Dubaï

« Dubaï et sa tour renvoient l'image la plus sotte, la plus vide de sens de l'Occident » Vincent Mangeat, Architecte.« Construire la plus haute tour pour montrer son pouvoir, c'est une bataille du Moyen Age. » Mario Botta, Architecte. (in Le Matin.)
On the top of Burj Khalifa's spire قمة برج خليفة © Kamal Raafat
On the top of Burj Khalifa's spire قمة برج خليفة © Kamal Raafat
On the top of Burj Khalifa's spire قمة برج خليفة © Kamal Raafat

« Dubaï et sa tour renvoient l'image la plus sotte, la plus vide de sens de l'Occident » Vincent Mangeat, Architecte.

« Construire la plus haute tour pour montrer son pouvoir, c'est une bataille du Moyen Age. » Mario Botta, Architecte. (in Le Matin.)

828 m. Il doit y avoir comme un goût amer dans la salive des Emirs, et il ne sera pas seulement dû aux relents pétrolifères. Même pas le kilomètre vertical. Et vu la conjoncture, un pareil appendice, une autre sotte excroissance, ce n'est pas pour demain. Trop chers les 172 derniers mètres, même pour Sheikh Khalifa ?

Un goût amer cette fête, dernier barnum avant l'effondrement. On a interdit au Spiderman français Alain Robert de venir la ternir. Grimper à mains nues ce totem de puissance, ça aurait fait mauvais genre. La puissance, c'est pas grand-chose.

Construire la tour la plus haute, ça remonte bien avant le Moyen-Age. La ziggourat de Babylone atteignait 90 mètres. Assez pour forger le mythe biblique de la Tour de Babel, défi des hommes à Dieu qui les punit en détruisant la Tour et en divisant les langues. (Babel= confusion). L'hubris des hommes... Leur condition absurde qu'ils transcendent par plus d'absurde encore.

Voici ce que disait Will Self récemment sur ce mirage d'orient :

« Dubaï est une folie vulgaire et ineffable, une faillite en puissance : trois fois la taille de Manhattan de bureaux, d'immeubles d'habitations et d'espaces commerciaux vides, tout cela construit en seulement soixante ans par des travailleurs manuels inféodés et corvéables à merci, arrivés par avion du sous-continent indien. » (in Les Inrocks)

Babel, ca m'a rappelé le film éponyme d'Innáritu, qui montrait « l'affolement de notre Babel moderne, cette civilisation globale déchirée entre les extrêmes de pauvreté et de richesse, de solitude et de violence, de délires médiatiques et de drames personnels. » Ce film, porté par « les sublimes images d'un univers tantôt crépusculaire et triste comme les hauts gratte-ciel de Tokyo ou lumineux et flamboyant comme le désert marocain, » permet de « méditer sombrement sur notre monde contemporain, irrémédiablement lié dans son incommunicabilité: atrocement beau. »

Aujourd'hui, quatre millénaires plus tard, les hauts gratte-ciel ont de nouveau colonisé le désert, en une inutile émulation de l'occident.

Comme disait l'autre : « la dernière chose dont j'avais besoin en ce moment, c'était de me mettre a rêver de Babylone. » Richard Brautigan, Un privé à Babylone.

 

Voir aussi:

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/floreal-meneto/160309/dubai-photographier-l-incertain


 

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