La crise en Italie: l’état de dégradation de la politique par le néo-libéralisme

Les médias italiens n’arrêtent pas de suivre les coulisses de l’actuelle pseudo crise politique italienne. C'est une sorte de pantomime idiote, ignoble et honteuse. Tous les acteurs qui y jouent sont des personnages emblématiques de la dégradation de la représentation électorale de l’Italie de ces dernière trente années. Alors la question qui mérite réflexion est : comment en est-il arrivé là?

Certes, dans l'histoire italienne, les moments et les périodes ignobles de la vie politique du pays n'ont pas manqué (après la période de Cavour, le transformisme, les scandales, etc., jusqu'au fascisme et même plus tard dans les rangs de la Démocratie Chrétienne (DC), le parti attrape tout. Mais, le niveau de dégradation intellectuelle et morale d'aujourd'hui semble sans précédent. Probablement la bonne réponse est que dans la phase de libéralisme mondialisé, l'État et donc les pouvoirs publiques et les élites ont été attaqués et les conséquences de cela se manifestent de manière encore plus frappante dans les pays où l'État était déjà très faible et le pouvoir politique très ébranlé. Le même président Mattarella, qui maintenant passe comme un monument de sagesse et de droiture morale, n'était rien de plus qu'un politicien de troisième rang dans la vieille DC ; fidèle à l’atlantisme et aux affaires militaires conséquentes, la seule barre qui semble tenir est l’attachement italien à l’Europe ... atlantiste. Tous les politiciens d'aujourd'hui sont ultra médiocres, à tel point que même Meloni, la leader du petit parti d’extrême droite (mais maintenant n forte augmentation dans les sondages) émerge dans une mer de la plus infime qualité imaginable. Renzi peut jouer à volonté ses coups tout en allant à Riyadhpour rendre hommage au prince Mohammed bin Salman disant “l'Arabie Saoudienne est le lieu d'une nouvelle Renaissance” (il est dans le bureau du Future investment initiative, qui dans cette quatrième édition est surnommé “la Davos dans le désert” et pour cette charge touche semble-t-il 80 mille dollars par année. Il a fait tomber le gouvernement Conte car les voix du Mouvement Cinq Etoiles (M5D) et du Parti Démocratique (PD) ne sont pas suffisants sans l’apport de son petit parti et il est parti encenser le prince saoudien à Riyadh. De ce fait, le tout petit parti de Renzi reste essentiel pour permettre la formation d’un gouvernement M5S-PD évitant les élections anticipées que personne ne veut sauf les droites qui selon les sondages sont majoritaires. Dans ce cirque Berlusconi, avec son parti réduit à environ 10% et à risque de perdre des parlementaires disponibles à passer avec la majorité pour obtenir quelques avantages personnels, se propose comme possible partenaire de M5S et PD et ceux-ci semblent contents de cela. D’un seul coup tous les anathèmes réciproques sont oubliés. L’échange ou troc porte surtout sur la votation d’une loi électorale dite proportionnelle qui permettrait à Berlusconi comme à Renzi de survivre et même de conditionner la formation des futures coalitions gouvernementales. Si cela passe le perdant est tout d’abord Salvini un autre politicien médiocre qui semble en perte considérable de consensus au profit de son alliée plus à droite Meloni.

Dans tout cela il n’y a aucun débat politique ni sur les questions économiques et sociales, mais juste des querelles pour les postes au gouvernement et dans ses appendices. La querelle MES oui ou pas ou bien sur le Recovery Found n’est subordonnée qu’à la question de savoir qui va tenir les rênes de la distribution de l’argent indépendamment de comment sera dépensé. Dans tous ce monde politicien on ne dit rien sur le fait que contrairement aux promesses non ne destine que des misères à la santé publique alors que l’Italie est juste après le Royaume Uni le pays avec le plus haut taux de morts de Covid19 par habitants à cause de l’état désastreux de ce secteur massacré par les réductions de budget depuis plus de dix ans. Et on ne parle pas du fait que dans tous les secteurs publics la situation est de grave dégradation, notamment dans le système de l’éducation nationale, des universités et de la recherche. A cela s’joute l’absence perpétuelle de programme de remédiation des situations à risque de désastres environnementaux, notamment à cause des dommages gravissime à l’écosystème, à l’équilibre hydrogéologique et en général à la faiblesse sinon à l’absence de dispositifs de prévention efficaces et efficients. Entre temps le seul secteur qui reçoit de plus en plus de financements publics c’est la multinationale des armements Leonardo, les grandes ouvres souvent dévastatrices et inutiles et on n’arrête pas de dépenser de l’argent pour les affaires militaires qui n’apportent aucun bénéfice à la population et qui placent le pays come auxiliaire des Etats-Unis. Par ailleurs, les grandes firmes italiennes qui ont reçu énormément de financements pendant des décennies finissent comme la Fiat de la famille Agnelli pour transférer tout à l’étranger sans qu’aucun pouvoir public intervienne.     

Or, ce triomphe du médiocre et de la dégradation est encore plus grave car on n’entrevoie pas d'alternatives !!! L'érosion des capacités et de l'action politique est précisément le résultat du triomphe du libéralisme! Certes, dans toute l’Italie il y a ici et là opposition et résistance à la dérive néo-libériste, mais toujours par de luttes plutôt isolées alors que les grands syndicats semblent de plus en plus en déclin voir impuissants car aussi parfois avec des dirigeants corrompus. Le tout petit parti LU (Libres et égaux) qui est dans l’actuel gouvernement et se veut de gauche, semble se préparer à la dissolution. Bref la gauche n’existe plus et pour l’instant il apparaît très difficile imaginer une relance d’une gauche qui puisse arriver à représenter la population qui est en train d souffrir encore davantage à cause de la pandémie.

Dans les prochains jours on va voir le résultat des consultations en cours pour la formation du nouveau gouvernement. Il est probable que rien de vraiment important va changer. A suivre ...  

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