En effet, c’est la première fois que cela arrive car par le passé le président de la Republique se limitait à être une sorte de notaire qui validait toutes les propositions des accords entre partis. Mais cette fois le président Mattarella s’est trouvé en face d’une situation inédite: les deux partis ayant la majorité des sièges au nouveau parlement, jouent la promesse d’un grand changement et alors ils ont prétendu proposer un chef de gouvernement qui n’est même pas un de leurs militants, qui n’a jamais fait de la politique et qui, le pauvre, ne pouvait absolument pas avoir l’autonomie de choisir ses ministres et d’en négocier ce choix avec le président de la Republique comme le prévoit la constitution. Il ne pouvait qu’être totalement assujetti aux chef de ces deux partis. Et ceux-ci ont choisi de «tirer la corde» jusqu’au bout, même si pour des raisons différentes. Tous les deux son convaincus que si on va tout de suite à des élections anticipés il vont gagner encore plus de voix. En particulier, la Ligue de Salvini mise sur l’effritement du parti de Berlusconi et pense pouvoir ramasser la large majorité de toutes les droites et aussi de tous les anciens magouilleurs qui jouaient entre les droites et même l’ex-gauche de Renzi. De sa part, le M5S a donné l’impression de se faire conditionner trop par la Ligue et maintenant il veut récupérer se montrant le plus «radical» dans la contestation du président de la Republique. Ainsi, alors que ce soir (dimanche 27 Mai) le chef de la Ligue, Salvini, a voulu donner l’impression d’être modéré, Di Maio, le chef du M5S a appelé à l’empeachement, un fait jamais vu en Italie. Evidemment Salvini mise à ratisser large, se proclamant malgré tout ce qui est en train de se passer, un démocrate respectueux des règles, alors que Di Maio crie au scandale disant qu’on veut empêcher à la majorité des électeurs de choisir le gouvernement car les pouvoirs supranationaux veulent à tout prix empêcher le changement. L’accusation est donc adressée au président de la Republique qui serait assujetti aux pouvoir financiers européens. Juste après le communiqué laconique de l’échec de la part du secrétariat, M. Mattarella dans son discours devant les médias (c’est la première fois que cela arrive) a affirmé que le pays ne peut plus attendre ; qu’il a accepté à plusieurs reprises les demandes des deux partis de leur accorder encore plus de temps, mais qu’il avait fait savoir officiellement qu’il ne se serait pas limité à être un simple notaire ; et enfin il a évoqué la gravissime impasse financière vu que le spread n’a pas cessé d’augmenter dépassant tous les records, que l’épargne des famille, les entreprises et les investisseurs italiens et étrangers n’on pas cessé d’être de plus en plus inquiets. Bref, le crac est arrivé mais il était bien prévisible car les deux partis visant l’accès au gouvernement ont montré maintes fois qu’ils sont des parvenus, qu’ils sont encore pris dans les discours démagogiques de leur campagne électorale, de leurs promesses auxquelles ne correspondent pas des programmes effectivement réalisables. Pire, selon certaines études la flat tax qu’ils ont promis sera surtout au bénéfice des riches et pas de tout des revenus les plus modestes.
Mais il faut remarquer que la quasi totalité des critiques au « contrats » de gouvernement du M5S et de la Ligue ne s’arrêtent qu’aux problèmes de financement des promesses disons sociales alors que rares ont été les critiques aux promesses sécuritaires et d’exaspération de l’hostilité contre les immigrés.
Mattarella est un monsieur qui vient de la vieille Démocratie chrétienne; il a été plusieurs fois ministre et en particulier de la défense nationale , charge qu’en Italie on dit toujours subordonnée à l’ok du Pentagone. Il a été élu président par une majorité du précédent parlement allant du Parti Démocratique jusqu’aux berlusconiens car il était la seule figure à la fois modérée et ouverte aux innovations et toujours très nette par rapport à toutes les innombrables affaires louches d’Italie depuis 1945. Mais il est probable que cet ancien monsieur veut conclure sa carrière politico-institutionnelle montrant qu’on peut encore faire valoir la Constitution, d’autant plus qu’elle a été défendue par une écrasante majorité lors du référendum qui a signé le début de la fin de Renzi.
Empeachement?
Et voilà qu’après la nouvelles que des gens du M5S et d’autres des droites voudraient l’empeachement de M. Mattarella, son secrétariat a fait savoir que le président est prêt à faire face à cela. Et il a tout de suite communiqué d’avoir convoqué pour demain M. Carlo Cottarelli pour lui conférer la charge de créer un nouveau gouvernement. Ce choix est aussi surprenant car Cottarelli, connu comme l’ex monsieur spending review (licencié par Renzi) a l’allure plutôt modeste, même s’il est un technicien bien connu même à l’étranger. Bien évidemment le président aimerait la mise ne place d’un gouvernement qui probablement n’aura pas la majorité mais qui pourra assurer le mieux possible les affaires courantes, représenter l’Italie aux prochains sommets internationaux, faire voter la loi budgétaire et rassurer la BCE et le milieux financiers. A noter que le nom de Cottarelli avait été évoqué lors de la première tentative du M5S et maintenant avec ce choix Mattarella montre qu'il est sensible et favorable à la demande de changement. Selon nombre d'observateurs, il est évident que la responsabilité de la dérive jusqu'à la crise institutionnelle appartient à Renzi qui a empeché la colation M5S et PD. Mais Renzi et Berlusconi sont maintenant contents et selon quelques uns ils envisagent de créer ensemble un nouveau parti (le PDL) ce qui provoquerait la mort du PD donnant raison à ceux qui on créé Liberi e Uguali. Mais, nombre de gens pensent que cette crise va favoriser la Ligue plus que le M5S qui cependant risque de ne plus avoir les voix des électeurs qui viennent de la gauche (qui sont presque la moitié de leur électorat. Cela est possible car entre autres choses tous les médias n’ont jamais montré que les fiefs de la Ligue Nord et de toutes les droites mais aussi d’une partie de l’ex-gauche sont les lieux du néo-esclavagisme des immigrés et que la Ligue comme les autres n’ont jamais cessé de flirter avec des experts en fraude fiscale, évasion des contributions sociales, banqueroutes et même détournement de fond et bien publics.
La situation apparait donc assez inquiétante, le risque d’un crise qui va durer longtemps est très élevé. La seule issue pourrait être trouvé dans la proverbiale capacité de médiation qu’en Italie a toujours été particulièrement féconde. Mais cela ne semble plus coller avec la situation actuelle meme si les gens de la Ligue et du M5S –tout comme les autres- ne semblent viser que l’accès au pouvoir. Pour l'instant la seule prévision possible est que si Cottarelli arrive à composer un gouverment il ne pourra durer que jusqu'à nouvelles élections à septembre prochain.
Dans les prochains jours on verra ce qui va se passer.