Chronique d'une votation française

Si la France aime le Swiss bashing -j'y vois une pointe de jalousie- elle aime aussi certaines de ses institutions -j'y vois une confirmation de mon intuition précédente.

Donc la France en mal de se faire entendre s'empare de la bonne vieille votation -"DR. CONSTIT. L'un des modes de décision du corps électoral (l'autre étant l'élection) lorsque ce dernier, en totalité ou dans certaines circonscriptions, exerce directement sa souveraineté"- des helvètes.

J'avais à vrai dire oublié cette consultation quand je fus arrêté, alors que je me baladais non loin de la frontière franco-suisse -côté français- par une dame toute de tracts affublée. Avant même d'avoir eu le temps de prendre connaissance de l'un des papiers qu'elle tenait, je me retrouve avec un bulletin à la main -merde pas d'isoloir. Les yeux des sympathiques militants scrutent la forme cruciforme que je trace consciencieux dans l'un des carrés (celui sous lequel figure les lettres "NON") et je glisse le bulletin dans la grosse boîte en carton. Ils ont eu l'air satisfait. On me tend ensuite un registre sur lequel je mets mon nom et ma commune. Et si j'habite en Suisse ? bah, mettons le nom de la commune où je me trouve. On me remercie chaleureusment et je reprends mon chemin.

Plusieurs remarques s'imposent: cette votation n'a aucune valeur juridique certes, mais j'y vois une volonté de se faire entendre, elle a donc ma sympathie. Il est étrange de devoir réclamer à corps et à cris un réferendum dans une démocratie. Toutefois, elle est menée en dépit du bon sens, avec toute l'energie de militants de bonne foi je n'en doute pas, mais cela ne suffit pas. Et si cette votation discréditait plutôt la cause qu'elle est sensée servir ?

Oui cela m'a géné de devoir faire mon choix sous les regards scrutateurs des initiateurs du vote. Ensuite, il se trouve que j'ai la nationalité francaise, mais j'aurais pu être Suisse, Belge ou Anglais, on aurait aussi pris mon vote -pour la commune mettre le nom de celle dans laquelle on est de passage... Enfin, on ne parle pas encore de privatisation mais de changement de statut, mais là il est peut-être bon d'anticiper -heureusement que je connaissais le dossier: personne ne me l'a expliqué sur place. Bref, le résultat de la votation à la francaise est couru d'avance, une majorité confondante de "non" et la confirmation de la remarque d'Estrosi: "il n'y a aucun contrôle sur ces urnes, ça rappellera les grandes heures de l'Union soviétique".

Dommage.

Parce que la Poste à la française c'était vachemenent bien.

 

PS: Je vous conseille cette lecture, le temoignage d'un postier anglais:

http://www.legrandsoir.info/Journal-Intime-d-un-postier-britannique.html

La votation a fait des petits sur le Net, sur Twitter par ex., mais là aussi le résultat n'a aucune valeur, il est possible de voter plusieurs fois. http://twtpoll.com/kw186q

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.