cacher leur dérive néo-libériste le M5S et la Ligue continuent à agiter des discours démagogiques les uns autour de pseudo promesses sociales et la Ligue de Salvini promettant un régime fascisant, raciste et sexiste. Parmi les lois voulues par la Ligue et qui viennent d’être voté (en partie aussi par le PD) il y a celle sur le «droit» de tirer sur l’éventuel voleur qui tente le vol en appartement ou dans une boutique. A noter que l’Italie est l’un des pays européens qui depuis plus de dix ans a connu la plus surprenante baisse de délits et surtout de délits graves ou odieux (même pas 400 homicides en 2017, c.-à-d. mois que la moitié de ce qu’a connu la France qui a un peu plus d’habitants que l’Italie). De même, remarquons que les délits les plus grave ne sont pas de tout commis par des immigrés qui sont de plus en plus persécutés sous pression de la démagogie fasciste et raciste de Salvini et donc le plus souvent arrêtés pour des délits mineurs ou même par des fausses preuves fabriquées à l’occasion.

3) Dans le jeu de la distraction de masse de ce gouvernement l’environnement est la victime par excellence ainsi que les migrants, les moins favorisés, la res publica et l’Etat de droit démocratique. L’Italie –ainsi que toute la Méditerranée- a un besoin très urgent d’un programme de récupération, d’assainissement, de protection et prévention des désastre qui chaque année provoquent des pertes humaines et des dommages énormes (le dernier désastre du pont de Gênes est emblématique et il y a des milliers des ponts et viaducs et galeries en très grave danger de même que des risques d’écroulement de terre, des inondations et de tremblements de terre). Le gouvernement a totalement ignoré ce chapitre!

4) Le bafouement de l’Etat de droit démocratique qui semble vouloir poursuivre ce gouvernement montre de manière explicite qu’on est arrivé à l’hétérogenèse de la démocratie, voir à une coexistence de l’arbitraire et du respect de la loi, de l’autoritarisme et de la médiation pacifique mais de plus en plus en faveur de la dérive vers le pire. Le ministre de la famille (de la Ligue, ami de Salvini) se permet de proclamer presque tous les jours ses anathèmes contre les gens LGBT, contre le divorce, contre l’avortement et pour un retour à l’autoritarisme sans médiations. Il est soutenu avec passion par plus de 150 parlementaires de différents partis (y compris PD et ex-PD) prêts à tout. Dès lors les agressions à des gens LGBT se répètent tous les jours ainsi que celles contre les migrants, les rom et les pauvres. Face à cela les démocrates et la gauche semblent impuissants ou confus ou résignés. Il y a encore des moments de résistance antiracistes, antifascistes et antisexiste, mais ce sont des moments trop éphémères et pas de grandes mobilisations. Dans un texte écrit à propos des discours et actes de chacallage vus à l’occasion de l’assassinat à Rome d’un fille aussi violée, l’acteur Ascanio Celestino «on flotte comme les ordures». Les première pages des médias mettent à la une ces faits et les propos des Salvini ou bien les gestes de quelques princesses, de quelques acteurs, de personnages médiatisés sans qu’on comprends pourquoi: on a l’impression que c’est le triomphe de l’idiotie, du trash, et du dédouanement du fascisme, du racisme et du sexisme.

Cependant, selon les sondages, ce gouvernement semble être encore accrédité de la majorité des consensus. Cela dit, rien assure que cette popularité du moment durera: quand la majorité des Italiens s’apercevront que le «grand changement» promis par ces grandes gueules se résout dans la continuité du pire déjà connu et même dans une aggravation de la situation économique, sociale, sanitaire et environnementale alors il pourrait y avoir une vrai révolte violente. Ils jouent avec le feux …

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