La rue : « si tu VOIS ce que je veux DIRE»

Mercure zéro degré, il est 23 h 30 à Nantes, des brisures de glace s'échappent du ciel, rien de magique pour ceux qui dorment dans la rue.

La rue : " si tu VOIS... ce que je veux DIRE " © Samira Houari-Laplatte

 

 

La rue : " si tu VOIS... ce que je veux DIRE " © Samira Houari-Laplatte

 

« Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. C'est une question de dignité »

Cette promesse lancée par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale résonne comme une mystification. Malgré,  le  déclenchement du plan grand froid dans plusieurs régions de France, des démunis dorment dans la rue à Paris comme ailleurs.

  A Nantes, les premiers flocons de neige s'échappent du ciel et le mercure  frise les -2°c. Le blanc manteau fait la une des titres de journaux locaux certains vont jusqu'à dispenser des conseils  pour "dégivrer le pare-brise" de  nos voitures, quand d'autres encore  informent sur les perturbations du trafic.... répondre aux préoccupations essentielles des lecteurs.

En cette nuit du lundi 8 février, les rues de la ville se dépouillent de ses habitants.  Tandis que,  sous un porche providentiel, ou à l'encoignure d'un parking inaccessible ou  encore planquées sous les vitrines barricadées derrière leur rideau de fer,  des formes grelottent dans des duvets ou sous des couvertures  de "fortune". Elles sont  à peine perceptibles  des quidams qui exténués par leur journée de labeur s'empressent de rentrer chez eux.

Sous  l'enseigne gourmande "La mie câline",   Pépito, Maël, Damien se tassent dans leur duvet.  Cette vitrine dégoulinante de douceurs est un refuge fragile,mais qui donne l'illusion d'être enveloppés de tendresse. Ils ont à peine 20 ans et connaissent l'âpreté de la rue.  Alors, par fierté, ils préfèrent rapper ... leur façon d'hurler la douleur, alors que quelque médias et politiques semblent absorbés par d'autres priorités. Ces trois gosses savent qu'ils ont peu de chance  de faire la Une ... à peine feront-ils  une brève dans les faits-divers... s'ils venaient à crever.

Selon le  collectif Morts de la Rue, quatre cent trois  PERSONNES Sans-Domicile-Fixe  sont mortes dans la rue en 2017.



 

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