Les trois dérives possibles en Italie

Le renversement des alliances du M5S, le nouveau gouvernement jaune-rose (M5S-PD-LU) qui a mis hors-jeu Salvini n’a pas du tout minimisé la possibilité que les droites arrivent à être majoritaires. L’Italie est face à trois options: centre-gauche, centre-droite et droites pseudo-souverainistes-populistes. Voici les caractéristiques et les dynamiques de ces trois possibles dérives.

Meme s’il s’agit d’une toute petite région (703.596 électeurs, 455.184 votants), les résultats des élections régionales en Ombrie ont montré une nette victoire des droites (255.158 votes, 57,55% des votants) et en particulier un succès de la Ligue de Salvini et des fascistes de FDI -Fratelli d’Italie- (aux dépenses du parti de Berlusconi) tandis qu’au centre-rose le PD semble tenir sa barre alors que le M5S effondre à 7-8%.

            Parti Démocratique (PD) et Mouvement 5 Etoiles (M5S) avaient pris un gros risque à parier ensemble sur un candidat commun trouvé à la dernière minute car cette région qui par le passé a été toujours de centre-gauche, était gravement frappé par des scandales des précédentes administrations de centre-gauche. La défaite jaune-rose était donc assez prévisible vu que le PD vient d’essuyer la scission du groupe de renzi (qui n’a pas voulu s’unir à l’alliance M5S-PD pour cette échéance électorale) et vu aussi que le M5S est en chute libre depuis le début de 2019 (laminé par l’alliance catastrophique avec Salvini). Et voilà que les résultats de l’Ombrie confirment que Salvini n’a pas du tout perdu sa capacité de ramasser des votes meme dans une région où auparavant la Ligue était presque absente. Et cela vaut aussi pour le parti fasciste FdI qui a dépassé 10%. Il est sans doute arbitraire de penser que les droites puissent répéter la performance d’Ombrie lors des prochaines élections régionales dans d’autres régions auparavant de gauche comme la Toscane et l’Emilie-Romagne et ensuite lors des élections politiques nationales. Cependant cette possibilité ne peut pas non plus être exclue. En réalité en l’état actuel, en Italie trois sont les principales options offertes sur le marché électoral. La première est celle d’un centre-rose composé par le PD et le M5S, admis que ces deux partis et quelques résidus de gauche arrivent à souder une alliance capable de donner preuve de savoir gouverner avec un minimum de réussite jusqu’à 2023. Le talon d’Achille de cette alliance est qu’elle est tout autant libériste que celle du centre-droite modéré pour l’instant hypothétique (voir après). Cette caractéristique constitue un défaut redoutable car elle provoque l’hostilité d’un bonne partie de l’électorat de gauche et d’une partie du M5S qui sont anti-libéristes (notamment contre les grands travaux, la politique financière et économique qui ne favorise que les banques et le patronat, une politique environnementale d’apparence et une politique sociale loin de satisfaire les attentes du peuple qui oscille -sans aucune protections- entre précariat, semi-noir et noir total, voir à la merci des économies souterraines. L’avantage de cette coalition jaune-rose pourrait être le soutien du monde du bénévolat ces catholiques de base et de la gauche qui est hégémonisée par le discours qui tient le pape à partir de son encyclique LaudatoSì. Mais il ne faut pas oublier que presque 50% des catholiques italiens sont de droite et meme assez conservateurs et racistes (et en plus le M5S veut -dans ce cas justement- imposer que l’Eglise paye la taxe sur les immeubles et d’habitation qui n’a jamais payé pour ses innombrables propriétés immobilières (en dehors des églises et vrais lieux de culte).   

            La deuxième option est celle qui cherche à promouvoir une partie des berlusconiens et le groupe Renzi soutenu par les intellos du journal il foglio qui se veut la voix de la droite éclairée, très libériste mais moderée, antiraciste, anti-populiste et anti-souverainiste, mais aussi anti-tiermondiste et très attaché à Israel et à des pseudo principes religieux tels l’anti-avortement. En réalité en Italie cette droite n’a jamais eu de grand consensus car la grande majorité de l’électorat des droites est carrément racistes et pour bonne partie fascisant. Bref, cet électorat est celui qui aujourd’hui vote pour Salvini et FdI vu aussi que le parti de Berlusconi est en train de disparaître. Voilà donc que la compétition à venir ne sera qu’entre alliance jaune-rose (si va tenir) et la droite enragée avec leader Salvini. Mais cette droite est aussi en guerre avec l’église du pape Francesco qui semble avoir bien compris l’enjeu et le danger d’une sorte de schisme dans ses rangs par influence des droites. Le match est donc ouvert et le risque d’une victoire des droites est réel surtout si le PD et le M5S ne trouvent pas la capacité de gouverner sans décevoir leurs potentiels électeurs. Cela pourrait être possible s’ils abandonnent les choix financiers et économiques trop favorables aux banques et au patronat et s’ils s’engagent dans un programme d’effective prévention des risques sanitaires-environnementaux et de ceux dus aux économies souterraines.

Voir les précédents articles ici: https://www.mediapart.fr/search?search_word=palidda&sort=date&order=desc

 

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