Pandémie: un désastre qui s’ajoute à ceux ignorés par les pouvoirs néo-libéristes

Dans tous les pays la gestion de la pandémie a suivi la pratique habituelle de gestion des perpétuels désastres sanitaires-environnementaux: laisser vivre (biopolitique) et laisser mourir (thanatopolitique). Les morts réels dus à la pandémie s’ajoutent aux presque 58 millions de morts ignorés chaque année dans le monde souvent à cause de désastres sanitaires-environnementaux et économiques

Au-delà des différences apparentes entre les divers pays, la pandémie due au Covid19 a été gouvernée de la même manière et plus ou moins avec les mêmes résultats. En apparence les pouvoirs publiques ont oscillé entre une pseudo zélée mobilisation et la confiance dans la soi-disant «immunisation de troupeau». Mais partout l’état de dégradation de la santé publique suite aux mesures néo-libéristes de la dernière décennie et les privatisations ont conduit le personnel de la santé publique à ne pas être en condition d’aborder la pandémie avec efficacité et sans risques. Le résultat a été que les structures de la santé publique sont devenues des lieux de contamination et des centaines de travailleurs de la santé et auxiliaires sont morts de covid19 et ont contaminé nombre d’hospitalisés. A cela s’ajoute que le manque flagrant de dispositifs de protection individuel (DPI) et même d’instruments indispensables ainsi que de places dans les hôpitaux séparant les contaminés des autres. En même temps nombre d’activités économiques ont continué à fonctionner sans DPI et mesure de précaution provoquant la contamination de nombre de travailleurs qui donc sont devenus contagieux. On a alors découvert l’hécatombe dans les Ehpad et un grand nombre de malades abandonnés à eux-mêmes dans leur logement. Comme a été prouvé presque partout les données officielles sur les morts de pandémie sont le plus souvent 5 ou 10 fois moins de ceux réels et les contaminés peut-être 100 fois moins que le nombre que les experts estiment. Comme racontent nombre de médecins, faute de place et de moyens ils ont été contraints à faire le terrible tri entre ceux qui pouvaient sauver et ceux qui ont laissé mourir. Rappelons que selon les données officielles le 30 Avril à l’échelle mondiale on comptait environ 3 millions trois cent mille contaminés et plus de 240 mille morts, et environ 1 million deux cent soixante-dix mille guéris, donc même pas trente pour cent du total des contaminés officielles. Bien que ces chiffres soient très en défaut on peut quand même dire que la gestion de la pandémie n’a pas de tout été efficace et, encore plus grave, ne promet rien de bon vu que la relance du fléau est très probable : comme disent les experts les plus crédibles, ça va durer pas moins de 18 mois et peut-être davantage et rien exclu l’émergence de nouvelles pandémies.

            Outre que l’état délabré de la santé publique massacré par les coupures budgétaires imposées par les logiques néo-libéristes de ces dernières dix ans, l’échec de la gestion de la pandémie relève aussi du choix de transformer l’urgence sanitaire en urgence sécuritaire. De fait la gestion de la pandémie a été confié aux polices comme si les flics auraient des compétences socio-sanitaires. En plus inévitablement une partie des flics se sont senti autorisés à pratiquer abus et violences notamment vis-à-vis des populations classées comme indésirables, subversives ou carrément «humanité en excès». Par contre aucune force de police s’est empressée de contrôler que les travailleurs pouvaient aller bosser en sécurité, voir dotés de DPI et dans des lieux désinfectés. Alors pourquoi la gestion de la pandémie n’a pas été confiée aux professionnels de la santé publique et à des travailleurs formés pour offrir des soins socio-sanitaires et à aider les gens à la prévention ? Pourquoi ils n’ont pas embauché des dizaines de milliers de jeunes pour faire cela? Des questions rhétoriques vu que le choix d’une gestion militaro-policière apparaît aux yeux des pouvoirs comme la plus appropriée pour passer vite de l’urgence sanitaire à l’urgence économique.

Or cette logique n’est pas nouvelle, au contraire est exactement celle qui depuis toujours domine la pratique des pouvoirs : il suffit voir la perpétuelle négligence vis-à-vis des désastres sanitaires-environnementaux et économiques. Chaque année dans le monde plus de 57 millions de personnes meurent dans leur large majorité à cause de contamination toxiques et de conditions de travail et de vie insoutenables (presque la moitié à cause de tumeurs, pour maladie cardiovasculaires provoquées par la pollution, pour d’autres maladies liées à l’alimentation, à l’air, aux tissus aux lieux contaminé. E cela s’ajoutent les conditions de travail et de vie qui tuent et cela non seulement dans les pays moins riches mais aussi dans les métropoles des pays dits des nantis. Mais quelle est la gestion de ce désastre de la part des pouvoirs publiques? Que la négligence parce que l’économie est sacrée, la croissance du PNB est sacrée, les profits ont la priorité sur tout. Dans tous les pays l’urgence sanitaire est désormais subordonnée à celle économique ; la majorité des médias ne cesse pas d’alerter qu’on va avoir entre 5 et 12% de diminution du PNB, voir une crise sans précédents. Et voilà entendre déjà les classiques discours sur la nécessite de sacrifices de la part de tous, sur le fait qu’on est tous sur le même bateau, qu’il faut être disponible à travailler 7 jours sur 7, accepter les trois-huit et même renoncer aux congés vacances. Et voilà alors que le dispositif policier sera prêt à faire respecter ce nouvel impératif qui comme disent quelques hommes de pouvoirs et des gens du patronat doit être conçu comme plus dur et plus nécessaire de ce que fut la grande mobilisation du travail pour la reconstruction après 1945. Il est alors implicite que les travailleurs doivent arrêter de rechigner et de demander trop de mesures de sécurité au travail, et basta avec les discours écologistes. Contrairement aux illusions naïves et parfois stupides de ceux qui ont cru voire dans la crise pandémique une bonne occasion pour retourner à l’État providence, à l’État social, au respect de l’écosystème, aux respects de la vie de tous, ce n’est pas difficile d’imaginer que le futur risque d’être pire que ce qu’on a connu avant cette pandémie. Les suggestions qui nous a laissé Foucault à propos de la pratique de la biopolitique (laisser vivre) alternée à celle de la thanatopolitique (laisser mourir) apparaissent donc aider bien à comprendre la situation réelle à laquelle on est confronté dans cette conjoncture car les pouvoirs ne sont pas de tout affaiblit, au contraire ils sont encore plus forts alors que les possibilités et capacités de résistance semblent assez affaiblies voir même étouffées. Mais comme le montrent les tentatives de mobilisation des jeunes des banlieues la résistance aux pratiques injustes et même meurtrières des pouvoirs est tout d’abord une question de survie et ne pourra jamais être effacée.

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